le blog des fanas de livres

16 octobre 2019

Algues vertes, l'histoire interdite, de Inès Léraud et Pierre Van Hove

alguesVertes

algues vertes inter

J'habite en Bretagne et les algues vertes sont un sujet assez polémique dans la région. J'étais donc très intéressée par cette BD reprenant l'enquête d'une journaliste sur le sujet.

Je suis rentrée dedans très rapidement et facilement.

L'histoire commence en 2009 par la mort d'un cheval enlisé dans les algues et le malaise de son cavalier, vétérinaire. Le médecin en charge du patient lui révèle alors que cela fait vingt ans qu'il se doute de la dangerosité des algues vertes, mais que toutes ses démarches de demande d'analyses lors de morts suspectes d'hommes ou d'animaux sont restés vaines. Suite à l'alerte de ce médecin, l'Etat décide de prendre en charge le ramassage des algues en décomposition et créé un plan Algues Vertes. Malgré cela, les victimes continuent de tomber.

On suit alors toutes les démarches effectuées, les courriers des riverains inquiets, les communiqués rassurant de la préfecture alors que les analyses sont mauvaises.

L'auteur revient alors sur la cause de cette marée verte : la modernisation du système productif après la seconde guerre mondiale avec l'apport massif de pesticide, le remembrement des terres agricoles, l'arrivée de l'élevage hors-sol où les porcs ne voient plus le jour et l'extension de ces élevages. La journaliste pointe alors du doigt, non pas les agriculteurs qui sont obligés de suivre pour survivre, mais plutôt les fédérations, unions des producteurs, coopératives porcines et banques qui les entraînent à toujours plus. "Aujourd'hui en Bretagne, 1% des producteurs de porcs et de volailles sont indépendants. Les 99% restants sont intégrés dans des groupes (Triskalia, La Cooper (...)) qui organisent la profession de l'aliment jusqu'à la transformation, en passant par l'engraissement et l'abattage." 

Finalement, je trouve que la conclusion revient à un diacre éleveur laitier bio : "Les agriculteurs réagissent avec agressivité parce qu'ils craignent d'être montré du doigt, ou parce qu'ils se sentent coupables. Mais ils pensent agir avec honnêteté et n'ont pas conscience de leurs peurs."

Justement, au moment ou je finissais cette BD, il y avait des actions de blocage des routes par les agriculteurs qui étaient mobilisés contre "l'agribashing". 

Visuellement, je n'ai pas été particulièrement conquise par les dessins, par contre l'atmosphère dans les verts et jaunes est assez doux et permet d'avancer dans l'enquête sans se laisser emporter par la colère.

BD-de-la-semaine-saumon-

Bien sûr, cette BD ne présente qu'un petit bout de la lorgnette, mais elle met quand même en évidence l'inertie des politiques, les mensonges des administrations et le poids des lobbys agricoles et des grands groupes agro-alimentaires qui misent sur l'extension des élevages de masse. Et finalement ce sont les agriculteurs qui en pâtissent et qui ne peuvent plus sortir du système intensif à cause des prêts ou des mises aux normes qui rendent les reconversions difficiles.

J'y ai d'ailleurs trouvé une corellation avec le film poignant "Au nom de la terre" qui revient sur l’évolution du monde agricole ces 40 dernières années et pointe aussi du doigt le mal être des agricuteurs poussés vers plus de rendement.

Vous pouvez retrouver toutes les BD de la semaine chez Noukette.

Posté par Gambadou à 04:40 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

12 octobre 2019

Les immortalistes, de Chloé Benjamin

les immortalistes

Un poche prêté par une amie alors que j'étais un peu en panne de lecture, et qui m'a bien accroché.

Par bravade et ennui, la fratrie des Gold qui vit à New-York dans les années 70 et qui es composée de deux filles et deux garçons dont l'aînée à 13 ans, vont voir une voyante qui a le pouvoir de prédire le jour de leur mort. Ils vont passer un par un dans son cabinet, et rien ne sera jamais plus comme avant.

Une fois ce prologue de quelques pages avalé, on va suivre chaque enfant l'un après l'autre sur toute sa vie. Et pour chacun d'entre eux se pose la question : est ce que le fait de savoir la date de leur mort à changer leur vie ? Car ils vont bien tous mourrir à la date indiquée. Mais est-ce que cette prophétie n'a pas modifié radicalement leur façon de vivre, leurs choix et leur comportement, les entraînant vers la mort à la date fatale ?

Une lecture très intéressante sur le libre arbitre ou la fatalité. C'est aussi une fresque sociale de la vie dans les années 80 à 2000 aux États-Unis. Et il ne faut pas mettre de côté la question des liens qui unissent (ou pas) une fratrie. Chacun va faire sa vie loin des autres mais il y a toujours des liens qui les rattachent, liens marqués par la tendresse et l'affection mais aussi la jalousie et le devoir.

Un bon moment de lecture.

Extrait : "- Les gosses ça pense constamment à la mort. Tout le monde y pense ! Et ceux qui viennent jusqu’à moi ont leurs raisons, alors je leur donne ce qu’ils sont venus chercher. Les enfants sont purs, dans leur souhait ; ils ont du courage, ils veulent savoir, ils n’ont pas peur. Vous étiez un petit garçon intrépide, je me souviens de vous. Mais ce que vous avez entendu ne vous a pas plu. Dans ce cas, vous n’aviez qu’à pas me croire et vivre comme si je ne vous avais rien dit."

Posté par Gambadou à 05:03 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,
05 octobre 2019

Août 61, de Sarah Cohen-Scali

Aout 61

J'ai été scotchée il y a quelques années par le livre "Max" de cette auteure, et j'ai donc été très heureuse de recevoir celui-ci via l'éditeur.

Ben est un vieil homme octogénaire qui vit à Paris. Il commence à perdre la mémoire mais une voix intérieure va l'obliger à se souvenir des méandres de sa vie.

* La première partie du livre reprend son enfance, son adolescence et le début de sa vie d'homme adulte.

Son enfance est marquée par la déportation alors qu'il n'avait que onze ans. S'appelant alors Beniek, ce petit polonais juif de 10 ans a survécu aux camps et à la marche de la mort. A la fin de la guerre il se retrouve dans un centre pour les enfants survivants des camps, à la périphérie de Munich. C'est là qu'il fait la connaissance de Tuva, une jeune fille un peu plus jeune que lui, d'origine norvégienne, née dans un Lebensborn et qui s'est échappée de chez ses parents adoptifs, des allemands.

Une amitié très forte née entre les deux, juste avant que Ben ne soit envoyé en Angleterre, pendant que Tuva rejoint sa mère biologique en Norvège.

La voix intérieure de Ben ne va cesser de le harceler pour qu'il se souvienne de sa vie en Angleterre suivi par son arrivée en France. Son métier et ses retrouvailles avec Tuva en août 61, qui vit maintenant avec ses grands-parents paternels à Berlin Est.

 

* Dans la deuxième partie du livre, nous suivons la vie de Tuva, à partir des retrouvailles.

Tuva qui a fait le choix de rester à Berlin Est quand le mur s'élève. On passe alors à l'époque de la guerre froide, la vie surveillée, la liberté étriquée, l'endoctrinement et la délation.

J'ai été happée par cette deuxième partie, par les choix de Tuva, sa détermination et sa fragilité, son envie d'une vie loin du nazisme, sa prise de conscience, son quotidien. Je me suis beaucoup plus attachée à elle qu'à Ben qui est certes sympathique mais qui manque de caractère.

Il est intéressant de faire un parallèle entre le nazisme et le communisme où on retrouve de nombreux points communs comme la privation des libertés, l'embrigadement des jeunes, l'enfermement des opposants et le culte de la personnalité des dirigeants. Mais j'ai trouvé que l'auteure voulait en mettre trop dans son roman et que du coup on s'y perd un peu. Entre camps de concentration, Lebensborm et vie à Berlin Est, on a du mal à intégrer toutes ces informations.

Cela a donné, pour moi, une première partie confuse sur Ben, avec plusieurs voix qui lui parlent et des retours en arrière incessants, et une deuxième partie trépidante au rythme de la vie de Tuva.

D'un point de vue historique, j'ai appris que les nazis avaient installé en Norvège, entre 1941 et 1945, dix maternités "aryennes" et que les enfants nés dans ces centres avaient été stigmatisés ensuite. (pour plus d'infos).

C'est un livre qui me restera en mémoire.

01 octobre 2019

Le meurtre du commandeur, de Haruki Murakami

le meurtre du commandeur

C'est un cadeau de Noël qui était resté depuis sur ma PAL. Comme il y a deux livres, j'attendais tranquillement d'avoir du temps devant moi pour les lire sereinement. C'est chose faite.

J'ai retrouvé avec grand plaisir l'écriture d'Haruki Murakami et le côté onirique, voir parfois complètement fou, de l'histoire.

Après une rupture, le narrateur, peintre de portraits, se retrouve hébergé dans une maison perdue dans la montagne, maison ayant appartenu auparavant à un peintre célèbre pour sa peinture nihonga (peinture japonaise). Il va découvrir dans le grenier de cette maison une peinture intitulée "le meurtre du commandeur". Comme si il avait ouvert une porte sur un autre univers en découvrant cette peinture, commence alors des rencontres, découvertes, mystères, évènements irrationnels, voyages fantastiques ...

objectif pal

Une sorte de conte initiatique où l'on plonge avec bonheur. On se laisse glisser dans l'univers des idées, des métaphores ou du rien. Il faut se laisser prendre par la main pour explorer la naissance d'une oeuvre, la portée d'une peinture, le poids de nos démons intérieurs.

L'écriture est fluide, sensible et calme. Parfois quelques longueurs, mais c'est un livre qui m'a transmis une certaine sérénité.

Une dimension fantastique avec une écriture à la fois poétique et étonnante. J'aime ce Murakami ! 

Extraits : "Dans notre vie, il est fréquent de ne pas pouvoir discerner la frontière entre le réel et l'irréel. Et il me semble que cette frontière est toujours mouvante. Comme une frontière entre deux pays qui se déplacerait à son gré selon l'humeur du jour. Il faut faire très attention à ces mouvements. Sinon on finit par ne plus savoir de quel côté on se trouve."

"Dans le silence du bois, je pouvais presque entendre jusqu’au bruit de l’écoulement du temps, du passage de la vie. Un humain s’en allait, un autre arrivait. Un sentiment s’en allait, un autre arrivait. Une image s’en allait, une autre arrivait. Et moi aussi, je me désintégrais petit à petit dans l’accumulation de chaque moment, de chaque jour, avant de me régénérer. Rien ne demeurerait au même endroit. Et le temps se perdrait. Un instant après l’autre, le temps s’écroulait puis disparaissait derrière moi, comme du sable mort. Assis devant la fosse, l’oreille aux aguets, je ne faisais qu’écouter le temps mourir."

Posté par Gambadou à 21:05 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
30 septembre 2019

moi par mois, septembre

Et c'est reparti pour une année scolaire / Retrouver les amies du groupe de livres - plein de nouveautés à découvrir / un adieu émouvant et distant à la fois - restera le pourquoi / brader les derniers cartons du déménagement / reprise de la gym - ouch / exposition "l'émanciaption par l'art" - saisissant / retrouver le plaisir d'aller fureter dans une bibliothèque / siestes contées pour les sixièmes, trop bien / aménager petit à petit / retour d'internet au collège, yes ! / un mal de tête qui n'en finit pas / que c'est bon le mercredi de repos / inauguration des nouveaux locaux et de l'ensemble scolaire, une matinée fraternelle / shopping avec mes deux filles, ça pique le porte-monnaie / exposition "tête de l'art", des belles découvertes / 

20190916_151805

Posté par Gambadou à 06:28 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

28 septembre 2019

Papa est en bas, de Sophie Adriansen

papa est en bas

Quelle claque ce roman jeunesse ! J'avais vu des belles critiques chez AntigoneNoukette et Jérôme alors quand j'ai vu qu'il faisait partie de la sélection du défi lecture que j'ai choisie pour les 6e, 5e, je n'ai pas hésité.

Olivia se rend bien compte que son papa n'est plus tout à fait pareil : il joue moins au foot, ne va plus se promener, a du mal à monter les escaliers. Quand elle demande des explications à ses parents, ils lui annoncent qu'on vient de lui découvrir une maladie orpheline dégénérative : ses muscles vont fondre et bientôt il n'y aura que ses yeux qui fonctionneront.

L'amour du trio, accompagné par le chat, va permettre au père de vivre le mieux possible sa perte d'indépendance : d'abord ne plus monter les escaliers, puis ne plus manger seul et enfin être cloué dans un lit médicalisé.

Au delà de l'horreur de la situation, l'humour du père qui surnomme sa maladie "la tartiflette" et son fauteuil roulant "la chaise à grande vitesse" et l'amour qui transparaît entre les membres de cette famille rend le livre dynamique et plein de vie.

Malgré tout, le texte reste bouleversant, et moi qui le lisait pendant le 1/4h lecture avec les élèves, j'ai eu un larme à l'oeil en le refermant.

Un livre coup de poing écrit avec pudeur et justesse.

Extrait: "c’est Tartiflette, une maladie qui a trouvé que j’étais tellement accueillant qu’elle a décidé de poser ses valises durablement… Tu connais mon charme légendaire ! "

Posté par Gambadou à 05:15 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,
25 septembre 2019

L'anniversaire de Kim Jong-il de Ducoudray - Allag

l'anniversaire de Kim Jong il

l'anniversaire de Kim Jong il int

Une bande dessinée que je n'aurais sûrement pas lu si je ne l'avais pas vu dans "la BD de la semaine". Du coup merci à ceux qui l'ont lu et commenté avant moi.

Jun Sang a 8 ans au début de cette histoire. Il est comblé parce qu'il est né le même jour que le guide suprême Kim Jong-il. En tant que chef des jeunesses patriotiques de son quartier, il est fier de servir son pays et rêve plus tard de s'engager dans l'armée révolutionnaire pour protéger la Corée du Nord "des fantoches du Sud et de ces chiens d'Américain". Autocritique, bandes-dessinées propagandistes, travaux agricoles après la classe et quota de merde à ramasser pour faire de l'engrais sont son quotidien et il s'en trouve très bien.

Tout bascule avec la perte du travail à l'usine de la mère et la famine. La famille décide de fuir en Chine, un changement radical dans la vie de Jun Sang.

A la fin de la bande-dessinée, Jun Sang a 16 ans et un avis bien différend de ce qu'il croyait 8 ans plus tôt.

Une bande dessinée très riche. On y suit le culte de la personnalité et la propagande inculquées aux enfants dès leur plus jeune âge. Les premiers chapitres qui reprennent la vie en Corée du Nord ont les teintes très vives de l'insouciance.

Puis vient le temps de la remise en question, de la découverte d'un ailleurs mais aussi d'une période plus sombre avec des dessins en noir et blanc qui adoucissent les traits.

Au départ je n'ai pas vraiment accroché avec les dessins assez naïfs, puis j'ai très rapidement été prise par l'histoire et les illustrations sont passées au second plan. 

J'ai aimé que la prise de conscience soit faite par un enfant et que certains faits plus violents soient évoqués en filigrane mais non dessinés.

BD-de-la-semaine-saumon-

Une fiction qui transmet un témoignage émouvant et sans doute réaliste de ce qui se passe dans ce pays fermé.

Vous pouvez retrouver toutes les BD de la semaine chez Noukette.

Posté par Gambadou à 06:05 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
Tags : ,
22 septembre 2019

Après la fête, de Lola Nicolle - rentrée littéraire 2019

après la fête

Un amour qui commence à l'université, la première installation ensemble, les soirées, les amitiés, l'insouciance. Et puis le temps qui passe, la première rupture quand les étincelles se sont éteintes. La reprise parce que cet amour semble trop grand pour s'arrêter dès la première difficulté. Mais au delà des aléas de l'amour, il faut surmonter la différence sociale, la réalité du premier emploi plus ou moins difficile à trouver et plus ou moins intéressant, le groupe d'amis qui se disloque...

L'auteure revient sur ces années de passage à l'âge adulte et à l'indépendance, un passage enthousiasmant et plein d'embûches. Une maturité qui entraîne de nombreux changements.

Une représentation fine et délicate de l'évolution d'un jeune couple dans le climat socio-économique actuel. Mais pas de misérabilisme dans ce livre à l'écriture poétique.

Petits bémols : j'ai juste été déroutée et parfois perdue par les aller-retour dans le passé, et même si j'ai vraiment apprécié la poésie des phrases, j'ai de temps en temps trouvé que les effets de style devenaient lourds.

Un joli roman d'apprentissage à découvrir.

Extraits :

"La vie ressemble à une feuille de papier. Parfois, pour avoir moins mal, on voudrait en effacer les plis. Les souvenirs comme des origamis. Puis, on voudrait retrouver une surface vierge, prête à prendre une nouvelle forme. On a beau tenter de l’aplanir, il reste toujours les marques des pliures anciennes. Heureusement."

"Je gravis une rue, tu marches dans celle d'à côté. La porte de la boulangerie est encore battante : tu viens d'en sortir. Je m'installe en terrasse, tu payes au comptoir. Nous vivons en parallèle. Parfois, je prends une rue que je n'emprunte jamais normalement dans l'espoir de te croiser. Mais ça n'arrive jamais. Ces allers simples ressemblent à nos vies."

Posté par Gambadou à 14:15 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , ,
18 septembre 2019

Feel Good, de Thomas Gunzig - rentrée littéraire 2019

feel good

Quand j'ai vu que Sylire et Antigone avaient toutes les deux eu un coup de coeur pour ce livre, je n'ai pas hésité une seule seconde. Peut-être, du coup, en attendais-je trop.

Alice a une vie modeste et assez insignifiante. Vendeuse de chaussures, elle a un fils qu'elle élève seule et a du mal à joindre les deux bouts. Surtout depuis que la boutique de chaussures a fermé.

Tom a lui aussi des fins de mois difficile. Écrivain raté, il travaille un peu dans un centre d'appel, fait quelques piges et voit son couple se déliter.

Ces deux personnages au centre du livre sont tous les deux au bord du gouffre financièrement. Mais ils ont un autre point commun : beaucoup d'imagination. Leur rencontre est assez rocambolesque tout comme leur décision de s'en sortir en écrivant un roman à succès répondant aux critères actuels de feel-good.

J'ai eu du mal à entrer dans le livre, la présentation des deux personnages prend près d'1/3 du livre et j'ai trouvé ça assez long. Ce début difficile ne m'a pas aidé à avoir de l'empathie pour Alice et Tom.

Ensuite, à partir de leur rencontre, les éléments deviennent plus entraînants. J'ai apprécié la satire du monde de l'édition, le pamphlet de Tom expliquant comment faire un bon livre, les procédés marketing d'un éditeur avec cookies et utilisation des réseaux sociaux et applications et l'admiration sans borne d'une mère.

C'est loufoque et incongru et en même temps l'auteur aborde avec justesse les problèmes sociaux des travailleurs pauvres.

Extrait :

"-Aaaaah, il faut parler de résilience, et de conneries comme ça ?

-Oui, par exemple, il y a pas mal de psychologie. Mais de la psychologie à trois sous, des notions pas du tout approfondies, des choses très basiques que le lecteur doit saisir en un instant, il y a souvent un petit côté “développement personnel”, et puis faut pas hésiter à avoir la main lourde sur la spiritualité."

Posté par Gambadou à 22:23 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , ,
15 septembre 2019

Le lambeau, de Philippe Lançon

LE LAMBEAU

Journaliste à Libération et chroniqueur chez Charlie Hebdo, Philippe Lançon a été touché lors de l'attentat du 7 janvier 2015. Une partie de sa mâchoire a notamment était emportée par une balle.

L'auteur revient su cet attentat, les heures qui l'ont précédé, les minutes de l'horreur mais surtout sur les longs mois d'hospitalisation qui l'ont transformé. Un chemin de croix qui passe par "Le monde d'en bas", celui du bloc opératoire et par les longueurs de couloir, les visites, soins, souffrances, les rêves sous morphine, l'eloignement amoureux, les mots écrits pour parler, les multiples greffes pour retrouver la possibilité de manger, de parler et un visage humain, la rééducation maxilo-faciale, les efforts quotidien pour que le lendemain puisse être meilleur.

Il y a aussi la difficulté du retour, plus psychologique que physique, surtout quand prend fin la surveillance policière quotidienne.

Une vie hors du temps, en huis clos. L'auteur doit assimiler ses sensations, trouver la grammaire et les mots pour les décrire ce qui va lui permettre de sortir de son histoire pour en faire une fiction, et ainsi gagner un sentiment de liberté.

J'ai aimé l'écriture sensible sans excès d'émotivité et l'hommage qu'il rend à ses proches qui l'ont construit et aidé, comme sa grand mère qui avançait sans se plaindre ou son frère et ses parents omniprésents. Il y aussi les soignants, les infirmières, Chloė sa chirurgienne professionnelle et cultivée hyper investie.

Un livre que j'ai lu en audio en prévision de nombreux trajets à effectuer. Ce n'est pas mon type de lecture préféré, mais cela m'a permis de le lire par petits bouts, de manière morcelée, et du coup j'ai réussi à maintenir une distance face à l'horreur et la douleur, que je n'aurais peut-être pas eu en le lisant en une seule fois.

Un beau témoignage de reconstruction, honnête, mais beaucoup de digressions qui nous perde parfois un peu.

Extrait : "A partir du 7 janvier, ma vie ne m'a plus appartenu, je suis devenu  responsable de ceux qui, d'une façon ou d'une autre, m'aimaient. Mes blessures étaient aussi les leurs, mon épreuve était en indivision."

Posté par Gambadou à 06:06 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,