je_voudrais_tant parution 01/2007 - 250 p

Comme Sylire et Carine, je suis une inconditionnelle de l'univers de Dominique Mainard. Les silences, un monde imaginaire, les secrets, les mensonges et les rencontres qui permettent d'échapper à une vie misérable.

Trois personnages se télescopent dans ce livre : Mado, femme sans âge, atteinte de polio quand elle était petite, et pour qui l'univers se restreint au photo de l'infiniment petit qu'elle prend à longueur de journée, le nez sur l'asphalte (une brindille, du lichen, une fissure...). Son contraire, "l'indien", un jeune couvreur qui arrive en ville et pour qui l'univers se restreint au ciel, au vent, au nuage. Il vit sur les toits et regarde rarement en bas. Entre eux deux, se trouve Julide, une adolescente issue de l'immigration qui accepte un mariage arrangé avec son cousin, et une vie de fadeur, sans valeur.

Mado perd la mémoire... Julide est son ange gardien... Mado tombe amoureuse de l'indien... Julide essaie à tout prix de la préserver, elle est jalouse de cette passion, de cet amour qu'elle ne connaît pas. Elle est brusque avec Mado "vous êtes vieille... et s'il vous voyait..." .

Je me suis plongée avec délectation dans cette univers si spécial, ces failles qui empêchent chaque personnage d'avancer, cette ambiance lunaire et tragique. Dominique Mainard écrit avec un talent, une sincérité et une sensibilité à fleur de peau. On ne sort pas vraiment indemne de la lecture. C'est un livre qui reste en nous longtemps....

Extraits :

"Julide n'a jamais cessé de chercher à deviner précisément dans quelles eaux évolue Mado et c'est vertigineux et épuisant, comme de s'efforcer de capturer un poisson, les mains plongées dans l'eau froide-mais cette eau déforme tout et les doigts sans cesse se referment sur le vide. Souvent, Mado gémit en se tenant les reins lorsqu'elle se relève après avoir pris une de ses photos [...]. La terre est de plus en plus basse, ma petite-fille dit-elle gaiement, et Julide rit alors, soulagée de la voir se comporter comme une femme vieillissante, soulagée, surtout, de la voir consciente de l'être. Mais parfois aussi - et cela n'a pas cessé depuis que l'homme est arrivé en ville - son regard et son sourire sont ceux d'une jeune fille, et ses rêves aussi, ses rêves surtout, à découvert Julide avec épouvante."

"Une fois encore, elle a pleuré sur cette injustice, sa mémoire défaillante qui lui permet d'aimer un jeune homme mais non d'oublier tout à fait que c'est impossible, pas plus que d'effacer cet amour de ses pensées comme il lui arrive d'effacer le chemin suivi quelques minutes plus tôt. Non, cet amour est présent à chaque instant de chaque jour, lui seul est imprimé de façon indélébile dans sa mémoire."