le blog des fanas de livres

16 septembre 2018

Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allard

Sarah

C'est l'histoire d'un coup de foudre, d'une passion. La rencontre avec Sarah, cette jeune femme violoniste, audacieuse, vivante, un peu vulgaire. Un amour entier et inattendu. Une révélation. Il y a les voyages, les retrouvailles, les découvertes, le plaisir, les nuits d'amour, la griserie et les petits bonheurs quotidiens. Mais cet amour exclusif devient petit à petit néfaste. Car il y a aussi les cris, les disputes, les ruptures et les claques, parfois. Un amour entier qui ne laisse passer aucun compromis. Alors quand l'engouement de Sarah s'étiole et qu'elle tombe malade à ce moment-là, l'amour peut-il s'arrêter d'un coup ? Peut-on ressortir vivant d'une telle passion ?

L'auteure laisse la plume à l'amoureuse qui découvre, qui palpite et qui se noie dans cet amour trop grand pour elle. Une montée vers les sommets de la félicité, et une descente qui n'en n'est que plus cruelle.

Un roman où les sentiments et les émotions traduisant les affres de l'amour sont très bien décrits. Une belle puissance d'écriture malgré quelques longueurs. Le basculement vient du non amour, et on se demande parfois ce que vient faire la maladie. Celle-ci ne s'intègre pas tout à fait dans l'histoire et on a du mal, du coup, à en comprendre le rôle.

Extrait : "Dans le taxi qui nous ramène, on fait le compte de tout ce qu'on a bu, et le résultat ne suffit jamais à expliquer l'ivresse qui nous exalte. C'est que la griserie vient des heures passées ensemble, de la folie de cette vie qu'on mène tambour battant, du temps volé au temps. Je me souviens de ça. Dès que nous sommes deux, la magie opère."

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13 septembre 2018

Femme à la mobylette, de Jean-Luc Seigle

mobylette

Reine élève seule ses trois enfants depuis le départ de son mari trois ans auparavant. C'est aussi le moment ou elle a perdu son travail. En fin de droit, la voilà au seuil de la pauvreté, obligée de quémander pour la cantine des enfants. Avec en plus le père des enfants qui a refait sa vie et qui veut les récupérer, la coupe est pleine.

Après avoir envisagé l'inimaginable, Reine se reprend et, grâce à une mobylette trouvée dans le bric à brac de sa cour, va essayer de redémarrer une autre vie. Elle rêve qu'elle va s'en sortir, voit le bout du tunnel, goûte à un nouvel amour, trouve un travail qui lui correspond ... mais la vie n'est pas faite pour les rêveurs, et les méandres de l'administration sont souvent les plus forts.

Une très belle et émouvante fresque d'une femme seule avec ses démons, qui est prête à tout pour ses enfants. Une femme fragile et forte, qui fait partie d'une lignée de femmes qui ont eu comme combat quotidien leur survie. Une réflexion sous-jacente sur notre univers de consommation où le travail des mains est peu valorisé.

Un point bonus pour les scènes de début et de la fin qui sont magistrales.

Extrait : "ll aime les points de force de sa mère , son courage, sa vivacité, son acharnement à vouloir transformer la réalité avec ses
tissanderies, sa propension aussi à l'émerveillement tout en sachant que son comportement volontariste, cette violence qu'elle se fait subir à elle-même pour être à la hauteur, n'ont pour socle que son extrême fragilité." 

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11 septembre 2018

Tous les hommes désirent naturellement savoir, de Nina Bouraoui

tous les hommes

La narratrice nous parle des souvenirs de sa vie en Algérie jusqu'à ses 14 ans et de sa nouvelle vie à Paris quand elle a juste 18 ans.

Elle met en parallèle deux moments très difficiles qui font partie de sa construction et qui ont jalonné son existence  :

  • « Se souvenir » : La rencontre de ses parents, lui étudiant algérien et elle jeune fille de bonne famille dont les parents ne voyaient pas la relation d'un très bon œil. Le rejet parfois violent que sa mère française a subi en Algérie dans les années 90. La difficulté des couples mixes.

  • « Savoir » : Son devenir incertain de jeune fille métisse de 18 ans qui vit seule à Paris. La dureté de sa vie en France, la difficulté d'accepter sa différence, son envie mêlée à son angoisse lors de sa première relation homosexuelle.

Ce qui l'amène à des chapitres intitulés « devenir ».

Comme souvent, Nina Bouraoui nous parle de différentes problématiques comme la dualité de ses racines ou la dualité de sa sexualité. Un roman autobiographique au ton très juste mais qui n'a pas su m'emporter. Je suis restée en spectatrice de ses inquiétudes et de ses problèmes identitaires.

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08 septembre 2018

La vraie vie, de Adeline Dieudonné

Rentrée littéraire 2018

la vraie vie

Comment faire pour enlever dans les yeux et la tête de son petit frère la violence et l'horreur qui s'y sont incrustés après un accident ? Ce n'est pas sa mère, qu'elle qualifie d'amibe, qui va l'aider, et encore moins son père, un chasseur de trophées, un mari maltraitant, un père inexistant. Alors la narratrice décide de se plonger dans les études de physique pour apprendre à remonter le temps, revenir avant l'accident, seul moyen de sauver son frère. Mais la vraie vie n'est pas aussi facile.

Un bon premier roman qui met un peu de temps à se mettre en place mais qui monte en puissance.

Le fait que la narratrice soit jeune donne une écriture un peu simple et facile, bien que les sentiments exprimés puissent être complexes. On est parfois proche de la littérature jeunesse dans quelques chapitres (le lien avec Monica, le labyrinthe des voitures) mais par contre d'autres chapitres sont dans un univers plus sauvage et violent.

On suit donc la narratrice, une enfant qui grandit trop vite dans un environnement assez cruel. Les personnages "secondaires" sont aussi très bien campés et apportent un peu de lumière dans cet apprentissage de la vie compliqué.

Des personnages très attachants, une tension qui monte à chaque chapitre, et on croise les doigts pour que cette guerrière gagne son combat. Une auteure à suivre.

Extrait : "Chez nous, les repas familiaux ressemblaient à une punition, un grand verre de pisse qu'on devait boire quotidiennement. Chaque soirée se déroulait selon un rituel qui confinait au sacré. Mon père regardait le journal télévisé, en expliquant chaque sujet à ma mère, partant du principe qu'elle n'était pas capable de comprendre la moindre information sans son éclairage. C'était important le journal télévisé pour mon père. Commenter l'actualité lui donnait l'impression d'avoir un rôle à y jouer. Comme si le monde attendait ses réflexions pour évoluer dans le bon sens. Quand le générique de fin retentissait, ma mère criait : « À table ! »"

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05 septembre 2018

Ce n'est pas toi que j'attendais, de Fabien Toulmé

ce n'est pas toi

Une autre BD d'aventure humaine autobiographique, après la très-belle "les petites victoires".

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Quand la trisomie de sa petite fille est décelée, peu de temps après sa naissance, Fabien a du mal à y faire face. C'est quelque chose qu'il redoutait, dont il avait presque l'instinct, et voilà que ça lui arrive. Même si sa femme a elle aussi des moments de doute et d'angoisse, elle s'occupe très maternellement de cette petite fille. Fabien, lui, a du mal à la toucher et à s'occuper des gestes quotidiens qu'il avait très bien su faire pour sa première fille. Il va lui falloir du temps pour que l'amour paternel arrive. 

L'auteur revient sur ces moments très compliqués qui ont suivi la naissance de sa fille, sa difficulté à accepter, ses sentiments très mitigés jusqu'à l'envie de la voir mourir lors de sa première opération du coeur. Un sentiment de rejet, puis de colère et enfin d'abattement, avant de relever la tête.

C'est touchant parce qu'on voit bien tout le cheminement qu'il lui a fallu pour arriver finalement à un amour inconditionnel. Il y a beaucoup d'honnêteté dans cet album et la sincérité des sentiments violents dans le rejet au départ, sont très bien décrits.

Les dessins sont quand à eux plutôt doux et simples, avec peu de couleurs. J'ai juste un bémol sur les visages féminins, et notamment celui de la petite Julia qui n'est pas vraiment représentée avec les caractéristiques physiques des enfants trisomiques : une difficulté du père à la représenter sous ces traits ?

Un très bel album émouvant.

Retrouvez toutes les BD de la semaine chez Moka

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01 septembre 2018

Salle de bal, de Anna Hope

la salle de bal

1911. A la suite d'une vitre brisée dans l'usine de filature ou Ella travaille depuis l'enfance, la voici internée à l'asile psychiatrique de Sharston, dans le Yorkshire. C'est un asile qui accueille environ mille femmes et autant d'hommes, avec un concept assez novateur : les hommes travaillent aux champs et à la ferme, permettant ainsi une autarcie des vivres. Les femmes travaillent à la blanchisserie et à la maintenance des locaux. De plus, tous les vendredis soirs, une soirée dansante est proposée aux pensionnaires. C'est uniquement dans ces bals que hommes et femmes peuvent se retrouver.

Nous allons suivre la vie de deux femmes : Ella et Clem, une jeune femme éduquée souffrant de crise d'hystérie et de deux hommes : John, un irlandais mélancolique depuis la mort de sa fille, et le tonitruant Dan. Le tout est chapeauté par Charles, un médecin épris de musique, persuadé que celle-ci peut aider les malades, jusqu'à ce que des théories eugénistes lui fassent changer dangereusement d'avis.

La construction du livre est simple, avec un court chapitre sur Charles, suivi d'un sur Ella puis sur John. Cela nous permet de suivre un même évènement selon plusieurs points de vue, mais aussi d'avancer dans les histoires et les pensées des uns et des autres.

L'écriture est très fluide, très agréable. Le côté historique de ces hommes et femmes atteints de diverses pathologies ou juste indigents qui sont enfermés pour des années dans un asile d'aliénés est particulièrement intéressant, et s'harmonise bien avec le côté romancé. Passionnant aussi les débats eugénistes soutenus à l'époque par Churchill.

J'ai passé un très bon moment de lecture avec ces personnages émouvants et dignes, et je suis contente de voir (après lecture) qu'il a reçu le grand prix des lectrices Elle, dont je vais faire partie du jury cette année.

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31 août 2018

Moi par mois, juillet et août

Juillet

une journée entière de réunion au collège, c'est long. Mais quand il en ressort un changement d'horaires pour intégrer le 1/4 h lecture tout au long de l'année, ça devient une bonne journée / dîner de fin d'année de mon groupe littéraire à la maison, une belle soirée chaleureuse / bonne ambiance entre collègues lors de la sortie de fin d'année, découverte du village de la Gacilly et son expo photo, y piquer une idée de projet avec la prof d'arts-plastiques "du harcèlement à l'empreinte" / VACANCES / des belles notes pour les épreuves anticipées de fille n°3 qui cumule 30 points d'avance / pique-nique Babelio, retrouvaille avec Fransoaz, journée en petit comité entre quiz et conversations livresques / vacances au bord de la mer en famille, pouponnage de mes deux nièces, repos, cousinade / thalasso mère-soeurs / voir fille n°2 revenir avec les cheveux ultra courts, bon, elle a donné ses longs cheveux à une association, mais ça change /

Août

quelques jours dans l'Indre : promenade, farniente et un peu de littérature avec la visite de la maison de Georges Sand / puis deux semaines dans le Cantal, découverte de la région, belles randonnées, moments partagés avec les deux filles et fin de la série Downton Abbey / une petite resuçée de Bretagne, dîner entre copains, belle expo sur Doisneau / voir fille n°2 s'envoler pour un an au Canada / faire un petit tour à Thoiry au retour, souvenir d'enfance / rentrée des classes pour les profs, ça chahute ! / c'est normal de préparer ses prochaines vacances alors que la rentrée est en cours ?

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28 août 2018

Je voudrais que la nuit me prenne, d'Isabelle Desesquelles

je voudrais que

Clémence nous parle de son enfance. C'est une fillette de 8 ans qui vit avec un père instituteur et une mère un brin fantasque dans un petit village un peu perdu. Elle revient sur son amitié avec son voisin avec qui elle se mariera quand elle sera grande, ses journées à l'école, l'adoption de sa tortue, la fraîcheur du lac où elle va nager avec sa mère, les chansons de celle-ci ... mais surtout les relations très fortes qui l'unit à ses parents, les trois formant comme une bulle.

Pourtant, petit à petit, on comprend que quelque chose cloche et le trouble nous étreint.

Tous ces souvenirs heureux, cette innocence de l'enfance, ces sensations de bonheur se noircissent et se teintent de tristesse. On met du temps à comprendre le pourquoi, jusqu'à ce que l'évidence nous saute au visage.

Un beau roman tout en pudeur qui nous surprend. J'ai cependant été un peu gênée par un côté un peu "voyeuriste" sur certaines scènes entre les parents dont je n'ai pas compris l'intérêt.

Un roman d'ambiance et d'émotion, une belle écriture poétique.

Les avis de Sylire et Antigone

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10 juillet 2018

Vacances

C'est le temps des vacances,

buller, profiter, partager, découvrir ... et lire,

voilà mes objectifs pour les semaines à venir !

Bonnes vacances à tous,

retour prévu ... en septembre.

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07 juillet 2018

Underground Railroad, de Colson Whitehead

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Cela faisait un moment que je voulais le lire, mais comme je m'étais plongée dans Bakhita, j'ai attendu un petit moment pour faire une pause entre deux romans ayant pour thème l'esclavage.

Cora est une jeune esclave qui vit dans une plantation de coton en Géorgie, comme sa mère et sa grand-mère avant elle. Le nouveau propriétaire est un homme brutal et colérique, du coup, quand Caesar, un jeune esclave, lui propose de s'enfuir, elle accepte malgré le risque que cela engendre. 

Caesar a réussi à entrer en contact avec un homme qui fait partie du réseau du chemin fer clandestin qui a pour but d'emmener les esclaves fugitifs vers le nord. Il existe ainsi des gares souterraines cachées sous des trappes dans des granges, des cabanes isolées ou des salons avec des chefs de gare et des conducteurs de trains qui risquent leurs vies pour cette cause.

Beaucoup de suspense tout au long du parcours de Cora qui suit un chemin semé d'embûches, poursuivi par un chasseur de fugitifs et risquant à tout moment d'être dénoncée par des esclavagistes. Il y a aussi des belles rencontres et des soutiens tout au long du parcours avec des personnes, noires ou blanches, qui prennent conscience de l'horreur de cet asservissement.

C'est très intéressant de voir les différentes lois régissant des états mitoyens mais traitant les esclaves de manières très différentes. J'ai aussi aimé le côté fantastique du train souterrain. Le "Underground Railroad" a vraiment existé, mais il s'agissait d'une réseau de routes et de relais utilisés par les esclaves noirs américains pour aller vers le Canada et non pas un réseau de trains.

C'est un livre très prenant avec beaucoup de suspense. On tremble pour Cora et les autres fuyards. J'ai trouvé malgré-tout qu'il y avait une petite longueur au trois-quart du livre. Mais cela reste un très bon livre sur le racisme et l'esclavagisme.

Extrait : "Il arrive parfois qu'une esclave se perde dans un bref tourbillon libérateur. Sous l'emprise d'une rêverie soudaine au milieu des sillons, ou en démêlant les énigmes d'un rêve matinal. Au milieu d'une chanson dans la chaleur d'un dimanche soir. Et puis ça revient, inévitablement : le cri du régisseur, la cloche qui sonne la reprise du travail, l'ombre du maître, lui rappelant qu'elle n'est humaine que pour un instant fugace dans l'éternité de sa servitude."

 

 

 

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