arton2 parution 2004 - 253 p.

J'ai acheté ce livre au CDI de mon collège parce que les élèves de troisième étudient l'autobiographie, et que je ne pouvais leur proposer que les livres d'Alphone Daudet, Hervé Bazin ou Marcel Pagnol (très bons livres au demeurant, mais quand on a une lecture "obligatoire" en collège, ce ne sont pas des romans très captivants).

Ce livre raconte l'enfance de Leila, jeune française d'origine marocaine, élevée dans la tradition dans un HLM de banlieue parisienne. Entourée de 10 frères elle est sollicitée sans cesse pour toutes les tâches ménagères. Adolescente, elle refuse de se soumettre, fugue, fait plusieurs tentatives de suicide. Elle recherche désespérément l'amour de son père qui ne l'a jamais serré dans ses bras ou dit des mots gentils. Ce n'est pas une "mauvaise fille", elle ne sort pas avec des garçons, ne boit pas, ne se maquille pas, mais elle a soif de liberté et d'amour filial. Or il n'y a pas de vie sans la famille ou sans la protection d'un homme. Elle subit les violences et les humiliations parce qu'elle n'a pas d'échappatoire.

Même si j'ai déjà entendu souvent parler de ces vies en marge, j'ai été sidérée par l'importance de l'honneur, de la réputation, de la tradition. Leila  ressent une profonde culpabilité quand elle essaye de se libérer de l'entrave de la communauté. Son mal de vivre et sa souffrance, qu'elle essaye de cacher, ressortent dans son corps sous forme d'anorexie, d'hystérie ou de profonde dépression.

Son père décide de la marier à un marocain, et Leila, la combattante, la grande gueule, baisse les bras, se soumet. Elle se plie à ce que son père veut. Son éducation lui a enlevé toute personnalité, elle est conditionnée depuis sa plus tendre enfance et vit dans la honte : honte d'être battue, honte d'être enfermée, honte d'être mariée, honte de ne pas avoir le courage de quitter sa famille.

Un livre très prenant qui nous fait bien comprendre comment une jeune fille moderne et combattante peut finalement accepter une tradition d'un autre âge. Comment une éducation peut "casser" un être humain jusqu'à en faire une petite chose soumise.

Une écriture vive et sincère.