le blog des fanas de livres

30 juin 2019

Moi par mois, juin

voir fils n°1 partir en costume pour son premier jour de stage / soirée de remises du prix Elle à Paris, une journée marathon mais une soirée assez magique avec le tout Paris littéraire / ça y'est, j'ai les clés / tempête - devoir garder les élèves à l'intérieur pendant la récré - ça râle / difficile de se mettre à ranger le garage le jour des demi-finales et finale de Roland-Garros / apprendre une nouvelle perturbante en coupant le troène / journée au Futuroscope avec 93 élèves de sixième - très sympa mais crevant / une faute éliminatoire, tant pis / fils n°1 est pris au master 2 hyper sélectif qu'il souhaitait - Yippee / spectacle de danse de fille n°3 - des impros et plein de tableaux / 18 ans de fille n°3 - ouch, ça file / mettre le blog en pause, trop de choses à gérer et des livres qui me tombent des mains / et c'est parti pour le dernier bac de la famille / des aller-retour à Ik-a pour des rangements - maintenant il faut les monter / mettre des objets / mobiliers en vente et faire des aller-retour à la déchetterie, chez Emaüs, Envie35, le secours populaire et la belle déchette - essayer de donner ou recycler au lieu de jeter /  les dîners au resto de fin d'année s'enchaînent / soirée de fille n°3 pour son anniversaire, ça danse et ça chante malgré la chaleur - un bel au-revoir à la maison / déménagement du CDI pendant la canicule, c'est fait ! / recevoir 29 livres jeunesse à lire pour la rentrée afin de les présenter aux élèves lors de différents prix - les vacances seront studieuses / allez, c'est parti pour les cartons / 

Grand-Prix-des-Lectrices-ELLE-2019-les-photos-de-la-soiree

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16 juin 2019

En pause

Entre la préparation des cartons et le tri des affaires pour le déménagement,

le vente des objets que l'on ne prendra pas,

les dossiers administatifs d'électricité, eau, suivi de courrier, assurance, fibre, réinscription ...

le bac de fille n°3,

le logement de fille n°2 à trouver,

les opérations de fin d'année au collège,

le déménagement du CDI

et le quotidien à gérer,

je n'arrive plus à tenir le blog ...

A bientôt !

temps qui passe

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08 juin 2019

Farrago de Yann Appery

farrago

PAL

Depuis combien de temps était-il sur ma PAL celui-là ? Comment y est-il arrivé ? Mystère...

Homer vit dans un village paumé de Caroline du Nord, Farrago. Orphelin, ballotté entre plusieurs familles d'accueil, il est devenu le vagabond du village, qui fait des petits travaux et a développé une compétence particulière, celle de ne rien faire. Il a plusieurs amis : Duke qui vit sur la déchetterie, Elijah qui rêve de monter une forge, Fausto qui tient l'épicerie ou Ophélia qu'il va voir de temps en temps au bordel. Bien sûr il y a aussi le shérif qui lui court après de temps en temps pour des menus délits, le prêtre qui ne laisse pas la porte de son église ouverte la nuit ou le maire qui rêve de se faire réélire.

Nous allons suivre les pensées d'Homer, ses aventures, ses tribulations, ses rencontres, tout ceci formant une odyssée enlevée et foutraque.

Bien plus philosophique que ce que l'on pourrait croire, ce récit nous amène sur la pente de l'amour, de l'amitié, du pardon et de la naïveté.

Un roman que j'ai beaucoup aimé au début puis qui m'a lassé malgré les multiples rebondissements . J'ai lu la fin en diagonale.

Farrago a gagné le Prix Goncourt des lycéens en 2003. 

Et hop, sur mon objectif PAL ! 

Extrait : 

"- Il faut qu'il reste au moins un Noir pour que les Blancs sachent encore qu'ils sont blancs.

- Ca sera peut-être toi j'ai dit.

- Non merci. Ils seraient foutus de m'élire Président.

- Pourquoi veux-tu qu'ils fassent ça ?

- Parce que les Blancs aiment bien les Noirs au cas par cas. Un Noir, ça va. Deux Noirs, ils commencent déjà à s'inquiéter. Mais un seul Noir, ils aiment bien, comme ça ils peuvent à la fois se sentir blancs et se sentir honnêtes sans avoir peur qu'on leur pique leur place. Il suffit de voir au cinéma. A la Maison Blanche aussi ils doivent avoir leur Noir de service. Par contre, s'il ne reste plus qu'un seul Noir sur tout le territoire, il deviendra forcément Président du pays, puisqu'il ne peut y avoir qu'un Président.

- C'est juste, j'ai dit, tout en ayant l'impression d'avoir perdu le fil. Alors les Noirs ne seront à égalité avec les Blancs que le jour où tous les Noirs seront devenus blancs, sauf un, qu'on nommera Président.

- En attendant allume le réchaud.

- Sauf si tout le monde veut devenir noir comme le Président, j'ai dit, en craquant une allumette, tous les Blancs deviendront noirs, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un Blanc."

 

 

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04 juin 2019

Prix des lectrices Elle

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Cette année j'ai eu la chance d'être sélectionnée pour faire partie du jury du grand prix des lectrices Elle. J'avais beaucoup hésité parce que je n'aime pas tellement me forcer à lire un livre, mais je me suis dis que cela me permettait aussi de sortir de ma zone de confort et de faire des belles découvertes.

J'ai donc reçu trois livres par mois pendant huit mois (un roman, un documentaire et un polar). Comme prévu, j'ai fait des belles découvertes.

Lundi soir, c'était la remise des prix à Paris, au théâtre de l'Odéon. Pas facile quand on est enseignant de se libérer, mais j'ai réussi à me dégager mon lundi après-midi et deux heures mardi matin. Je suis arrivée un peu en retard vers 17h00. La rencontre avec les lauréats avait déjà commencé, avec trois tables rondes. Il y avait aussi, en parallèle, une rencontre avec Delphine de Vigan. J'ai décidé de suivre un peu cette présentation, très intéressante. L'auteure nous a parlé de son parcours, du rapport avec les lecteurs, des prix ...

Je me suis donc ensuite rendue dans un petit salon où les jurées rencontraient les gagnants. Le temps de laisser mon oreille traîner, une petite séance de dédicace et la photo de groupe et nous voilà dehors pour une heure de break avant la soirée officielle. Fille n°2 étant dans les parages, j'en ai profité pour prendre un rafraîchissement avec elle.

Retour à 19h30 pour la remise des prix au sein du théâtre. Comme c'était le cinquantième anniversaire, nous avons eu le droit à deux surprises :

- tous les vainqueurs des précédentes éditions avaient été invités. Étaient donc présents (dans le désordre et pour ceux que j'ai reconnu) : Véronique Ovaldé, Leïla Slimani, Philippe Claudel, Delphine de Vigan, Mathias Malzieu, Philippe Grimberg, Olivier Norek, Caryl Ferey ....

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- Vincent Delerm est venu en toute décontraction nous chanter trois chansons.

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Et ensuite, apero dans les salons. Et là, j'aurais aimé être avec des bloggeuses de ma connaissance pour oser aborder certains auteurs, mais malgré des rencontres très sympathiques avec des jurées, nous ne nous sommes pas hasardées à entamer une conversation avec un auteur (il faut dire qu'ils étaient tous en grande discussion entre eux ou avec les éditeurs, ça n'aide pas !)

Petit dodo chez papa-maman puis retour par le train de 7h00 le lendemain. Court mais intense ! 

Mais dis donc, avec tout ça, je ne vous ai pas parlé des vainqueurs !!!!

Catégorie policier (mon préféré mais qui pour moi (et il est d'accord avec moi) n'a rien à faire dans cette catégorie : Né d'aucune femme de Franck Buysse

Catégorie document : L'empreinte de Alex Marzano-Lesnevich dont je n'ai pas parlé sur le blog parce que je n'ai pas spécialement aimé

Catégorie roman, ex-aequo : La vraie vie d'Adeline Dieudonné et Le Chant des revenants de Jesmyn Ward (critique à venir).

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Une belle aventure livresque. Un grand merci à Elle pour ce partage et cette soirée.

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01 juin 2019

Une sirène à Paris, de Mathias Malzieu

une sirène à paris

Après les très beaux " Journal d'un vampire en pyjama" et "Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi', l'auteur revient vers l'univers onirique et fantastique qui m'avait emporté avec "Métamorphose en bord de ciel". 

Gaspard Snow est un jeune homme descendant d'une famille de "Surprisiers". C'est un art de vivre et de résister, un pas de côté pour que ses rêves deviennent réalités, une ardeur poétique que sa grand-mère lui a transmise. Une grand-mère qui a construit le "Flowerburger", une péniche féerique avec un passage secret qui amène vers une salle où seul les initiés peuvent se rendre. On y trouve un voice-o-graph et un groupe de choristes que Gaspard accompagne à l'harmonica et la guitare.

Mais la vie n'est pas rose, Gaspard ne se remet pas d'une rupture amoureuse, le Flowerburger va mal et risque d'être vendu, et, en ce mois de juin 2016, la Seine est en crue.

C'est en se rapprochant des quais, attiré par une mélodie lancinante, que Gaspard va rencontrer Lula, une sirène blessée. Comment lui venir en aide sans succomber à son chant ? Nous allons alors suivre toutes les péripéties de ce couple improbable dans un monde plein de poésie, de magie et d'amitié mais aussi de désespoir et de deuil.

C'est fantasque, entraînant, hypnotique, tendre et cruel à la fois.

Un conte moderne où l'on doit garder son âme d'enfant pour ramasser les perles de larme d'une sirène, voir un camion passer le matin récupérer les rêves pour qu'ils ne soient pas oubliés, où ne pas s'étonner de voir un tuk-tuk tirer une baignoire avec une sirène sanglée à l'intérieur.

Il faut se laisser emporter par le rêve, l'imaginaire et le délire poétique de l'auteur.

Un roman qui m'a fait penser au très bon film "la forme de l'eau", tant par l'histoire que par l'atmosphère qui s'en dégage.

Extrait : " La nuit remballait son matos de Noël, étoiles, lune et autres décorations du presque silence. Le grand orchestre symphonique des klaxons de Paris s'accordait à l'horizon. Quand il était petit, Gaspard rechignait à sortir de son lit, de peur d'oublier ses rêves. Sylvia lui racontait alors qu'un camion invisible passait chaque matin récupérer les rêves oubliés. Il les recyclait pour entretenir une base de données accessible à n'importe quel être humain, à n'importe quel moment de la journée. Il suffisait d'utiliser son imagination."

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31 mai 2019

Moi par mois, mai

je range, je trie et j'essaye de jeter-donner mais les enfants ne veulent pas se séparer de leurs immenses peluches et de leurs jeux vidéos de quand ils étaient petits ! / plus de chauffage au CDI, il doit faire 14 degrés / faire un check-up complet pour l'assurance du prêt - tout va bien / une soirée drôle et émouvante au cinéma avec "nous finirons ensemble" / coup de vent, les pivoines et un rosier en ont pris un coup / le soleil revient / fille n°2 au Mexique, belles couleurs et luminosité / la télé qui ne fonctionne plus depuis bientôt 6 mois est partie chez une association de réinsertion par collecte, réparation et revente. La question, faut-il en racheter une ? Après tout elle ne nous a pas trop manqué / voir fille n°3 partir à son bal de promo pour la fin du lycée, ça file / quand l'assurance de ton prêt immobilier te demande un check-up, que tout va bien, et que tu reçois par lettre recommandée le fait qu'ils ne t'assureront pas pour maladie ! Bon, bah ils ne sont pas les seuls sur le marché, j'irai voir ailleurs, mais que de temps et d'energie perdus / une soirée à écouter le brillantissime Laurent Gaudé sur France 5, ça va tout de suite mieux / encore ce foutu crabe qui gagne contre un oncle - saleté / des bains de senteurs pour la fête des mères / retour de fille n°2 après plus de 9 mois au Canada, ça câline, ça papote / quelques jours au bord de la mer avec mes trois loulous, prendre des fous-rire, se promener et recharger les batteries / 

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24 mai 2019

Mille petits riens, de Jodi Picouli

mille petits riens

2015. Ruth est une sage femme afro-américaine très appréciée de ses collègues et de sa hiérarchie et qui n'a jamais eu de problème depuis plus de vingt ans qu'elle travaille dans la maternité de cet hôpital de New-York. Mais quand le bébé d'un couple de suprémacistes blancs meurt peu de temps après sa naissance, c'est à elle qu'ils vont intenter un procès. Elle à qui ils avaient interdit de toucher le bébé, elle que la direction va lâcher, elle qui se retrouve seule, sans travail, avec son fils unique.

Lors de son procès, une avocate de la défense publique, Kennedy, est désignée. Elle explique à Ruth que, si elle veut gagner son procès, elle doit mettre en avant des manquements de l'hôpital mais en aucun cas sa couleur de peau. Si elle annonce que Ruth a été licenciée pour un problème raciste, le procès sera perdu.

Ruth est partagée entre le fait de gagner le procès, et celui de faire comprendre ce qu'elle vit tous les jours : les fouilles dans les magasins, les vérifications d'identité, les regards de travers, les blagues racistes ... tous ces mille petits riens qui forment le racisme quotidien.

Trois personnes vont tour à tour exprimer leur opinion : Ruth l'infirmière bafouée, elle qui a passé sa vie à ne pas faire de vague - Kennedy l'avocate intègre persuadée de savoir ce qu'est le racisme et ce qu'il faut faire pour ne pas perdre le procès - et enfin Turk le père du bébé, un jeune homme blessé et haineux.

Un roman avec beaucoup d'humanité et de dignité et des personnages attachants.

Extrait : « Je sais ce que vous pensez en ce moment : Je ne suis pas raciste, moi. C'est clair, nous avons eu un exemple vivant de ce qu'est le vrai racisme, incarné par Turk Bauer. (…) Pourtant, même si nous décidions d'envoyer tous les néonazis de cette planète sur Mars, le racisme existerait encore. Parce qu'en réalité le racisme ne se résume pas à la haine. Nous avons des préjugés, même si nous n'en sommes pas conscients. »

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21 mai 2019

Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu

leurs enfants après eux

Un roman prêté par une collègue. Comme elle n'était pas plus enthousiaste que ça, je n'en attendais pas trop... et j'ai bien aimé.

Nous sommes dans une petite ville de l'Est de la France en 1992. L'industrie des hauts fourneaux qui a fait vivre la région est en chute libre. C'est l'été, il fait chaud, il n'y a rien à faire. La jeunesse locale traîne son ennui et son désoeuvrement le long du lac pollué. Ils sont somnolent, haineux, fument des pets, boivent des bières. Les garçons rêvent de choper des filles, les filles se laissent peloter ... C'est dans cette atmosphère de délitement qu'Anthony et son cousin, 14 ans, vont connaître leur premier flirt. Là aussi que Hacine va s'enfoncer dans la petite délinquance. Et pendant ce temps là, les parents vivent une vie entre parenthèse, faite de fin de mois difficile, d'alcool et d'attente d'un avenir meilleur sur fond de chômage.

On va suivre la vie de ces ados et leurs parents sur six ans (quatre étés), de l'âge de l'entrée dans l'adolescence à l'entrée dans l'âge adulte.

S'oublier dans la drogue et l'alcool, chercher à fuir cette ville, prendre des risques sur une moto, se sentir vivre et exister grâce à des menus larcins ou des trafics de drogue ...C'est sombre, étouffant et désespérant.

 

Et pourtant il y a des points positifs :

- Ces jeunes garçons qui se la jouent caïds et sont déstabilisés face à l'amour. Finalement bien plus sensibles et fragiles qu'ils ne veulent le montrer.

- Même si il n'y a pas de connivence avec les adultes, les jeunes les respectent et craignent leurs engueulades.

- Et surtout c'est plein de poésie grâce à une écriture sensuelle. Il y a de nombreuses petites phrases que j'ai noté, des descriptions d'atmosphères, d'ambiance très bien décrites. On ressent l'ennui, l'impossibilité de sortir de son environnement, la misère et la torpeur. 

 

 

Quelques bémols cependant

- sur les personnages assez caricaturés,

- le dernier chapitre "en trop". Un chapitre qui éteint les lueurs d'espoir allumés quelques temps auparavant. 

- le parti-pris de l'auteur qui arrive à rendre négatif ces petites vies de travail, de maison en lotissement, de barbecue entre voisins.

 

Le portrait âpre  d'une jeunesse perdue entre alcoolisme, petits boulots et sexe. Une lecture intéressante et dont j'ai beaucoup aimé l'écriture même si il m'a manqué un peu plus de lumière pour casser le côté caricatural.

Extrait : "L'éducation est un grand mot, on peut le mettre dans des livres et des circulaires. En réalité, tout le monde fait ce qu'il peut. Qu'on saigne ou qu'on s'en foute, le résultat recèle toujours sa part de mystère. Un enfant naît, vous avez pour lui des projets, des nuits blanches. Pendant quinze ans vous vous levez à l'aube pour l'emmener à l'école. A table vous lui répétez de fermer la bouche quand il mange et de se tenir droit. Il faut lui trouver des loisirs, lui payer ses baskets et des slips. Il tombe malade, il tombe de vélo. Il affûte sa volonté sur votre dos. Vous l'élevez et perdez en chemin votre force et votre sommeil, vous devenez lent et vieux. Et puis un beau jour, vous vous retrouvez avec un ennemi dans votre propre maison. C'est bon signe. Il sera bientôt prêt. C'est alors que viennent les emmerdes véritables, celles qui peuvent coûter des vies ou finir au tribunal."

"Mais au fond, le problème d'une vie sans alcool [...] c'était le temps. L'ennui. La lenteur et les gens."

"Simon s'avisa de l'endroit où ils venaient d'échouer. C'était une de ces zones ambiguës où des rares maisons, avec des jardinets, des clôtures, des volets de couleur, faisaient un archipel inconsistant. Il y avait des panneaux indicateurs, des fils électriques, du vide entre des gens. Ce n'était pas la campagne, ni une ville, pas non plus un lotissement. Un arrêt de bus entretenait la fiction d'un lien avec la civilisation."

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18 mai 2019

Au péril de la mer, de Dominique Fortier

 

Au péril de la mer

Un livre plein de sensibilité sur le Mont Saint Michel, les livres, l'écriture, l'art.

On alterne les passages de nos jours, avec l'auteur qui nous parle de sa passion pour le Mont Saint Michel, et les passages au quinzième siècles, là où des moines vivaient à l'abbaye et là où Eloi, un peintre à la dérive, est venu se réfugier.

Dans les passages actuels, l'auteure québécoise et traductrice, revient sur son coup de coeur pour ce rocher et son abbaye, mais analyse aussi de manière très intéressante et fluide la consonance ou l'ethymologie des mots. Elle revient aussi sur sa maternité, son envie d'écrire et son manque de temps. On sent à chaque phrase son admiration et sa fascination pour ce monument et son surnom de "Cité des livres".

Eloi, au quinzième siècle, est venu vivre à l'abbaye du Mont après une peine de coeur. C'est son cousin, Robert, responsable de l'abbaye, qui est venu le chercher. Il y raconte son quotidien, la rencontre avec des moines bienveillants, son travail de copiste -  lui qui ne sait pas lire, les connaissances d'herboriste d'un moine, le cheminement des pèlerins de tous âges ... Il revient aussi sur les achats de manuscrits fait par son cousin, dont une théorie invoquant le fait que la Terre n'est pas au centre de l'univers. Il y est question aussi de l'arrivée de l'imprimerie. La bibliothèque de manuscrits du Mont est reconnue. On y trouve des incunables que les moines copistes essayent de sauver mais elle a subi des catastrophes naturelles et risque de perdre ses précieux manuscrits par choix politique et ecclésiastique. On sent que les moines sont à la croisée des chemins.

On retrouve un parallèle entre l'auteure qui traduit son amour en mot, et le peintre qui le traduit en coup de pinceau ou par la plume des copiste.

Le Mont Saint Michel, un refuge pour Eloi et l'auteure qui y trouveront l'envie de reprendre l'art d'écrire ou de peindre.

Entre roman et carnet d'écriture, une belle découverte. Un livre plein de sagesse et de sensibilité, pour les amoureux des livres.

 

Extrait : "Longtemps j'ai cherché à comprendre pourquoi le Mont Saint-Michel m'avait fait si forte impression. Bien sûr, il est majestueux, souverain, grandiose ; mais pourquoi sa découverte était-elle liée dans mon esprit au besoin ou, plus exactement, à la possibilité d'écrire ?

 Je pourrais passer des années à explorer les quelques ruelles du Mont Saint-Michel que je ne commencerais pas à saisir le mystère de la première pierre. Peut-être la solution réside-t-elle là : trouver cette première pierre, la fracasser pour pouvoir regarder dedans, jusqu'au début des âges. En attendant, des hommes il y a mille ans ont construit de la dentelles dans du granit pour grimper jusqu'à Dieu. D'autres sont venus au pied de l'église bâtir leur village, élever leurs enfants, enterrer leurs morts."

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15 mai 2019

Antigone

Antigone

Antigone planche

J'ai fait un passage express au festival rue des livres de Rennes, et j'en suis ressortie avec deux albums sur Antigone, mon héroïne de coeur. En voici un, écrit et dessiné par Jop.

L'auteur a découvert assez tard le mythe d'Antigone et a décidé de projeter l'héroïne dans un univers contemporain, en gardant son caractère rebelle et sa contestation du pouvoir.

Voici donc Antigone élevé par sa tante et son oncle, préfet de police, qui se rend régulièrement dans une ZAD "Zone à défendre". Là, elle retrouve ses camarades qui se battent contre une expulsion qui a coûté la vie à son frère.

On retrouve avec force et poésie le courage et la détermination d'Antigone.

"Comprendre. J'en ai rien à foutre de comprendre. C'est bon pour vous, pour nourrir votre ego de bobo gaucho. Moi je suis là pour autre chose que comprendre. Je suis là pour dire non et s'il faut mourir, ça me va."

"Mais vous me dégoûtez avec votre bonheur prémâché. J'en veux pas de votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone ? A qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ? "

Les dessins sont assez sombres puisque tout se passe sur une nuit, mais les traits ressortent pourtant bien sur cette colorisation bleutée.

J'ai été très heureuse de retrouver cette âme révoltée que j'ai tant aimé dans la pièce d'Anouilh. 

Le seul bémol est sur la taille de la BD qui est très courte  : 28 petites pages, mais quelle intensité !

A la fin de l'ouvrage, on retrouve un dossier avec les grandes lignes du mythes d'Antigone et le processus de conception de l'auteur.

Un achat que je ne regrette pas. Un beau mythe revisité avec brio.

Vous pouvez retrouver toutes les BD de la semaine chez Noukette.

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