le blog des fanas de livres

18 mai 2022

Carnet de bord du 11 au 17 mai 2022

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Notes sur le chagrin de Chimamanda Ngozi Adichie

notes sur le chagrin

Un texte très personnel écrit avec beaucoup de pudeur par l'auteure sur la mort de son père.

Nous sommes en juin 2020, période de Covid. Chimamanda Ngozi Adichie vit aux Etats-Unis, ses frères, soeurs et ses parents sont dispersés dans différents coins du globe. C'est donc par zoom que les réunions familiales rituelles du confinement ont lieu. Le 7 juin a eu lieu une dernière réunion joyeuse, regroupant les six enfants et les parents. Quelques jours après, le 10 juin, James Nwoye Adichie meurt à l'hôpital

L'auteure va passer par plusieurs phases qu'elle nous décrit dans des chapitres courts, comme une respiration. L'effarement, le refus d'en parler pour éviter d'y croire, l'effondrement, la honte de ne pas avoir vu que son père n'allait pas bien... L'auteure décode les informations dans une sorte de brouillard. L'enterrement ne peut pas se dérouler tout de suite, les aéroports étant fermés et cela ajoute à l'étrangeté de l'annonce. Il y a aussi les rituels, les traditions et la culture du pays (Nigeria) à suivre.

Les chapitres sont courts, le livre ne fait que 98 pages, en petit format, mais à travers toutes les lignes et tous les mots transparaît la douleur de la perte et l'immense admiration et amour que l'auteure avait pour son père.

Un livre émouvant, doux et pudique.

Extraits : 

"J'ai besoin de temps. Pour le moment, j'ai envie de sobriété. Un ami m'envoie une phrase de mon roman : "Le chagrin était la célébration de l'amour, ceux qui pouvaient ressentir un véritable chagrin avaient la chance d'avoir aimé". Comme c'est étrange que la lecture de mes propres mots me cause une douleur si exquise."

"Dans les réunions Zoom, nous vacillons, nous ne sommes pas préparés, pas au courant des choses pratiques. Émotionnellement, nous pataugeons aussi. Nous avons eu cette chance folle d'êtrte heureux, d'être pris dans une cellulle familiale intacte et sécurisante, de sorte que nous ne savons pas quoi faire de cet éclatement. Jusqu'à présent, le chagrin appartenait à d'autres. L'amour apporte-t-il, même inconsciemment, l'arrogance trompeuse de croire qu'on ne sera jamais touché par la douleur de la perte ?"

"J'écris sur mon père au passé et je n'arrive pas à croire que j'écris sur mon père au passé."

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Le cerf volant de Laeticia Colombani

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Lena part en Inde, seule, pour fuir un traumatisme. Arrivée dans un petit village du Golfe du Bengale, un accident va lui faire prendre conscience de l'extrême pauvreté dans laquelle vit une grande partie de la population, du sort peu enviable des intouchables présents dans ce village, du faible nombre d'enfants qui sont scolarisés et de la condition encore plus précaire des filles et des femmes.

Touchée par l'histoire de Lalita, une jeune orpheline muette, Lena, ancienne enseignante en France, décide de se battre pour créer une école dans ce village, malgré tous les aléas et contretemps administratifs et légaux. Elle sera aidée dans son combat par Preeti,  une jeune cheffe d'une brigade féminine d'auto-défense au caractère bien trempé. 

On retrouve, comme dans la tresse, le portrait de trois femmes qui vont se croiser et dont le destin va changer à la suite de leurs rencontres.

 Une lecture agréable avec un sujet intéressant et militant. Après, ça reste un livre assez léger dans l'exploitation du sujet et assez prévisible.

Extrait :

"Girl. No school.

La phrase tombe comme un couperet, une punition.

Pire, une condamnation. Léna reste sans voix. A regarder la petite s'éloigner, munie de son éponge et de son balai, elle a envie de hurler. Elle donnerait n'importe quoi pour transformer ces accessoires en stylo, en cahier. Hélas, elle n'a pas de baguette magique, et l'Inde n'a rien d'un décor de conte de fées."

 

 

11 mai 2022

Carnet de bord du 04 au 10 mai 2022

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A Mélie sans Melo de Barbara Constantine

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Besoin d'un feel good, un Barbara Constantine dans une boîte à livre, un trajet en train, et hop !

Mélie à soixante-douze ans et s'apprête à recevoir pour les grandes vacances sa petite fille d'une dizaine d'années, Clara. Elle n'a donc pas le temps de s'appesantir sur l'appel de son médecin inquiet de ses derniers résultats d'analyse.

Elle a quelques semaines pour profiter de Clara, regarder les étoiles filantes et les bambous pousser, lui apprendre à attraper des poissons à la main, faire du vélo, s'occuper du jardin et inviter Marcel à réparer des objets qu'elle traficote avant. Elle reçoit aussi en coup de vent sa fille Fanette, Antoine l'amoureux de Clara, Bello son parrain bohème ou Gérard son médecin.

Une atmosphère enjouée, un séjour à la campagne inoubliable pour toute la petite troupe qui trouvera chacun son tour l'amour et la sérénité.

C'est facile, agréable à lire, humain et gai. L'auteure nous décrit ces petits moments simples qui font tout le bonheur du quotidien.

Une parenthèse de douceur.

Extrait : "Elle se dit qu’elle n’a pas grand chose à léguer. Pas de fortune, pas de biens.
Mais elle connaît la force de la patience. Et puis surtout regarder, écouter, sentir…Alors, elle voudrait lui apprendre, tout ça, à Clara.
Lui fabriquer plein de souvenirs.
A la petite Clarinette, p’tit poussin, ma minoune, petit lapin, ma pépette…
Des tas de souvenirs ! Des beaux ! Des rigolos !
Alors ? Qu’est-ce qu’elle t’a laissé, ta grand-mère, Clara ? Du fric ? Un grand appart, une super bagnole ?
Non. Juste des souvenirs. Mais des…uniques. Des qui ne s’oublient pas…"

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Madame Hayat, de Ahmet Altan

Madame Hayat

Nous sommes dans un pays non nommé, à l'embouchure du Bosphore. Fazil est un jeune étudiant en lettres qui, suite au récent décès de son père, se retrouve dans une position de relative pauvreté qu'il n'avait jamais connu auparavant.  Il doit loger dans un chambre d'étudiant loué dans une modeste pension et est obligé de se trouver un petit travail d'appoint. On lui propose de faire de la figuration dans une émission de télévision. C'est là qu'il va rencontrer Madame Hayat, une femme plus agée au corps tout en rondeurs, une femme pétillante de vitalité, une parenthèse de plaisir.

Rien à voir avec Sila, une étudiante de son âge rencontrée peu après. Son père était le patron d'une grande holding avant que les sociétés ne soient saisies par le gouvernement. La voici, comme Fazil, sans le sous. Leur rapport est plus cérébral.

Le roman porte sur les sentiments amoureux et l'éducation sentimentale de Fazil, pris entre deux amours. Mais c'est aussi un roman engagé puisqu'il décrit la répression et la mainmise du gouvernement sur la population, les arrestations arbitraires, l'interdiction des médias à s'exprimer librement, le chômage qui augmente, la pauvreté. Il a d'ailleurs été écrit par l'auteur lors de son passage en prison. Ayant soutenu le coup d'État manqué de juillet 2016 contre Erdoğan, l'auteur a été emprisonné près de cinq ans (il a été libéré en avril 2021).

J'ai aimé la description de la vie quotidienne, des difficultés rencontrées et du manque de liberté. La pression et l'angoisse qui monte à l'idée d'être arrêté, parfois pour rien, sont très bien rendues. J'ai été conquise par la description des rôles secondaires, ces colocataires de pension ayant tous une histoire, un regard, une intensité qui les rends très humains. J'ai adoré Madame Hayat, l'épicurienne douce, tendre et joyeuse. J'ai aimé que le roman soit parsemé de références littéraires, les deux étudiants faisant des études de lettres. En fait, c'est avec Fazil que j'ai eu plus de mal. Il ne sait pas ce qu'il veut, est souvent en colère pour un rien, a du mal à prendre une décision, se laisse faire ...

Je crois que j'aurais préféré voir l'avancée de l'histoire avec les yeux de Mme Hayat plutôt qu'avec ceux de Fazil. Mais ça reste un très bon roman que j'ai eu plaisir à lire.

Extraits :

"Nous étions un beau couple, mari et femme, fils et mère, père et fille, garde du corps et princesse, prince et odalisque, ils pouvaient nous juger comme ils voulaient, je savais que nous n'entrions dans aucun moule ; nous avions des rapports si différents à l'existence, des sources d'inspirations si diverses qu'il était impossible de nous ranger dans la moindre catégorie préexistante. Quand elle me parlait de la nature, de l'univers, des animaux ou des astres, je me sentais un petit garçon ignorant, et quand c'était moi qui lui parlais des écrivains, des philosophes, elle m'écoutait comme une petite fille. "

"Encore sous le choc, nous étions en train de comprendre que faire ce que nous avions toujours fait pouvait désormais nous valoir une condamnation. Il suffisait d’une blague, d’un bon mot, d’une seule phrase pour que la police déboule à l’aube et nous embarque. Face au vague et à l’immensité de cette menace nouvelle, il nous restait que la peur, une peur muette, collective."

"Le fond de toute littérature, c'est l'être humain...Les émotions, les affects, les sentiments humains. Et le produit commun à tous ces sentiments, c'est le désir de possession. Quand vous voulez posséder quelqu'un, vous rendre maître de son cœur et de son âme, c'est l'amour. Quand vous voulez posséder le corps de quelqu'un, c'est le désir, la volupté. Quand vous voulez faire peur aux gens et les contraindre à vous obéir, c'est le pouvoir. Quand c'est l'argent que vous désirez plus que tout, c'est l'avidité. Enfin, quand vous voulez l'immortalité, la vie après la mort, c'est la foi. La littérature, en vérité, se nourrit de ces cinq grandes passions humaines dont l'unique et commune source est le désir de possession."

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Des vivants, de Raphaël Meltz, Louise Moaty et Simon Roussin

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Cette bande dessinée est un récit historique sur la résistance qui a débuté dès le début de la seconde guerre mondiale, en France. Elle a un côté assez inédit : tous les textes proviennent de sources réelles. Les écrits retrouvés ont juste été triés et assemblés. Cela donne à la fois une intensité et une émotion palpable puisqu'on entend les mots même des personnages, et en même temps une distance puisqu'il y a peu de dialogues mais plutôt des remarques et préceptes.

En juin 1938, le musée de l'Homme de Paris est inauguré. Ce musée de l'homme se veut un rempart contre le racisme ambiant, en espérant que le grand public prenne conscience que l'humanité est le produit d'un immense métissage.

Dès le début de la guerre, la résistance se met en place au sein du personnel du musée de l'Homme. C'est plutôt une résistance "intellectuelle" avec des tracts demandant de ne pas se soumettre, de continuer à lutter. Il n'y a au début aucune organisation, tous les résistants se connaissent. Si ça permet de créer un groupe soudé et uni, cela représente en même temps un risque très grand en cas d'arrestation.

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La résistance va se poursuivre avec la publication d'un journal clandestin et des évasions de prisonniers vers l'Angleterre ou la zone libre. Jusqu'à ce que ...

Les illustrations dans les tons violet, vert et orangé viennent souligner le côté rétro et les traits simples mettent en valeur l'engagement des résistants qui connaissent les risques et sont prêts à mourir. Mon seul bémol vient de ces traits simplifiés pour les personnages qui sont nombreux et que l'on confond.

Refus de l'armistice, premier résistant, structure des réseaux, trahison, jugement, exécution : un beau travail de mémoire.

Poignant, en fin d'ouvrage, les notes nous permettent de nous remettre dans le contexte de l'époque et reviennent sur la biographie des protagonistes. Les lettres écrites aux proches juste avant d'être fusillés au Mont Valeérien sont particulièrement émouvantes.

Vous pouvez retrouver toutes les BD de la semaine chez Moka .

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04 mai 2022

Carnet de bord du 27 avril au 03 mai 2022

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A(ni)mal de Cécile Alix

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J'avais beaucoup aimé, de cette auteure, Six contre un qui parle du harcèlement scolaire. Alors quand j'ai vu qu'elle sortait un livre ayant comme thème les migrants, alors que nous travaillons dessus avec les quatrièmes, j'ai osé demander à recevoir un exemplaire. Merci à la maison d'édition qui me l'a gentiment envoyé.

A tout juste 15 ans, la mère de Miran lui rase les cheveux, lui serre autours du torse une bande de scotch cachant de l'argent, lui donne deux jerricans d'eau et lui martèle que maintenant il est un homme, qu'il doit se rendre en Europe, planche de salut contre l'enfer quotidien de son pays en guerre, que tout est organisé et payé avec un passeur de confiance. Il n'a pas le choix.

Ils sont dix-neufs entassés dans un véhicule bringuebalant. La chaleur, la promiscuité, la faim et la soif, la saleté, la douleur, la fatigue, les horreurs perpétrées par les passeurs ... chaque jour est un combat. Heureusement il y a un vieil homme qui va prendre Miran sous sa coupe, qui va l'aider quand son moral flanche ou quand il est trop faible pour continuer. Après la piste, vient la traversée de la mer, longue, dangereuse, éprouvante. Puis enfin la terre promise. 

Mais c'est en France que veut aller Miran, à Paris où son père a fait des études. Cache-cache avec les garde-côtes, marche forcée, le corps lâche. Heureusement il va faire de belles rencontres qui vont lui permettre de continuer.

Une lecture assez éprouvante, l'auteure ne nous faisant pas grâce des exactions et sévices commis par ceux qui ont le pouvoir. On suit avec terreur l'avancée de Miran, lui qui a déjà perdu deux frères noyés lors de la traversée. On souffre avec lui de la chaleur et de la faim, on tremble devant les passeurs tout puissant, on tend une main désespérée à ceux qui passent par-dessus bord, on souffre de notre impuissance.

Et puis l'humanité revient et nous redonne espoir. Il lui faut ré-apprendre à faire confiance et à accepter les mains tendues.

Il y a dans ce roman de la douleur et de l'amour, du courage et de la violence, de l'humanité et de la haine, de l'émotion et des cris.

Un livre âpre qui bouscule et qui est essentiel. Une très belle plume qui porte ce témoignage touchant.

Pour l'âge de lecture, je dirais à partir de la 3e (avant pour des bons lecteurs) avec un accompagnement et une discussion avec le jeune.

Extraits ; "Là-bas sur d'autres rives, des hommes et des femmes se lèvent chaque matin sans même penser qu'ils sont libres tellement ça leur semble naturel et légitime. Nous appartenons tous à la même espèce, à la même terre ! Qui refusera l'asile à celui dont la vie est en péril ? Qui fermera sa porte à un enfant en danger de mort ?"

"Derrière nous, le vent soulève le sable, fait rouler les pierres, efface nos traces et recouvre les reliefs de nos maigres repas. Rien ne reste, rien ne nous garde en mémoire. Nous voyageons clandestinement, nous sommes des éphémères."

"Ils se racontent leurs déboires, leurs morts et les familles qu’ils ont laissées, qui attendent tout d’eux et qu’il ne faudra pas décevoir ; cette énorme responsabilité qui les pousse à endurer l’impensable, à ne plus distinguer le supportable de l’insupportable. Ils encaissent les souffrances et entretiennent leur volonté en rendant grâce au dieu qui leur a permis d’arriver jusqu’ici. Puis ils s’échauffent quand ils en viennent à parler des passeurs. Ils les insultent, les maudissent, disent qu’ils sont pires que le diable, qu’ils les obligent à vivre l’enfer sur terre. Ils imaginent des vengeances, profèrent des obscénités, et gloussent en se poussant du coude. Enfin ils se calment et se taisent un moment, le regard perdu très loin… Derrière eux ? Devant ?"

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Manuel d'exil de Velibor Čolić

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C'est sur les recommandations de Luocine que j'ai emprunté cet ouvrage à la médiathèque.

Velibor Čolić y raconte son arrivée en France, lui qui a déserté l'armée bosniaque pendant la guerre de l'ex-Yougoslavie. Dans son pays, il était enseignant de lettres et écrivain. Arrivé en France, il n'est plus que réfugié analphabète

Avec beaucoup d'humour et de poésie, l'auteur revient sur son arrivée en 1992 à Rennes dans un foyer de demandeurs d’asile. Il arpente la ville, apprend le français, drague, se saoule avec d'autres migrants. On le sent perdu, désabusé, mélancolique et en même temps plein de vie et d'espoir. Il ressent le déclassement social, l'anonymat du migrant, et c'est les livres et la littérature qui vont l'aider à surmonter cette épreuve. Il veut écrire, persuadé qu'il sera le prochain prix Goncourt. "Il me faut apprendre le plus rapidement possible le français. Ainsi ma douleur restera à jamais dans ma langue maternelle."

La première partie nous fait voyager entre Rennes, Paris et Strasbourg où il va être reçu en résidence d'écriture.

Vient ensuite des destinations plus lointaines comme l'Allemagne, Budapest ou Milan.

Et même si l'avenir semble lui sourire, l'exil et la perte d'identité restent gravés au plus profond de lui.

Un témoignage touchant avec un humour pince sans rire et un mal-être palpable.

Extraits :

"Après une longue traversée de l'Europe endormie, j'arrive en France. Je traverse la Croatie, la Slovénie, l'Autriche et l'Allemagne réunifiée. Je traverse le scandaleux silence et l'indifférence du monde, la nuit étoilée et la rosée matinale, les petites routes campagnardes et les longues transversales des autoroutes amollies par la chaleur. Je soulève et transperce les cendres du défunt Rideau de fer, toujours bien visible dans les codes vestimentaires et dans l'architecture. Je pleure derrière une station-service en Autriche, je sanglote devant un mur en brique sous un néon, sur un air de musique qui me murmure moonlight shadow, moonlight shadow, bêtement, opiniâtrement comme pour me rappeler, encore une fois, que je suis à la fin de ma première vie. Le commencement de ma deuxième existence, en tant qu'exilé, annonce une longue saison d'émotions clandestines. Une époque dure, froide, adulte.

A l'Ouest rien de nouveau, me dis-je, une frontière puis une autre. Les flics et la douane, la douane et les flics."

"On a écrit des livres après le goulag, après Hiroshima, après Auschwitz, Mauthausen...

Peut-on écrire après Sarajevo ?

Pour décrire cette destruction qui relève de l'irréel, pour évoquer le caratère lumineux et sacré du sacrifice des victimes ?

Comme on le sait, comme on l'a répété depuis longtemps, le poète est inéluctablement parmi les hommes, afin de parler de l'amour et de la politique, de la solitude et du sang qui coule, de l'angoisse et de la mort, de la mer et des vents.

Pour écrire après une guerre, il faut croire en la littérature.

Croire que l'écriture peut remettre en branle des mécanismes qu'on a mis au rebut lors du recours aux armes.

Qu'elle peut ramener l'horreur incompréhensible et inexplicable, à la mesure humaine."

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