Feu pour feu parution 01/2014 – 72 pages. coup de coeur

Il était depuis longtemps sur ma LAL, avec des petits cœurs montrant qu'il avait plu sur la blogosphère. Enfin libre à ma bibliothèque. Quel livre !

Nous ne connaissons ni le nom ni le pays d'origine du narrateur. On imagine l'Afrique et les guerres ethniques qui la ravage. Dans le village, les tortionnaires venaient, exigeaient le fruit des récoltes puis repartaient. Mais un jour ils ont massacré le village. Seul le narrateur s'en est sorti avec Adama, sa petite fille de quelques semaines. Alors il a fui, traversé le pays puis l'océan vers l'eldorado du Continent Blanc, vers un nouvel avenir parsemé de centre de rétention, de foyer et de cité, pour arriver à oublier ses racines et le massacre « […] je t'offrirai l'amnésie en guise, croirai-je, de protection. ». 

Ce qui a donné un sens à sa vie, ce qui lui a permis de tenir et d'avancer, c'est sa fille, son avenir. « Ma vie, depuis le jour où tout ce que j'avais jamais aimé en dehors de toi fut détruit, a été ton embarcation. Uniquement cela. Quoi d'autre ? Que peut vouloir un homme humble et seul si ce n'est emporter son enfant le long des jours ? »

C'était il y a 15 ans, et aujourd'hui Adama dort dans une cellule « Dans la cellule où tu dors – mais sûrement tu ne dors pas – il n'y a pas de terre où cacher ton remords ! Oh dis-moi que tu éprouves du remords ! Dis-moi que je n'ai pas couvé une enfant sans conscience ou seulement un être mauvais. »

Le récit de la fuite, de la vie malgré tout, du souvenir qui déchire, de l'espoir ... est écrit dans une superbe écriture poétique et imagée comme si le narrateur parlait à sa fille. L'histoire est entrecoupée par des brefs paragraphes où l'on retrouve le langage de la cité parlé par Adama. Cet univers si loin de celui de son père ou elle explique le geste qui l'a conduit dans une cellule.

72 pages d'un petit livre qui va me rester longtemps en mémoire. Une lecture coup de poing. Je remercie infiniment tous les bloggeurs qui m'ont fait noter ce livre dans ma LAL (Jérôme, Clara, Noukette ..)

« Une machine à vivre Adama, pas à tuer. Pas à allumer quinze ans après feu pour feu. »