la lune est blanche parution 10/2014 - 219 p

Les deux frères Lepage, l'un dessinateur de bandes dessinées, l'autre photographe, vont faire partie d'une expédition sur le continent Antarctique afin qu'ils parlent et évoquent les programmes scientifiques qui sont menés dans les bases polaires.

C'est ce formidable voyage qui est raconté dans cette bande dessinée. Le retard tout d'abord parce que le bateau qui doit venir les chercher est coincé dans la glace, puis le départ sur l'Astrolabe, les jours nauséeux coincé dans sa bannette, les rencontres avec les scientifiques, la glace qui bloque le bateau et enfin le raid tant attendu : des centaines de km d'étendues gelées qu'il faut traverser au volant de lourds engins pour apporter du ravitaillement à une base polaire.

C'est très intéressant (en amont l'auteur revient sur les explorateurs qui ont découvert ce continent), très bien dessiné avec en plus l'apport des photos qui s'intègrent parfaitement dans le graphisme. On rencontre des passionnés, des inconnus que l'on admire.

Je venais juste de finir cette bande-dessinée documentaire quand j'ai été au salon du livre de Binic ou justement Emmanuel Lepage était présent et participait à une table ronde. Voici ce que j'en ai retenu.

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"Je suis venu a la bd de reportage par hasard. Au départ je faisais juste des récits des mes voyages. On m'a proposé de partir dans les terres australes française il y a 5 ans, et pour partir il fallait une garantie d'édition d'un livre . L'éditeur ne voulait pas d'un carnet de voyage mais voulait bien d'une bd. J'ai alors essayé de mettre les dessins que j'avais fait sur le bateau en histoire.

Le fait de ne pas être journaliste mais dessinateur permet d'avoir un autre rapport avec les gens. Il y a une bienveillance, ça crée un climat de confiance, c'est ce qui va nourrir mon  histoire.

Pour le livre sur l'Antartique, rien ne s'est passé comme prévu. Il y a eu du retard, de l'attente. Et sur le raid toutes les journées se ressemblent et pourtant il faut trouver une histoire qui va accrocher le lecteur. Ce sont les accidents de parcours qui nourrissent mon histoire. La mise en scène permet de coller des séquences pour créer du dynamisme et du mouvement . Le fait d'avoir fait avant des livres de fiction m'aide.

Et puis il y a la confiance. Quand on est dix personnes sans aucune espèce vivante dans les 700 km à la ronde, on n'est pas en interview, c'est des moments privilégiés, les hommes se confient à mon crayon. Le dessin ne fait pas peur, il n'y a pas de méfiance et je pense que ça transparaît dans mes livres.

Pour faire ce livre, j'ai d'abord demandé à mon frère les photos qu'il voulait voir apparaître. Il m'a donné en plus la correspondance qu'il avait eu avec sa compagne. J'ai pris aussi les quelques croquis que j'avais fait et c'est à partir de cette matière que j'ai crée ce livre. Dans les livres je commence par me positionner pour expliquer au lecteur qui je suis, c'est une forme d'honnêteté."