J'ai pas choisi, de Abadie Fanny
parution 1er trimestre 2013 / 126 p
Faustine a 16 ans et est amoureuse de Johan, mais celui-ci ne la regarde pas. En cachette, elle écrit des textes et notamment des slams.
Alors qu'elle se consume d'amour en secret, une mystérieuse rousse, Niilam, lui propose un étrange marché : l'amour de Johan contre son talent d'écrivain.
Se passe alors des jours merveilleux entre les bras de Johan, mais les mots qu'elle aimerait écrire sont enfermés en elle.
Comment redevenir elle-même sans perdre Johan ?
Un petit livre qui reprend le thème de Faust. Un texte court, bien construit, entrecoupé de slam et de surnaturel.
Une belle découverte pour les près-ados.
Un père en colère, de Hongre Jean-Sébastien
Ce livre m'a été proposé par la maison d'édition Max Milo.
Stéphane est ingénieur, Nathalie enseignante, ils ont deux enfants. Jeune couple, ils ont décidé de s'installer en banlieue parisienne, à Soigny, où Nathalie est professeur. Elle est persuadée que l'éducation peut changer les choses. Elle a mis de côté le confort d'une vie pour essayer de sauver cette banlieue abandonnée aux dealers. Stéphane et Nathalie ont refusé de voir la réalité et ont mis en danger leurs enfants en les obligeant à côtoyer la racaille.
A un moment, leurs enfants, Fred et Léa, ont dû faire un choix : être une victime ou un bourreau. Quand à 13 ans Léa a été agressé, Fred s'est rendu compte que le seul moyen de la protéger était de rentrer dans une bande. Les deux sont devenus dealers et consommateurs, ils ont laissé tomber leurs études, sont devenus violents avec leurs parents, les intimident et font la loi. Et les parents démissionnent, baissent les bras.
Survient alors un drame qui ébranle la famille. Stéphane décide d'ouvrir un blog pour pour crier sa colère, et il devient le porte-drapeau de parents désemparés. Cette "publicité" ne plaît pas à la bande de ses enfants.
Un livre coup de poing sur des parents dépassés par leurs enfants. On s'attend plus à cette situation dans des familles d'émigrés que dans une famille qui a décidé de s'installer dans cette banlieue sordide. On suit avec horreur la descente en enfer de ce père qui ne sait plus quoi faire pour sauver sa famille et qui voit tous ses efforts anéantis.
Une critique de la société qui ferme les yeux devant cette génération sacrifiée des banlieues difficiles : impossible de trouver du travail quand on a sur son CV une adresse de cette banlieue, des enfants utilisés comme guetteur dès le début de leur adolescence ... enfin tout ce que l'on voit dans certains documentaires un peu voyeuriste à la télévision. Et du coup j'ai eu parfois du mal à me sentir bien dans ce livre.
Antigone a beaucoup aimé, Hélène est perplexe ...
Extrait : « Comment en sommes-nous arrivés là ? Je ne sais pas. Sans doute, comme pour beaucoup de parents, par ces abandons successifs de territoire, ces reculs de notre autorité, dès la naissance, qui sont peut-être la faiblesse principale de notre génération. Nous n’avons plus su dire non quand tout autour d’eux disait « just do it ». Avouons-le, l’éducation de nos enfants est devenue difficile. Mais nous ne sommes pas entièrement responsables. Et nos enfants ne sont pas si innocents. Comment pourraient-ils l’être dans ce monde où avoir une âme est un handicap ? »
Cherchez la femme, de Ferney Alice
Inconditionnelle d'Alice Ferney depuis la parution de "Grâce et Dénuement", je me suis précipitée chez mon libraire dès la parution de son nouveau roman.
Que dire de ce roman foisonnant sur l'amour, le couple, la culture familiale et les sentiments amoureux ?
On va suivre de manière très fouillée et dans les moindres détails la vie de Serge et Marianne (en forme d'étude de caractère comme le dit la quatrième de couverture). On commence par les parents du couple et les conséquences d'une éducation, en partant du principe que notre destiné est étroitement lié à celle de nos aïeux.
Serge est adulé par ses parents issus d'un milieu modeste. Il est dans le paraître, brillant et narcissique. C'est un homme en représentation permanente qui cache derrière un paravent d'intelligence et d'aisance un vide émotionnel.
Marianne a grandi dans un milieu aisé, entourée d'une mère tyrannique et d'un père qui ne disait rien. Rencontrer Serge, c'est le moyen de se libérer de sa famille.
Alice Ferney va décortiquer leur rencontre, leurs vies, leurs sentiments, et l'amour inconditionnel que Marianne voue à Serge. Et c'est tellement décortiqué que du coup on perd de la spontanéité. L'analyse de tous les sentiments est parfois un peu lourd.
Il n'en reste pas moins que ce livre présente une belle fresque familiale analysée très finement. Mais sa réflexion sur le mariage et le couple est selon moi plus proche de l'étude que du roman, et cela m'a déstabilisé.
Un petit bémol donc.
Extrait : "Nina comprenait que l'amour l'avait ensevelie vivante : celui de sa mère qui avait manqué et ne s'était pas exprimé, celui de sa grand-mère qui l'avait séparée, celui de son mari qui l'avait enfermée, et celui des enfants qui l'avait occupée, ravie au double sens du terme. Il eût fallu, il fallait, dompter cette force colossale qui s'empare de l'être et de la vie, et dont on ne se méfie pas sous prétexte qu'on l'appelle amour. Même l'amour était plein de poisons. il naissait de la maladie du manque et du désir, il devenait une dévoration pure et simple."
Une partie de chasse, de DesartheAgnès
parution 08/2012 - 152 p - Ed de l'Olivier
Tristan est un jeune homme participe à sa première partie chasse. Ça fait trois ans qu'il vit avec sa femme dans un petit village perdu. Ils ont du mal à s'intégrer et la femme de Tristan lui a demandé de participer à cette activité afin de créer des amitiés.
Tristan n'est pas un chasseur dans l'âme. Il ne fait pas partie de ce milieu et déteste l'idée de tuer un animal. Dès le début de la journée il tire par erreur sur un lapin mais ne fait que le blesser. Il le cache alors dans sa gibecière avec l'idée de le sauver.
Mais la partie de chasse tourne au drame avec un des chasseurs qui tombe dans un trou et une tempête qui arrive. Tristan reste seul avec le blessé. Entre monologue intérieur et discussion philosophique avec le lapin, Tristan revient sur son enfance auprès d'une mère bourgeoise alcoolique et droguée, des études à Londres auprès d'un professeur fantasque et la rencontre bancale avec sa femme.
Un roman original, un huis-clos qui permet une analyse de la vie, un côté surréaliste avec le dialogue avec le lapin. J'ai bien aimé être déstabilisée par ce roman et j'ai apprécié l'écriture d'Agnès Desarthe qui enrobe de douceur des graves difficultés de la vie.
Mais pourquoi mettre un lièvre sur la couverture alors que dans tout le livre il s'agit d'un lapin ?
Le prix à payer, de Fadelle Joseph
Ce livre tournait dans mon groupe de lecture depuis un bon moment déjà... j'avais un peu peur du thème, je n'étais pas trop tenté... mais comme je cherchais à emporter des livres de poche pendant un voyage, je me suis lancée.
C'est donc l'histoire autobiographique de Mohammed Moussaoui, un jeune irakien musulman qui appartient à une grande famille chiite. Il découvre la religion chrétienne pendant son service militaire, et malgré les risques encourus décide de se convertir.
Son chemin va être très long et difficile, autant du côté de sa famille qui refuse sa conversion et va aller jusqu'à le faire mettre en prison dans les geôles de Saddam Hussein pour le faire changer d'avis, que du côté des chrétiens qui ont peur de ce converti qui risque de mettre en péril la communauté fragile des chrétiens d'Irak.
Il a l'exigence d'une vie chrétienne complète et comprend que cela ne pourra se faire qu'en dehors de l'Irak. L'Eglise finit par les aider à fuir. S'ouvre alors une vie de réfugiés qui va se finir en France en 2001.
Ce livre est donc sur la liberté religieuse, la tolérance. C'est un témoignage fort sur une conversion, sur une foi sans borne. Une histoire émouvante, étonnante et poignante, quelque soit nos croyances.
"L'islam et la société qui émane de cette religion m'auront privé de la plus élémentaire liberté. Elle seule m'aurait permis de vivre en paix sur cette terre d'Orient qui est aussi celle des chrétiens."
Encore une petite pause !
Une semaine de vacances,
j'emporte plein de livres "poche"...
Et puis je continue ma lancée avec le pont de l'Ascension !
Retour le 13 mai !
Proie idéale, de Bousquet Charlotte
Ljuba, Cam et Morgane vivent à Paris dans un foyer pour adolescents difficiles. Ljuba est une Rom dont la famille a été expulsée. Cam est une jeune fille qui a grandit dans des familles d'accueils. Toutes les deux ont un caractère difficile, entier, et une rage que seul l'amitié arrive à canaliser. Morgane, elle, veut devenir mannequin. Elle a rencontré un photographe qui va pouvoir l'aider. Mais elle ne revient pas de son rendez-vous. Fugue, kidnapping ? Ljuba et Cam vont partir à sa recherche, malgré les dangers.
C'est la première fois que je lis cette auteure, qui a déjà écrit de nombreux ouvrages pour la littérature jeunesse. On est vite happé par l'histoire, le suspense tient jusqu'au bout, les rebondissements sont en cascade.
On suit tour à tour Ljuba qui n'a confiance en personne, et Cam, la sanguine, l'écorchée vive, qui aime le dessin et les filles. Certains chapitres sont aussi les pensées de Morgane, prisonnière d'un groupe de trafic de jeune fille.
Un bon thriller qui devrait plaire aux adolescents. Même moi, qui ne suit pas très "polar", je me suis laissé prendre ! Mais j'ai trouvé l'écriture un peu trop "jeune"....( je vieillis !!)
L'énigme du retour, de Laferrière Dany
parution mars 2010, audiolib, 5h48 - lu par l'auteur
Je ne suis pas très livre-audio, mais j'essaye de m'y mettre, ma belle-mère ayant une superbe bibliothèque audio qui me tente à chaque fois.
J'avais découvert avec plaisir cet auteur avec "Chroniques de la dérive douce" ou il raconte son départ d'Haïti et son arrivée à Montréal et j'avais envie de retrouver son écriture poétique. C'est chose faite, avec beaucoup de plaisir.
Dans ce livre, il raconte son retour à Haïti après la mort de son père. Il n'est pas retourné dans son pays depuis qu'il en a été chassé par la dictature, trente ans auparavant. Il retrouve sa famille, le climat, la misère et la faim, les odeurs, les artistes, la jeunesse de la capitale ... Ce n'est pas vraiment un roman mais une suite de petites chroniques du quotidien et de l'exil.
J'ai retrouvé l'écriture douce et rêveuse de Dany Lafferière, je me suis laissé bercée (pas trop quand même, j'étais en voiture !) par sa voix et son accent qui nous porte jusqu'à Haïti.
Beaucoup d'émotion dans ce texte. On ressent tout l'amour qu'il a pour son pays d'enfance, et en même temps il a le regard extérieur de l'exilé. Superbe.
Mais comment fait-on pour mettre des post-it sur un livre audio ???? Parfois une phrase m'interpellait et impossible de la noter. Et puis à la fin du livre audio, il y a un interview de l'auteur qui nous fait comprendre que l'écriture du livre alterne des strophes poétiques et des phrases romancés... et ça on ne le ressent pas dans le livre audio ....
En tout cas un très bon moment. Je tombe sous le charme de cet auteur.
Sylire (qui l'a lu aussi en livre audio) a apprécié
« La nouvelle coupe la nuit en deux.
L’appel téléphonique fatal
Que tout homme d’âge mûr
Reçoit un jour
Mon père vient de mourir. »
Ici ça va, de Vinau Thomas
Là aussi un titre glané sur vos blogs et je vous en remercie !
Un jeune couple s’installe dans une vieille maison qu’ils retapent. On apprend rapidement que c’était la maison d’enfance du jeune homme mais qu’il n’a aucun souvenir.
Ce sont des petits chapitres simples sur le paysage, le débroussaillage, la rivière et les ragondins, la petite voisine sourde … plein de petits évènements qui font renaitre la vie. Mais la nature n’est pas la seule au cœur de ce roman. Il y est surtout question de la renaissance d’un homme qu’un évènement douloureux a profondément marqué dans son enfance.
Une écriture simple et émouvante.
En épilogue, il est noté que, sans être une suite, ce livre a été écrit dans la continuité de « nos cheveux blanchiront avec nos yeux ». Il ne me reste plus qu’à lire ce livre.
Extrait : « La force des petits matins frais. Ema m’a répété cette phrase ce matin. J’ai la force des petits matins frais. Elle revit ici. C’est ce qui compte. Je n’ai pas envie de fouiller dans ma mémoire De fourrer mes mains dans la plaie. Juste débroussailler. Retrouver un mur. Un visage. Nous sommes partis d’ici quand j’avais quoi, six ou sept ans. C’était devenu invivable pour ma mère. Ils avaient choisi cet endroit ensemble, avaient crépi les murs, réparé le toit, la route, la fosse septique. Je ne sais pas pourquoi je me souviens de la fosse septique. Probablement parce qu’ils avaient construit au-dessus une petite cabane pour les chiottes en attendant mieux. L’hiver le fond de la cuvette était gelé. Un étron figé oublié le soir qui se dressait comme un menhir nous avait bien fait rire. Mon esprit est un jardin désordonné. Une friche remplie de coton, de glace, de ronces et de fraises sauvages. »
Mai en automne, de Creusot Chantal
J'ai trouvé ce livre à la bibliothèque. Je l'avais noté sur mon carnet suite aux critiques élogieuses sur vos blogs, mais je n'ai pas noté lesquels !
Ce livre est une chronique douce amère de la vie de province de l'après guerre aux années cinquante. C'est une fresque sociale ou l'on suit la vie d'un village normand et de plusieurs familles sur deux à trois générations. Les conflits, les amours, les dépressions, les relations de voisinage, le bonheur des uns ...
Heureusement qu'au début du livre il y a un organigramme, parce que sans ça j'aurais été complètement perdue ! Le livre ne suit pas vraiment un ordre chronologique mais relate la vie d'une famille ou d'un personnage sur plusieurs chapitres, puis passe à une autre. Du coup j'ai eu parfois du mal à suivre et à me remémorer ou j'en étais quand je reprenais le livre, surtout que les villageois s'entrecroisent.
Il ne se passe pas grand chose, juste le quotidien. C'est agréable à lire, doux et reposant, et en même temps je me suis ennuyée au bout d'un moment. J'attendais un évènement, une révélation ...
Un livre qui brosse de beaux portraits, une écriture un peu surannée et intelligente. Un roman qui demande du temps et apporte de la douceur. Malgré tout le manque d'intrigue fait que je n'en garderai pas un grand souvenir.
Extrait : "Marianne vivait depuis toujours enfermée dans un cauchemar. Détestant le couple formé par ses parents, elle s'employait à détruire l'idée de foyer et, plus intimement, à souiller l'acte dont elle était née. Enfant, elle avait rôdé dans les ténèbres autour de leur chambre. A quinze ans, elle avait fait des avances aux lycéens, lesquels s'étaient exécutés sans demander d'explications. Douée, elle accumulait les prix solaires, seul le défi pourtant la contraignait à travailler d'arrache-pied. Les garçons, les études, la lecture, rien n'épuisa la passion que lui inspirait son père et, hormis sa hantise, tout lui semblait frivolité."







