Laver_les_ombres parution 08/2010 - 156 p    coup de coeur

 

Quelle écriture !

Lea fête les dix ans de sa compagnie de danse. La danse lui permet de vivre son corps, de s'accepter. Elle n'a jamais réussi à garder un petit ami, par peur de s'abandonner, de se laisser aller. Elle veut rester libre et reste surtout seul.

Sa mère, Romilda, vit seule dans un petit village de bord de mer. Une tempête arrive. Elle a appelé sa fille pour lui dire qu'elle veut lui parler, elle si silencieuse d'habitude. 

Lors de cette soirée de tempête, mère et fille vont se retrouver. La mère va se raconter, se vider du poids du secret, se libérer et en même temps libérer sa fille.

Un très beau texte rythmé par des phrases courtes qui font comme une respiration, un halètement. Beaucoup d'émotion et de sensibilité avec en même temps une pointe de suspens.

Je suis sous le charme de cette auteure.

Extrait (je travaille avec mes élèves sur un atelier d'écriture et sur le goût et les souvenirs liés, du coup je vais leur lire cet extrait) :

Le vin chaud que Léa a commandé est parfumé d'épices. C'est bien l'odeur qu'il lui fallait. Elle laisse son palais s'imprégner des effluves de l'hiver avant de se livrer au goût. Elle laisse venir la mémoire. Attentive aux saveurs, sa mère choisissait longuement les herbes pour préparer les poissons. Et elle, elle laisse le fumet délicat passer de son nez à sa bouche. Elle jouait à pressentir le goût. Puis elle s'occupait à le garder précieusement au secret de son palais. Son père et sa mère parlaient peu. Le dimanche, sa mère lui mettait un ruban dans les cheveux et elle restait muette, empruntée de cette coiffure inhabituelle, recueille dans le parfum et le goût du plat.