confiteor

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

parution 09/2013 - 793 p. coup de coeur

 

pavc3a9-2014

Un beau pavé lu dans le cadre du challenge pavé de l'été



Il fallait s'engager à lire un livre d'au moins 600 pages. Comme j'avais très envie de découvrir "Confiteor", je me suis lancée.

 

Quel pavé ! Plusieurs histoires se mêlent et s’entremêlent avec brio autour d'un récit de vie et surtout autour de l'histoire d'un violon, des graines d'érables portées par un moine au temps de l'Inquisition à sa fabrication puis son histoire qui passe par la spoliation et la lâcheté.

Adrià, la soixantaine, écrit à une femme le récit de sa vie avant que la maladie dont il est atteint lui fasse perdre la mémoire. Il revient sur son enfance à Barcelone, une enfance solitaire et malheureuse entourée par des parents uniquement tournés vers son intelligence hors du commun. Un père qui veut faire de lui un humaniste connaissant dix langues, une mère qui veut faire de lui un violoniste virtuose, mais aucun amour, aucune tendresse.

Adrià écrit comme il pense, avec des digressions, des retours en arrière, des pensées qui volent du coq à l'âne. Ainsi, dans une même page, on peut avoir un paragraphe sur son père dans les années 40, un paragraphe sur lui même quand il avait vingt ans, et un paragraphe sur un monastère au XIVème siècle où l'on suit la trace de la médaille qu'Adrià porte autour du cou. Là ou l'écrivain est très très fort, c'est que l'on ne s'y perd pas.

L'écriture reste fluide malgré ce constant passage du passé au présent. Un autre aspect étonnant de l'écriture, est que l'auteur passe dans la même phrase de la première à la troisième personne. « Je me suis toujours souvenu de papa comme un homme âgé. Maman, en revanche, c'était maman. Dommage qu'elle ne m'ait pas aimé. Tout ce qu'Adrià savait c'est que son grand-père Adrià l'avait élevé comme le font les hommes qui deviennent veufs très jeunes avec un enfant en bas âge sur les bras et qui regardent de tous les côtés pour voir qui peut leur fournir un manuel d'instructions pour incorporer l'enfant à leur vie. Grand-mère Vincenta était morte très jeune quand maman avait six ans. »

Lors de quelques pages époustouflantes, l'auteur arrive même à faire un parallèle entre la traque des juifs lors de l'Inquisition et lors de la Shoah, en mélangeant dans une même phrase les deux époques. « C'est que son obsession de l'organisation parfaite était minée par les énormes erreurs de ses subordonnés au cours des dernières semaines et il ne pouvait permettre en aucune façon, en aucune façon, que le Reichsfürer Himmler en personne puisse penser qu'il n'était pas à la hauteur, car tout à commencé quand je suis entré dans l'ordre des Prêcheurs, guidé par ma foi absolue dans les directives du Führer. Pendant le noviciat, guidé par la main affable de fra Anselm Copons, nous apprîmes à durcir notre cœur face aux misères humaines, car tout SS soit savoir offrir le sacrifice total de sa personne au service absolu du Führer. Et là où, nous autres frères prêcheurs, nous avions un rôle essentiel, c'est précisément dans l'éradication des dangers internes. Pour la vrai foi, la présence d'un hérétique est mille fois plus dangereuse que celle d'un infidèle. L'hérétique a été nourri des enseignements de l’Église et vit en son sein, mais en même temps, par sa nature empoisonnée et pestiférée, il pourrit les éléments sacrés de l'institution. À partir de 1941, la décision qui fut prise pour résoudre le problème une fois pour toutes fut de laisser la Sainte Inquisition aux enfants de chœur et de programmer l'extermination de tous les juifs sans exception. Et là ou il devait y avoir de l'horreur, que cette horreur soit infinie. Et là ou il devait y avoir de la cruauté, qu'elle soit absolue, parce que maintenant c'est l'histoire qui prenait la parole."

C'est un récit de vie et d'amitié, une lettre d'amour qui parcourt les époques, un homme qui essaye de comprendre les racines du Mal à travers les siècles.

Magistral.