metamorphose_d_un_mariage  Parution 10/2006 traduit du Hongrois - 450 p

Livre étonnant que j'ai apprécié malgré des longueurs. L'écriture est superbe, les thèmes abordés originaux, mais l'auteur se perd de temps en temps ce qui rend parfois la lecture un peu lente.

Budapest pendant l'entre deux guerres. 3 personnages vont tour à tour raconter un peu de leur vie et un même drame.

Tout d'abord la femme, amoureuse et trahie. Elle se marie avec "l'homme de sa vie", un homme de la bourgeoisie qu'elle croit connaître et à qui elle donne tout. Mais elle va se rendre compte qu'un "secret" l'éloigne d'elle.

Le mari ensuite, qui doit assumer son rôle de bourgeois, être conforme aux attentes de ses pairs. "Notre univers bourgeois était celui de l'argent, du travail et de l'ordre." Il va cependant céder à la passion, espérant y trouver enfin une raison de vivre.

Et enfin la domestique, ambitieuse, sans amour et sans illusion. Elle veut sa place au soleil et fera tout pour y arriver, brisant le couple.

Sandor Marai est toujours aussi férocement lucide sur la vie en Hongrie et sur les non-dits.

On retrouve beaucoup de thème : la bourgeoisie hongroise, la passion, l'antagonisme des classes, la solitude.. les sentiments sont décrits tout en finesse, on les ressent entre les lignes. Malgré tout, j'avoue que la lecture a été parfois longue et certaines pages ont été lues "en diagonale"...

Du même auteur, j'ai eu un coup de coeur pour "les braises".

Extrait : "On singeait leurs manières, avec une pointe d'ironie, mais aussi une forme de recueillement respectueux. Au déjeuner, à la cuisine, nous mangions cérémonieusement, en nous faisant des politesses, à la façon de ceux qui prenaient leurs repas dans la grande salle à manger. "Je suis si nerveuse! J'ai une de ces migraines!..." disions-nous chaque fois qu'il nous arrivait de casser une assiette. Ma pauvre mère, elle, qui a accouché de six enfants dans son trou, n'avait jamais entendu parler de la migraine, elle ne savait même pas ce que c'était... Mais moi, qui m'adaptais rapidement, je l'avais, la migraine, et lorsque, par maladresse, je cassais une assiette, je disais à la cuisinière, tout en pressant la main sur mon front : "C'est le vent du Sud..." et je le disais sans ricaner, parce que nous pouvions désormais nous permettre ce luxe. Oui, je me transformais rapidement, mes mains blanchissaient et je m'affinais intérieurement. Un jour - cela faisait déjà trois ans que je servais dans cette maison -, ma mère  m'a rendu visite. Eh bien, elle s'est mise à pleurer, pas de joie, non, mais de peur... comme si j'étais devenu un monstre, avec deux nez au milieu du visage."

Retrouvez la critique enthousiaste d'Estampilles