jacob jacob parution 08/2014 - 166 p.

Jacob a dix-neuf ans. Il vit avec ses parents, son frère, sa belle-soeur et ses deux nièces dans un petit appartement de Constantine, en Algérie. C'est le dernier de la fratrie, et contrairement à ses trois autres frères qui sont plutôt "brut de fonderie", lui est attiré par les études, la poésie.

En 1941, les juifs d'Algérie ont été renvoyé de l'école, les français les considérant comme des "Indigènes", mais en 1944, ils ont été réintégrés et Jacob doit partir faire son service militaire. Après quelques mois de formation dans le désert, le voilà intégré à l'armée B commandé par le général de Lattre de Tassigny pour débarquer en provence et participer à la libération de la France.

On suit tour à tour la vie de Jacob, l'inquiétude d'une mère, la vie stricte de la belle-soeur bonne à tout faire de la famille, la rudesse du quotidien.

L'écriture est spéciale puisqu'il y a des phrases très longues, ponctuées par une myriade de virgules. Cela donne une lecture un peu essoufflée, hachée. Cela m'a un peu gêné au début, et puis le rythme se prend, et on entre dans cette spirale de guerre, de douleur, d'amitié, de découvertes aussi. Il y a comme une urgence de vivre. Les émotions sont très bien décrites, pleine de justesse.

Un très beau livre qui m'a fait penser au film "Indigènes". J'ai juste regretté la fin qui se passe pendant la guerre d'Algérie. J'aurais préféré un arrêt au tout début de la guerre, ou alors un vrai développement du devenir de cette famille algérienne qui combat auprès des français. Mais là c'est trop rapide, pas assez construit.

Merci à la librairie Dialogues pour cette belle découverte.

L'avis de Clara qui l'a trouvé poignant et sensible.

Extrait : "Avant de quitter la caserne d'Alger, Jacob s'est fait prendre en photo avec ses camarades devant une réplique de Normandie, et a posté le cliché à ses parents en griffonnant au dos Vive l'armée française ! De gauche à droite mes compagnons Ouabedssalam, Attali et Bonnin, vous me reconnaîtrez je pense, je n'ai pas tant changé. Je vous embrasse tous, chacun par son nom. Votre fils et frère Jacob. Ouabedssalam, sérieux et sombre, se cramponne au faux bastingage de la main droite, il a posé l'autre sur l'épaule d'Attali, qui tient une cigarette dans la main droite et a posé la gauche sur l'épaule de Jacob, qui garde les siennes croisées sur le bastingage tout en tenant également une cigarette, son corps est relâché, détendu et confiant, à sa gauche Bonnin a un air un peu craintif, pas guerrier pour un sou, il n'a pas endossé l'assurance avec l'uniforme, contrairement aux autres dont les regards sont teintés d'une virilité insolente, il semble être là pour rappeler qu'ils sont déguisés, que ça ne peut pas être sérieux d'envoyer des enfants de dix-huit ans au combat en leur faisant chanter la Marseillaise juste avant. Haddad est absent de la photo, il n'a pas voulu, il a dit que ça porte malheur."