le blog des fanas de livres

24 mai 2019

Mille petits riens, de Jodi Picouli

mille petits riens

2015. Ruth est une sage femme afro-américaine très appréciée de ses collègues et de sa hiérarchie et qui n'a jamais eu de problème depuis plus de vingt ans qu'elle travaille dans la maternité de cet hôpital de New-York. Mais quand le bébé d'un couple de suprémacistes blancs meurt peu de temps après sa naissance, c'est à elle qu'ils vont intenter un procès. Elle à qui ils avaient interdit de toucher le bébé, elle que la direction va lâcher, elle qui se retrouve seule, sans travail, avec son fils unique.

Lors de son procès, une avocate de la défense publique, Kennedy, est désignée. Elle explique à Ruth que, si elle veut gagner son procès, elle doit mettre en avant des manquements de l'hôpital mais en aucun cas sa couleur de peau. Si elle annonce que Ruth a été licenciée pour un problème raciste, le procès sera perdu.

Ruth est partagée entre le fait de gagner le procès, et celui de faire comprendre ce qu'elle vit tous les jours : les fouilles dans les magasins, les vérifications d'identité, les regards de travers, les blagues racistes ... tous ces mille petits riens qui forment le racisme quotidien.

Trois personnes vont tour à tour exprimer leur opinion : Ruth l'infirmière bafouée, elle qui a passé sa vie à ne pas faire de vague - Kennedy l'avocate intègre persuadée de savoir ce qu'est le racisme et ce qu'il faut faire pour ne pas perdre le procès - et enfin Turk le père du bébé, un jeune homme blessé et haineux.

Un roman avec beaucoup d'humanité et de dignité et des personnages attachants.

Extrait : « Je sais ce que vous pensez en ce moment : Je ne suis pas raciste, moi. C'est clair, nous avons eu un exemple vivant de ce qu'est le vrai racisme, incarné par Turk Bauer. (…) Pourtant, même si nous décidions d'envoyer tous les néonazis de cette planète sur Mars, le racisme existerait encore. Parce qu'en réalité le racisme ne se résume pas à la haine. Nous avons des préjugés, même si nous n'en sommes pas conscients. »

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21 mai 2019

Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu

leurs enfants après eux

Un roman prêté par une collègue. Comme elle n'était pas plus enthousiaste que ça, je n'en attendais pas trop... et j'ai bien aimé.

Nous sommes dans une petite ville de l'Est de la France en 1992. L'industrie des hauts fourneaux qui a fait vivre la région est en chute libre. C'est l'été, il fait chaud, il n'y a rien à faire. La jeunesse locale traîne son ennui et son désoeuvrement le long du lac pollué. Ils sont somnolent, haineux, fument des pets, boivent des bières. Les garçons rêvent de choper des filles, les filles se laissent peloter ... C'est dans cette atmosphère de délitement qu'Anthony et son cousin, 14 ans, vont connaître leur premier flirt. Là aussi que Hacine va s'enfoncer dans la petite délinquance. Et pendant ce temps là, les parents vivent une vie entre parenthèse, faite de fin de mois difficile, d'alcool et d'attente d'un avenir meilleur sur fond de chômage.

On va suivre la vie de ces ados et leurs parents sur six ans (quatre étés), de l'âge de l'entrée dans l'adolescence à l'entrée dans l'âge adulte.

S'oublier dans la drogue et l'alcool, chercher à fuir cette ville, prendre des risques sur une moto, se sentir vivre et exister grâce à des menus larcins ou des trafics de drogue ...C'est sombre, étouffant et désespérant.

 

Et pourtant il y a des points positifs :

- Ces jeunes garçons qui se la jouent caïds et sont déstabilisés face à l'amour. Finalement bien plus sensibles et fragiles qu'ils ne veulent le montrer.

- Même si il n'y a pas de connivence avec les adultes, les jeunes les respectent et craignent leurs engueulades.

- Et surtout c'est plein de poésie grâce à une écriture sensuelle. Il y a de nombreuses petites phrases que j'ai noté, des descriptions d'atmosphères, d'ambiance très bien décrites. On ressent l'ennui, l'impossibilité de sortir de son environnement, la misère et la torpeur. 

 

 

Quelques bémols cependant

- sur les personnages assez caricaturés,

- le dernier chapitre "en trop". Un chapitre qui éteint les lueurs d'espoir allumés quelques temps auparavant. 

- le parti-pris de l'auteur qui arrive à rendre négatif ces petites vies de travail, de maison en lotissement, de barbecue entre voisins.

 

Le portrait âpre  d'une jeunesse perdue entre alcoolisme, petits boulots et sexe. Une lecture intéressante et dont j'ai beaucoup aimé l'écriture même si il m'a manqué un peu plus de lumière pour casser le côté caricatural.

Extrait : "L'éducation est un grand mot, on peut le mettre dans des livres et des circulaires. En réalité, tout le monde fait ce qu'il peut. Qu'on saigne ou qu'on s'en foute, le résultat recèle toujours sa part de mystère. Un enfant naît, vous avez pour lui des projets, des nuits blanches. Pendant quinze ans vous vous levez à l'aube pour l'emmener à l'école. A table vous lui répétez de fermer la bouche quand il mange et de se tenir droit. Il faut lui trouver des loisirs, lui payer ses baskets et des slips. Il tombe malade, il tombe de vélo. Il affûte sa volonté sur votre dos. Vous l'élevez et perdez en chemin votre force et votre sommeil, vous devenez lent et vieux. Et puis un beau jour, vous vous retrouvez avec un ennemi dans votre propre maison. C'est bon signe. Il sera bientôt prêt. C'est alors que viennent les emmerdes véritables, celles qui peuvent coûter des vies ou finir au tribunal."

"Mais au fond, le problème d'une vie sans alcool [...] c'était le temps. L'ennui. La lenteur et les gens."

"Simon s'avisa de l'endroit où ils venaient d'échouer. C'était une de ces zones ambiguës où des rares maisons, avec des jardinets, des clôtures, des volets de couleur, faisaient un archipel inconsistant. Il y avait des panneaux indicateurs, des fils électriques, du vide entre des gens. Ce n'était pas la campagne, ni une ville, pas non plus un lotissement. Un arrêt de bus entretenait la fiction d'un lien avec la civilisation."

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18 mai 2019

Au péril de la mer, de Dominique Fortier

 

Au péril de la mer

Un livre plein de sensibilité sur le Mont Saint Michel, les livres, l'écriture, l'art.

On alterne les passages de nos jours, avec l'auteur qui nous parle de sa passion pour le Mont Saint Michel, et les passages au quinzième siècles, là où des moines vivaient à l'abbaye et là où Eloi, un peintre à la dérive, est venu se réfugier.

Dans les passages actuels, l'auteure québécoise et traductrice, revient sur son coup de coeur pour ce rocher et son abbaye, mais analyse aussi de manière très intéressante et fluide la consonance ou l'ethymologie des mots. Elle revient aussi sur sa maternité, son envie d'écrire et son manque de temps. On sent à chaque phrase son admiration et sa fascination pour ce monument et son surnom de "Cité des livres".

Eloi, au quinzième siècle, est venu vivre à l'abbaye du Mont après une peine de coeur. C'est son cousin, Robert, responsable de l'abbaye, qui est venu le chercher. Il y raconte son quotidien, la rencontre avec des moines bienveillants, son travail de copiste -  lui qui ne sait pas lire, les connaissances d'herboriste d'un moine, le cheminement des pèlerins de tous âges ... Il revient aussi sur les achats de manuscrits fait par son cousin, dont une théorie invoquant le fait que la Terre n'est pas au centre de l'univers. Il y est question aussi de l'arrivée de l'imprimerie. La bibliothèque de manuscrits du Mont est reconnue. On y trouve des incunables que les moines copistes essayent de sauver mais elle a subi des catastrophes naturelles et risque de perdre ses précieux manuscrits par choix politique et ecclésiastique. On sent que les moines sont à la croisée des chemins.

On retrouve un parallèle entre l'auteure qui traduit son amour en mot, et le peintre qui le traduit en coup de pinceau ou par la plume des copiste.

Le Mont Saint Michel, un refuge pour Eloi et l'auteure qui y trouveront l'envie de reprendre l'art d'écrire ou de peindre.

Entre roman et carnet d'écriture, une belle découverte. Un livre plein de sagesse et de sensibilité, pour les amoureux des livres.

 

Extrait : "Longtemps j'ai cherché à comprendre pourquoi le Mont Saint-Michel m'avait fait si forte impression. Bien sûr, il est majestueux, souverain, grandiose ; mais pourquoi sa découverte était-elle liée dans mon esprit au besoin ou, plus exactement, à la possibilité d'écrire ?

 Je pourrais passer des années à explorer les quelques ruelles du Mont Saint-Michel que je ne commencerais pas à saisir le mystère de la première pierre. Peut-être la solution réside-t-elle là : trouver cette première pierre, la fracasser pour pouvoir regarder dedans, jusqu'au début des âges. En attendant, des hommes il y a mille ans ont construit de la dentelles dans du granit pour grimper jusqu'à Dieu. D'autres sont venus au pied de l'église bâtir leur village, élever leurs enfants, enterrer leurs morts."

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15 mai 2019

Antigone

Antigone

Antigone planche

J'ai fait un passage express au festival rue des livres de Rennes, et j'en suis ressortie avec deux albums sur Antigone, mon héroïne de coeur. En voici un, écrit et dessiné par Jop.

L'auteur a découvert assez tard le mythe d'Antigone et a décidé de projeter l'héroïne dans un univers contemporain, en gardant son caractère rebelle et sa contestation du pouvoir.

Voici donc Antigone élevé par sa tante et son oncle, préfet de police, qui se rend régulièrement dans une ZAD "Zone à défendre". Là, elle retrouve ses camarades qui se battent contre une expulsion qui a coûté la vie à son frère.

On retrouve avec force et poésie le courage et la détermination d'Antigone.

"Comprendre. J'en ai rien à foutre de comprendre. C'est bon pour vous, pour nourrir votre ego de bobo gaucho. Moi je suis là pour autre chose que comprendre. Je suis là pour dire non et s'il faut mourir, ça me va."

"Mais vous me dégoûtez avec votre bonheur prémâché. J'en veux pas de votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone ? A qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ? "

Les dessins sont assez sombres puisque tout se passe sur une nuit, mais les traits ressortent pourtant bien sur cette colorisation bleutée.

J'ai été très heureuse de retrouver cette âme révoltée que j'ai tant aimé dans la pièce d'Anouilh. 

Le seul bémol est sur la taille de la BD qui est très courte  : 28 petites pages, mais quelle intensité !

A la fin de l'ouvrage, on retrouve un dossier avec les grandes lignes du mythes d'Antigone et le processus de conception de l'auteur.

Un achat que je ne regrette pas. Un beau mythe revisité avec brio.

Vous pouvez retrouver toutes les BD de la semaine chez Noukette.

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13 mai 2019

L'Ecole des soignantes, de Martin Wincker

l'école des soignantes

J'aime beaucoup cet auteur que je suis régulièrement, c'est pour cette raison que je me suis empressée d'acheter son nouveau roman (et la librairie me l'a glissé dans un sac en me disant qu'elle l'avait adoré ...).

A partir de 2024 a lieu dans la ville de Tourmens la mise en place de "La Réforme Santé et Communauté". Instituée par le maire, médecin progressiste, cette réforme permet au Centre hospitalier de la ville d'être autonome et indépendant des ministères. Petit à petit, va se mettre en place une approche relationnelle et clinique au lieu de recourir à l'approche industrielle et pharmaceutique. Les soignées sont invitées à prendre part aux décisions qui les concernent et peuvent devenir des "soignées formateurs" en expliquant leurs maladies. La formation des soignants ne se fait plus à la faculté de médecine mais au centre hospitalier holistique de Tourmens (Chht), une école nouvelle où les professions de santé sont décompartimentés et les filières professionnelles fusionnées. Et pour éviter toute hiérarchie genrée, le langage est exclusivement féminin.

Même si les hommes (soignants et soignés) sont acceptés à Tourmens, ils sont très minoritaires.

Hannah est un homme qui, après quinze années employés comme codeur devant des écrans, décide en 2035, de se reconvertir en soignante. Il va donc suivre une formation au Chht : d'abord deux années en tant que soignante pro (anciennement aide soignante), puis panseuse (ex infirmière), avant de poursuivre son parcours en tant que résidente pour devenir officiante (soit médecin). Lors de ce parcours, il doit travailler dans les six pôles : le pôle Enfants pour les moins de huit ans, le pôle Andro pour les hommes de huit à soixante-huit ans, le pôle Physio pour les femmes de huit à soixante-huit ans, le pôle Aînées pour les plus de soixante-huit ans, le pôle Psycho et les Urgences.

C'est ce parcours, son évolution, ses attentes qu'il nous raconte à travers une entretien et des rencontres.

Plus qu'un roman, j'ai eu l'impression de lire un manifeste pour une médecine plus humaine et bienveillante avec moins de consommation médicale. Il s'agit de sortir de l'approche marketing-commerciale des médicaments, des analyses et de l'escalade technologique, pour se tourner vers l'écoute et la compréhension du malade, ceci afin d'éviter des tests et traitements coûteux, à l'intérêt non démontré.

Cette approche me parle et me touche, mais j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup (trop) d'utopie dans ce livre. Tout est beau (sauf le financement à trouver), les malades guérissent ou s'éteignent en toute sérénité, l'écoute suffit à trouver le mal (j'avais parfois l'impression de suivre Dr House !). Nulle part on ne va suivre une jeune fille anorexique qui refuse de manger et qui se fait vomir, ou un enfant atteint d'un cancer, ou une soignée qui entend des voix lui demandant de tuer son voisin ... non, tout est propre et un peu trop gentillet et cela ne m'a pas aidé à entrer dans le livre.

Un autre aspect qui m'a gêné, c'est le côté féministe à outrance. Pour l'égalité des sexes, oui ; mais pour la suprématie de la femme sur l'homme, non. Ainsi cette féminisation du langage : le français est fait de telle sorte que le masculin l'emporte sur le féminin, on peut l'accepter sans passer pour sexiste ... et les hommes sont très peu nombreux à Tourmens. J'y ai vu comme une sorte de misogynie à l'envers. 

Je garderai en mémoire l'aspect important de la transmission vue de manière parfois étonnante (on navigue entre poème et science-fiction) et la démarche très intéressante d'un monde médical plus humain et moins dominé par les lobby pharmaceutiques et les analyses à tout va. L'auteur nous propose un nouveau modèle éthique avec des idées à piocher. J'essaierai d'oublier le côté excessif de la féminisation et du côté tout beau tout propre de cet hôpital.

Extrait : "Dès les premières semaines de formation, les apprenantes écoutent les soignées-formatrices exposer leur vécu intime de l'anatomie, de la physiologie et de ses variantes, et des particularités de leur maladie. D'autres décrivent leur odyssée dans le système de santé. Pendant les heures réservées à l'étude, les apprenantes passent beaucoup de temps à consulter dans la banque de données du Chht! les centaines de témoignages archivés par thème et par situations, puis les discutent en binômes ou en groupe. Ainsi, les soignantes apprennent à formuler les questions avec les soignées au lieu de se les poser - et d'y répondre - à leur place.

Ce type d'apprentissage m'a convenu tout de suite : j'ai toujours préféré avancer en étant guidé plutôt que marcher devant. Dès le début, j'ai aimé écouter ce que les soignées avaient à dire. Et je préférais l'apprendre de leur bouche et non le découvrir à leur insu."

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10 mai 2019

Liturgie de Marie-Hélène Lafon

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PAL

Un livre qui est depuis longtemps sur ma PAL, acheté lors d'une braderie des bibliothèques de la ville. Je l'avais choisi pour l'écriture de l'auteur, et je n'ai pas été déçue. Il est très court, 5 nouvelles et 138 pages, mais comme j'ai relu régulièrement les phrases pour la beauté des mots et du rythme, ça m'a pris un peu de temps !

Cinq nouvelles donc, sur des hommes et des femmes de la campagne. Un monde paysan âpre, fait de silence et de rugosité. Des vies simples que l'auteure décrit avec mélancolie et tendresse. Des très beaux textes à l'écriture ciselée qui laisse entrevoir la désespérance du monde rural.

Deux nouvelles m'ont particulièrement marquées :

- "Alphonse" est un homme handicapé. Autiste ? Simplet ? Il aime le travail des femmes, la couture, le reprisage. Il comprend dans le silence et les petits gestes. Tout le contraire de ces saisonniers qui braillent, font des grands gestes et se croient tout permis. Alphonse et Yvonne, la petite bonne, se trouvent, se comprennent. Mais peut-on vivre sereinement quand on est différent ?

"Elle le trouvait beau. Il ne ressemblait à personne. Il avait les yeux bleus. Il était pâle, il était clair, il était doux. Son pas était glissant et léger. Son corps ne sentait pas, ne pesait pas. On ne l'entendait pas, et il était là, dans le carré de lumière de la porte, silencieux et lisse. Parfois il souriait. Il lui souriait. Il ne donnait pas de coups de pied au chien sous la table ; il ne crachait pas, il ne rotait pas, il ne lapait pas bruyamment sa soupe ; il ne riait pas fort avec les autres, qui beuglaient de toutes leurs dents, gorges ouvertes, quand le maître était d'humeur à plaisanter. Il connaissait les travaux des femmes. Il savait le prix d'un sol bien frotté, d'un drap bien tiré sur des couvertures rafraîchies. Il respectait. Elle eut pour lui des menues attentions de bête furtive, une framboise velue cueillie en cachette au jardin, tiède contre la langue, une feuille de menthe froissée près de la fontaine, qui parfumait les doigts et qu'il humait avant de la glisser dans la poche de son pyjama où elle accompagnait son sommeil dans la paix des nuits."

- "Roland" qui s'est suicidé. Un menuisier solitaire, silencieux. C'est son ami qui parle de lui, de son geste. Bouleversant.

"Les traces de vie de Roland et de la chienne sont dans l'atelier, muettes. Elles ne peuvent rien me dire de ces moments où ils savaient qu'ils allaient mourir, les deux, parce qu'il l'avait choisi, lui. C'était la première fois qu'il choisissait. il n'avait pas choisi d'être menuisier, de vivre avec sa mère, dans ce pays, dans cette maison. Il ne s'en plaignait pas. Il disait seulement, quand, parfois, il parlait du frère, que lui avait su vouloir, que toute sa volonté, il l'avait mise dans l'écart, dans la distance entre lui et la glu de la maison, de la mère, de la transmission nécessaire, de l'héritage obligé. Rien n'avait retenu le frère quand Roland, lui, était resté. J'ai passé une nuit dans la maison avec lui, dans son silence, dans la raideur de son corps. Je n'ai pas dormi. J'aurais tant voulu qu'il ait eu moins peur, au moment de. Seulement ça."

Une belle sortie pour mon objectif PAL.

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07 mai 2019

Engrenages et sortilèges

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Grise et Cyrus sont étudiants à la prestigieuse école de l'Académie, Grise pour apprendre la mécanique, et Cyrus la magie. Ces deux matières et étudiants se côtoient avec animosité. Leur chemin va se croiser quand il sont tous les deux victimes d'une tentative d'enlèvement au sein même de l'Académie. Trouvant refuge dans le quartier des voleurs et des mages noirs, ils vont devoir faire des choix d'alliance pour sauver leur peau et comprendre ce qui se trame dans cet empire moins majestueux et égalitaire qu'ils ne le pensaient.

Un très bon roman de fantasy. On y trouve de la magie, de la nécromancie, mais aussi la lutte des classes, que ce soit entre les mécaniciens et les mages ou entre le peuple des bas-fonds et les aristocrates. Les personnages sont attachants et la présence du chat "familier" du mage, un brin cynique, apporte une belle pointe d'humour.

Une prise de conscience, non seulement des machinations et rouages du pouvoir, mais aussi des décisions concernant l'évolution des technologies : pour détruire ou faire le bien, et, pour finir, des préjugés.

C'est entraînant, le suspense est maintenu jusqu'au bout. C'est bien écrit et les personnages sont attachants. Et pour couronner le tout la couverture est très belle.

Il peut y avoir plusieurs niveau de lecture dans ce roman. Pour bon lecteur à partir de la sixième, mais fille n°3 qui est en terminale l'a aussi beaucoup aimé. 

Extrait : "- Je... je sais qu'il y a des gens pauvres ! avait protesté Grise. Que tout le monde n'a pas la chance de naître noble ou bourgeois... mais ce n'est quand même pas la faute des Wilkeer ou de la duchesse d'Eroge si...
- Bien sûr que si, c'est leur faute ! Comment crois-tu que ces riches, ces puissants et ces parvenus construisent leur parfaite petite vie dorée ? En oppressant, en utilisant, en tuant à la tâche, plus pauvres qu'eux pour leur bénéfice personnel ! En les envoyant se battre pour conquérir des pays en leur nom, en leur prenant leur vie, leurs membres, leur santé mentale, puis en les jetant à la rue sitôt leur objectif atteint ! As-tu seulement idée du nombre d'ouvriers exploités, de réfugiés et de soldats estropiés qui dorment dans les rues ? Des gens privés de travail, de dignité ou des deux, qui en sont réduits à voler et tuer pour subsister jusqu'au lendemain ! Quand un être humain en est réduit à la survie la plus élémentaire, il n'a plus que faire des lois de la société qui l'a conduit là !"

"Pour répondre à ta question, les magiciens ont généralement un caractère épouvantable, expliqua le chat avec sérieux. Ils ont donc tendance à rester souvent tout seul, puisque personne ne les supporte. Alors pour éviter de devenir fous, ils enchantent leurs animaux de compagnie, histoire d'avoir quelqu'un à qui parler."

04 mai 2019

Changer le sens des rivières, de Murielle Magellan

les rivières

Une rencontre au salon du livre de Binic, une tentatrice ... il ne m'en fallait pas plus pour acheter ce livre.

Marie est une jeune femme volontaire qui est serveuse dans un café du Havre. Elle s'occupe quatre heures par jour de son père qui souffre d'hypocondrie maladive et elle n'a pas de nouvelle de sa soeur aînée qui a quitté le domicile très jeune, peu de temps après le décès de leur mère. Indépendante, elle rêve cependant du grand amour et y croit quand elle rencontre Alexandre, un jeune homme de bonne famille un peu bohème qui rêve de devenir cinéaste. Mais le conte de fée va se terminer au tribunal exacerbant le sentiment d'inferiorité de Marie. Son caractère volontaire, les rencontres et l'écoute vont cependant l'amener sur le chemin de la résilience.

C'est un roman qui fait du bien avec une écriture poétique et sensible. Pourtant je suis restée un peu en dehors de l'histoire. Je ne sais pas expliquer pourquoi mais je n'attendais pas avec impatience de reprendre mon livre. Malgré tout, en y repensant, j'ai aimé l'histoire et c'est un livre qui me restera en mémoire. Une lecture en demi-teinte que j'ai du mal à exprimer.

Extrait : "Avec Alexandre, Marie a l’impression que des mondes inexplorés se cachent derrière les virages, des supergalaxies au-dessus des nuages. Alexandre, c’est la perspective d’un ailleurs. Cette vibration sensuelle et romantique est inédite dans sa courte vie, mais elle la reconnaît malgré tout. Elle naît d’une mémoire enfouie, collective, saturée de romances ou d’images de conte de fées injectées par intraveineuses. La jeune femme n’est pourtant pas de ces filles à jupes courtes et tee-shirts déchirés qu’on trouve à l’arrière des théâtres les jours de concert. Elle ne s’est jamais rêvée en robe de mariée avec une vedette à son bras; elle a trop à faire pour sauver sa peau. Avoir un toit, de quoi manger, organiser son quotidien."

 

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01 mai 2019

Muchacho, de Emmanuel Lepage

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Je cherchais un cadeau pour l'anniversaire de mon fils, et j'ai craqué pour une BD d'Emmanuel Lepage qui était présent au salon de Binic. Très facile d'accès, on a discuté de son travail, de ce qu'il avait découvert du Nicaragua - pays ou se passe l'album, du rapport entre la réalité et la fiction ...

Une fois offert, mon fils l'a lu et beaucoup aimé, ma fille lui a piqué et m'a dit qu'il fallait qu'elle le relise parce qu'elle avait "trop" aimé ... il ne restait donc que moi - et ce fut un coup de coeur.

1976 au Nicaragua. Gabriel est un jeune séminariste, artiste à ses heures, envoyé dans le petit village de San Juan pour y peindre une fresque de la passion sur un mur de l'église. Contrairement au séminaire dont il vient, où les pères sont en soutanes et où règnent une certaine rigueur, Gabriel se retrouve en contact avec le père Rubén, un homme intègre et bonhomme qui tient la paroisse, donne des cours aux enfants du village et aide un peu la guérilla. Il se retrouve aussi au plus près d'une population pauvre lui qui est le fils d'un haut dignitaire du parti.

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Petit à petit, il va apprendre à découvrir les gens, à laisser de côté son austérité pour s'ouvrir aux sensations, à tendre la main et partager et à mieux se connaître.

Mais rien n'est simple dans ce pays dont la dictature est appuyée par les États-Unis, et où la guérilla et la révolution sandiniste commencent à s'organiser. Quel parti prendre, quelle voie choisir ? La violence de la Garde Nationale vis à vis de la population va être décisive pour Gabriel.

Un ouvrage que j'ai aimé pour ses dessins, ses aquarelles, les traits de ses personnages si expressifs, la beauté du pays très bien rendue, la violence et la pauvreté qui ressort malgré tout. Mais j'ai beaucoup aimé aussi l'histoire de Gabriel, son cheminement qui nous permet de comprendre ce qui s'est passé au Nicaragua entre 1974 et 1979. Très intéressant aussi le dossier à la fin de l'album qui reprend les ébauches des dessins, l'histoire du pays mais aussi l'interview d'un prêtre qui aurait pu être le père Rubén.

 Une BD qui est en deux volumes, ou en intégrale comme celle que j'ai achetée.

Un beau coup de coeur pour cette histoire puissante racontée avec un trait élégant. L'ouverture au monde de ce jeune homme tourmenté et sensible en pleine révolution est appuyée par une ambiance picturale qui retrace la violence, la passion et la moiteur du pays. Une construction et une ambiance dont on ne peut se soustraire. A découvrir...

Vous pouvez retrouver toutes les BD de la semaine chez Stéphie.

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30 avril 2019

Moi par mois, avril

Faire un poisson d'avril aux élèves en leur disant qu'ils doivent maintenant entrer en chaussettes au CDI à cause d'un traitement des sols, ça marche ! / recevoir deux bouquets, un petit mot doux et un plaid avec manches pour lire au chaud / festival mythos : découverte de beaux textes en première partie avec Suzane, puis chanter avec Hoshi - une super ambiance / apero dînatoire entre collègues pour bien commencer les vacances - des bons fous-rires - heureusement que les élèves ne nous voient pas, on perdrait définitivement toute crédibilité ! / quelques jours seule en bord de mer, se ressourcer / une belle balade entre cousin(e), prendre l'air et le soleil en terrasse / des aperos, finalement pas si seule que ça / anniversaire de fils n°1 ... ça file / anniversaire de fille n°2 ...loin en km mais proche du coeur / signature du compromis de vente de la maison / encore quelques jours au bord de la mer, en famille cette fois-ci - et toujours aussi beau temps / soirée de stupeur devant Notre Dame en flamme / profiter des vacances pour avancer sur les dossiers : prêt, déménagement, bourse, demande de mutation, impôt, ... on croit avoir fini et il y en a toujours !  / fêter ses 10 ans de CAPES avec 5 copines qui l'ont passé en même temps, pour certaines pas vues depuis. Papoter pendant près de 5h sans voir le temps passer en profitant des terrasses ensoleillées, une belle journée / un dîner chaleureux avec plateau tournant et dessert à quatre mains / prêt bouclé, déménageur choisi, je commence (doucement) les rangements / soirée foot en rouge et noir - énorme !  / bon anniversaire maman <3

 

 

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