le blog des fanas de livres

12 novembre 2018

L'avaleur de sable, de Stéphane Bourguinon

québec-en-novembre-300x169

(lu par Normand Daneau) téléchargé sur Ici Radio Canada.

avaleur-sable-livre-audio-stephane-bourguignon

Une histoire douce amère sur les relations homme-femme.

Pierrot et Julien sont deux jeunes chômeurs qui vivent en collocation. Julien se remet difficilement du départ de Florence quand Pierrot commence une relation avec Sonia et quitte la collocation.

On va suivre le quotidien de Julien, ses galères, ses belles rencontres et son rapport avec les femmes et l'amour, la vie qui prend le dessus, ses questionnements.

Au début c'est plutôt léger, et la voix avec l'accent québécois assez prononcé qui reprend les expressions comme "quitter sa blonde", "l'entreprise vient de saquer 25 employés " ou "ma calice de vie" nous fait voyager. Mais dans la dernière partie du roman les interrogations sur l'engagement deviennent plus complexes .

J'ai beaucoup aimé suivre la vie de Julien et ses réflexions sur son avenir, sa difficulté à devenir adulte. A travers plein de petites pensées anodines, l'auteur nous livre tout un pan de vie et des considérations assez profondes.

Une belle lecture. J'ai en plus eu la chance de lire ce livre alors que j'étais en vacances au Québec et donc dans l'ambiance.

Extrait : « Plus le temps passe, plus on est bien tous les trois. Surtout Sonia et Pierrot, je dirais. Ça se voit dans plein de petites choses comme un sourire, un toucher ou un regard. Rien de bien sérieux si on considère chaque élément séparément, mais une fois alignés ces détails prennent toute une signification. Comme des lettres finalement : toutes seules, ce ne sont que de ridicules pictogrammes, sans personnalité, mais bien agencées avec leurs con-soeurs elles peuvent prendre tout un sens. Alors Pierrot et Sonia sont comme des lettres ; ils ne demandent qu'à composer un mot. C'est une affaire d'ondes. Vous savez, ces petites bebelles irréelles qui courent dans tous les sens et qui régissent nos vies sans qu'on y puisse quoi que ce soit? Ce coup-ci, les ondes de Pierrot ont rencontré les ondelles de Sonia et je vous garantis que ça copule joliment dans ce petit monde invisible. »

Lecture commune avec Enna dans le cadre de "Québec en Novembre" chez Karine et Yueyin

Posté par Gambadou à 04:13 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

09 novembre 2018

Les cigognes sont immortelles, d'Alain Mabanckou

les cigognes sont immortelles

J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir la verve et l'écriture d'Alain Mabanckou. Nous sommes à Pointe-Noire où Michel, 13 ans, vit avec Maman Pauline et Papa Roger. Michel est très bon à l'école et veut toujours être le premier pour pouvoir intégrer le lycée Karl-Marx. Mais le vent de l'histoire va souffler, avec l'assassinat du président Marien Ngouabi à Brazzaville ce qui va changer bien des choses pour lui et sa famille.

J'aime la manière dont Alain Mabanckou nous parle de l'Afrique, de son devenir post-colonialisme, ses ethnies, ses traditions, l'importance de la famille mais aussi sa politique avec des coups d'état, de la corruption, des arrestations arbitraires.

Dans la bouche de Michel, un brin rêveur et naïf, sa vie et son pays sont idéals. Il est prêt à donner sa vie pour son pays et ainsi devenir "la cigogne blanche de la Révolution socialiste congolaise". Il n'y a pas de filtre, Michel nous livre ses pensées, ses rêves et à travers lui on suit de manière très vivante sa vie quotidienne et les trois jours d'instabilité politique à la suite de l'assassinat du président.

C'est en maniant humour et naïveté que l'auteur arrive à nous transmettre toute la gravité de la situation de l'Afrique. Une réussite.

Extraits : "Maman Pauline dit souvent que lorsqu'on sort il faut penser à mettre des habits propres car les gens critiquent en premier ce que nous portons, le reste on peut bien le cacher, par exemple un caleçon gâté ou des chaussettes trouées.
Je viens donc de changer de chemise et de short."

"Le client regarde avec respect et crainte la photo de notre chef de la Révolution socialiste congolaise. C'est la même qu'on avait dans notre classe à l'école primaire. Le camarade président Marien Ngouabi porte une casquette de militaire et regarde vers sa droite. Il n'a pas de barbe, il a de gros favoris qui nous permettaient de le dessiner facilement pendant la leçon d'instruction civique. Sa veste militaire est magnifique, avec le bouton d'en haut fermé et, au-dessus de sa poche droite, il a l'insigne des paracommandos prouvant qu'il est capable de sauter d'un hélicoptère ou d'un avion et de retomber par terre sans s'écraser la tête grâce à son parachute. Le camarade président Marien Ngouabi est triste sur cette photo. Il a peut-être compris que ce n'est pas facile d'être un chef de la Révolution dans un pays où les gens veulent tous payer plus tard. "

Posté par Gambadou à 05:22 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , ,
07 novembre 2018

Irena tome 1 à 3, de Jean-David Morvan et Séverine Tréfoüel,

irena   irena 2   irena 3

Irena-page-3Une bd que j'avais repérée lors des BD de la semaine et que j'ai acheté pour le collège où je travaille.

1940 à Varsovie. Iréna est une jeune femme qui travaille pour le département d'aide sociale. A ce titre, elle a le droit de se rendre quotidiennement dans le ghetto où sont parqués les juifs afin d'apporter quelques vêtements et des denrées. Mais elle se rend compte rapidement qu'il faut aller au-delà de cette aide et prendre des risques pour essayer de sauver les enfants qui périssent dans le ghetto. Avec l'aide d'autres résistants, elle va sortir régulièrement des enfants du ghetto avant de les remettre à des familles. 

Arrêtée, torturée, elle gardera la tête haute.

Décédée en 2008, déclarée Juste parmi les nations en 1965, Irena Sendlerowa, résistante et militante polonaise à ainsi sauvé près de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie. 

Les dessins sont assez enfantins et permettent d'adoucir cette histoire très dure mais il n'y a pas du tout de mièvrerie ou de volonté de cacher les choses. 

Une lecture assez bouleversante, que je réserverai à des enfants à partir de la quatrième. 

Retrouvez toutes les BD de la semaine chez Moka.

Posté par Gambadou à 05:05 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
06 novembre 2018

Moi par mois, octobre

Un super week-end parisien entre baptême, cinéma, resto et expositions / décider de passer sa soirée à rattraper le retard du blog mais se retrouver avec le chat lové dans ses bras, ronronnant, et en profiter toute la soirée. Tant pis pour le blog / un pot avec une copine pas vue depuis longtemps / encore un coup de cinéma / et c'est parti pour 15 jours de voyage au Canada, revoir fille n°2 et découvrir une petite partie de ce grand pays / 

IMG-20181024-WA0028   20181028_123114

20181029_185839   20181102_133441

 

Posté par Gambadou à 23:05 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
15 octobre 2018

Pause

Bon, il ne faut pas se leurrer,

cela fait plus de dix jours que je n'ai pas bloggué,

je crois que je suis un peu débordée,

et en plus j'ai un voyage à préparer.

pause

C'est donc sur la touche "pause" que je vais appuyer

et c'est après les vacances que je vais vous retrouver.

au revoir

 

 

Posté par Gambadou à 07:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 octobre 2018

Au loin de Hernán Diaz

Livre reçu grâce à l'opération des matchs de la rentrée littéraire de Price Minister #MRL18 #Rakuten.

 

Au loin se trouve l'Amérique, New-York, le nirvana.

au loin

Une ville mythique quand on est un paysan suédois,

Que l'on a juste 15 ans et aucun avenir devant soi.

 

C'est le père ui en a décidé ainsi,

Ses deux fils doivent partir loin d'un pays exsangue par son économie

Pour se faire une nouvelle vie.

 

Au loin se trouve Linus, le grand frère influent,

Perdu dans la foule et les déplacements,

Perdu lors de l'embarquement.

 

Et voici Hakan qui débarque à San Fransisco

Avec les chercheurs d'or, dans un vrai chaos

Loin de son frère, loin de New-York et son eldorado.

 

Il décide de retrouver son frère en traversant à pieds

Toute l'étendu de ce pays étranger

Dont il ne parle pas la langue, dont il méconnaît les particularités.

 

Et c'est un vrai road-trip qui s'annonce entre chercheurs d'or,

Pionniers et spéculateurs de tout bord

Tenancière et naturaliste-savant au cœur d'or.

 

Des rencontres souvent exécrables

Qui vont faire de Hakan malgré lui une légende épouvantable

Celle d'un géant monstrueux au comportement inqualifiable.

 

Il ne reste plus qu'à se terrer

Vivre dans un trou, se cacher

Pour ne plus se faire repérer.

 

Au loin se trouve toujours le frère,

L'eldorado d'une Amérique de chimère

Remplacé par une vie bien amère.

 

Et bien ce live, je suis passée à côté

Je l'ai trouvé long, je n'y ai pas trouvé d'intérêt

Et surtout je n'ai pas ressenti d'empathie

Pour Hakan et tous ses ennuis.

Tant pis ! 

Posté par Gambadou à 05:12 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , ,
09 octobre 2018

Ici les femmes ne rêvent pas, de Rana Ahmad

Rana

Rana est issue d'une famille Syrienne qui s'est installée à Riyad en Arabie saoudite. Dans ce pays, la religion musulmane et la loi islamique sont omniprésentes. Les femmes doivent porter le niqab, être toujours accompagnées d'un homme de la famille quand elles sortent, demander l'autorisation à leur père/frère/mari pour faire des études ou travailler. Elles ne peuvent pas commander leurs plats au restaurant et doivent manger dans des alcôves spéciales.

La religion a toujours joué un rôle important dans la vie de Rania, et elle a grandi sans problème dans une famille aimante et unie jusqu'à ce qu'elle devienne une jeune adulte, même si certaines obligations ou interdictions l'ont fait réagir. Elle est heureuse de se marier en Syrie avec un homme choisi par sa mère. Et c'est pourtant là que tout va déraper. Car même si en Syrie les femmes ont plus de liberté qu'en Arabie Saoudite, elle ne va plus être sous la tutelle de son père qui l'aime tendrement et lui laisse pas mal de liberté.

Malheureuse, meurtrie, elle va revenir en Arabie Saoudite et découvrir, à travers les réseaux sociaux, qu'il est possible de renier sa religion et de vivre librement dans un autre pays. Elle va donc préparer son évasion, seul moyen de se libérer.

Rana revient tout d'abord sur les bonheurs de son enfance, sur la relation très positive qu'elle entretient avec son père, sur ses vacances en Syrie. Elle nous parle aussi des paradoxes de regarder Rihanna sur youtube et de ne sortir qu'en niqab. La première rupture se fait à la suite de son mariage et de son retour en Arabie. Elle explique alors longuement son évolution, la perte de sa foi et les conséquences qui en découlent. Vient alors la deuxième rupture, son évasion et son parcours très chaotique et compliqué de migrante.

Un livre très intéressant qui nous explique simplement et en profondeur la prise de conscience de la condition des femmes en Arabie Saoudite. La religion musulmane n'est pas stigmatisée, ce qui l'est, c'est non seulement les conditions drastiques qui sont imposées aux femmes, mais surtout les liens mentaux qui leurs sont enseignés depuis leurs plus jeunes âges et qui leurs inculquent que leur mauvais comportement risque de faire tomber sur leur famille la honte et l'infamie. C'est de cette forme de pensée qu'il est le plus difficile de se défaire ;

On ressent beaucoup d'empathie pour Rana mais aussi pour son amie Nona ou sa tante Anisa toutes deux prises dans les griffes de l'islam radical.

Un livre très intéressant.

Extrait : […]. "Car il n'est pas vrai que l'on puisse simplement se libérer en quelques brassées de ce que l'on a appris et ressenti toute sa vie. Même des femmes qui auraient l'argent et les moyens techniques de quitter le pays et de vivre en liberté, même ces femmes-là ne le font pas. Car la prison dans laquelle nous vivons n'est pas seulement de frontières, de principes de la charia, de niqabs et d'abayas, d'horaires de prières et de règles qui visent à réguler jusqu'aux recoins les plus intimes de tout individu. La répression la plus puissante est celle qui naît dans notre propre tête. Chaque femme est persuadée de courir à tout instant le risque de faire tomber sur la famille le péché, l'infamie et la honte. C'est avec cette idée que nous sommes éduquées, nous avons intériorisé la peur que nous nous inspirons à nous-même. Peu importe ce qui se passe, peu importe les efforts que nous produisons pour nous libérer de cette forme de pensée – nous ne pouvons jamais totalement nous défaire des liens mentaux que l'on inspire à chaque cours sur le Coran, à chaque discussion, à chaque seconde passée dans cette société. Et moi aussi, j'ai du mal à le faire."

Posté par Gambadou à 04:55 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , ,
06 octobre 2018

Tu t'appelais Maria Schneider, de Vanessa Schneider

 

tu t'appelais Maria Schneider

L'auteure revient sur la vie de sa cousine, Maria Schneider, une actrice qui a connu la gloire et la déchéance quasiment simultanément. C'était une jeune femme fragile, marquée par une enfance compliquée entre une mère peu aimante et un père qui ne l'a pas reconnue. A 16 ans, elle va aller sonner chez ce père célèbre et c'est lui qui va lui faire connaître le monde du cinéma, mais aussi celui de la drogue et des excès. A 19 ans, encore candide mais déjà usée, elle va avoir le premier rôle avec Marlon Brando dans le film « Dernier Tango à Paris ». Une scène de sodomie particulièrement osée et violente va finir de la détruire. Elle tournera encore dans de nombreux films mais les fêtes, les drogues et l'alcool auront raison d'elle.

L'auteure, plus jeune, est admirative de cette cousine connue qui vient régulièrement squatter le canapé de l'appartement où elle vit avec son frère et ses parents. C'est un lieu de réunions communistes, de rencontres baba-cools mais pour Maria, un lieu de repos où elle peut reprendre ses esprits.

Les chapitres sont très courts et suivent plus la pensée de l'auteur qu'un ordre chronologique. En parallèle de la vie de Maria, l'auteure revient aussi sur sa propre vie et ses souvenirs. Ceux-ci sont très vivants contrairement aux moments où elle évoque sa cousine à qui elle parle en utilisant un « tu » qui nous distancie de l'histoire.

Un bel hommage émouvant mais que j'ai trouvé peu vivant. D'autre part, les « règlements de compte » vis à vis de la famille paternelle de Maria ou de certains réalisateurs m'ont gêné. Ce n'est pas un livre que je retiendrai très longtemps.

Posté par Gambadou à 02:31 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags : , ,
03 octobre 2018

Alexandrin ou l'art de faire des vers à pied, de Alain Kokor et Pascal Rabaté

Alexandrin

Alexandrin page

Une BD repérée lors des "BD de la semaine", merci pour cette découverte.

 Alexandrin est un vagabond qui gagne sa vie en vendant aux portes à portes ses vers. "Je m'appelle Alexandrin. Je vis d'eau fraîche et de pain. Jouer avec les mots c'est ma vie. Aimez-vous la poésie ?". A force de créer des poèmes, il a pris l'habitude de ne parler qu'en vers. Un jour, sur les bords de Seine, il rencontre un jeune garçon qui a fui son foyer pour plus de liberté. Il le prends sous son aile et en fait son auxiliaire. Ensemble ils vont parcourir la ville et la campagne, faire des rencontres houleuses ou heureuses. Mais la vie de poète n'est pas toujours facile.

Les illustrations sont douces, couleurs pastels. Le discours est agréable, l'idée étant de profiter de la vie, de la nature et de ce qu'elle nous offre. Tout n'est pas rose, loin de là, mais cet album permet de revenir sur des moments de contemplation et de rêve.

C'est une BD touchante.

Vous pouvez retrouver toutes les BD de la semaine chez Noukette.

Posté par Gambadou à 05:48 - - Commentaires [29] - Permalien [#]
Tags : , , ,
01 octobre 2018

Gabriële, de Anne et Claire Berest

gabriele

J'ai rencontré Claire Berest en mars 2018 lors du festival "Rue des livres" de Rennes, d'abord lors d'une conférence, puis ensuite en face à face lors de la dédicace de son livre. Nous avons eu un échange très intéressant qui m'a donné envie de me plonger dans ce livre qui reprend la biographie de son arrière grand-mère, femme du peintre Picabia. C'est un livre écrit avec sa soeur, elle aussi écrivain.

Les deux soeurs nous replongent dans la vie tumultueuse de leur ancêtre. Jeune fille indépendante, Gabriële Buffet suit des études de musique à Berlin quand elle rencontre, à 27 ans, le peintre Francis Picabia. C'est un artiste qui commence à avoir une certaine renommée par son style impressionniste, mais c'est aussi un homme instable, fêtard et passionné de voiture. Au contact de Gabriële qui est une femme d'avant-garde et qui sera toujours pour lui un profond stimulant intellectuel, son talent artistique s'affirme et il se dirige vers l'art moderne / abstrait.

Toute sa vie il cherchera sa voie vers un nouveau langage visuel loin de la tradition académique européenne. Gabriële devient sa femme et met de côté sa carrière de compositeur. C'est une femme libre et forte, mais elle décide de soutenir le génie d'un homme qu'elle aimera et admirera passionnément malgré ses écarts et sa folie. 

Ce qui est très intéressant, au-delà de la vie de Gabriële, personnage décisif du monde de l'art, c'est toute la vie artistique de cette époque (1909-1920). Les rencontres avec Guillaume Apollinaire, Marcel Duchamp, Picasso .. La vie à New-York, en Suisse, en Espagne, dans le Jura ou à Paris. Les états d'âme et états d'art de tout un groupe de surréalistes. 

Une femme exceptionnelle, une visionnaire avec ses parts d'ombre (notamment dans la maternité) et de lumière.

Un portrait touchant, une écriture fluide et très documentée avec des réflexions plus personnelles.

Une lecture très intéressante.