amandes amères parution 06/2011 - 218 p.

Le livre tourne dans mon groupe de lecture, et comme je trouvais le thème de l'analphabétisme intéressant, je m'y suis plongée.

Fadila a une soixantaine d'années. Berbère, elle a immigré en France quand ses enfants étaient petits. Analphabète, elle ne sait pas lire, pas écrire, mais pas non tenir un crayon (contrairement aux illettrés qui ont oublié la lecture et l'écriture mais qui ont eu des cours).

Edith est traductrice. Elle va embaucher Fadila en tant que femme de ménage et va se lancer dans l'ambitieux programme de lui apprendre à lire et à écrire. Elle s'investit dans cette "mission" mais est souvent démoralisée quand elle s'aperçoit que le peu qui était acquis une semaine est oublié la semaine suivante. 

On apprend à mieux connaître Fadila, son enfance heureuse au Maroc, ses mariages ratés, ses angoisses et on suit pas à pas les hésitations d'Edith qui ne sait pas si elle utilise la bonne méthode et attend avec une grande patience le déclic qui permettra à Fadila de passer du déchiffrage à la lecture.

J'ai beaucoup apprécié le thème de l'analphabétisme. Quand je cherchais une réorientation professionnelle il y a quelques années je m'étais posé la question de devenir professeur de FLE (Français Langues Étrangères), mais le peu de débouché (hors du bénévolat) m'avait arrêté. Je trouve très intéressant d'apprendre à lire et écrire à des adultes pour plus d'autonomie. Il ne s'agit pas de vouloir leur faire lire Madame Bovary, mais juste qu'ils sachent se débrouiller dans les transports en commun, les administrations, les supermarchés ... Laurence Cossé nous décrit de manière très précise la méthode d'apprentissage, les avancées et les doutes.

Mais malheureusement je suis resté en dehors du livre par le style. Le narrateur est extérieur à l'histoire ce qui met une distance. Fadila et Edith deviennent tour à tour "elle ". On a parfois plus l'impression de lire un documentaire (d'ailleurs j'ai vu que c'était une expérience qu'avait vécu l'auteure il y a quelques années et qu'elle a retranscrit ses notes prises à ce moment là). Les seules notes d'humanité sont donné par les commentaires et les réflexions de Fadila : "C'pas moi, j'pleure, c'est mon coeur". Mais "l'amitité singulière" dont nous parle l'éditeur en quatrième de couverture, je ne l'ai pas ressenti. Une relation particulière, oui, mais pas d'amitié, et ça m'a manqué.

Coup de coeur pour Antigone,  un récit sobre et plein d'humanité pour Cathulu et Clara