ce sont des choses qui arrivent parution 08/2014 - 228 p.

Natalie de Sorrante est une jeune femme de la haute société parisienne, une duchesse. Le roman s'ouvre sur son enterrement, en 1945.

Et l'on revient tout de suite sur les cinq dernières années de cette mondaine assez frivole. Au début de la guerre les époux de Sorrante partent dans leur villa de Cannes, et Natalie se morfond. Plus de fêtes, de dîners, de voyages mais des têtes à têtes avec son mari. La guerre et les malheurs publics les touchent peu. L'Armistice avec les allemands et la coupure de la France en deux zones lui permet de recevoir dans sa maison de Cannes les amis qui ont fui Paris. La voilà enceinte. Elle prend pour nourrice une jeune femme juive qui a quitté la capitale et quand celle-ci lui parle de toutes les exactions qui existent contre les juifs, Natalie ferme les yeux et les oreilles, la politique ne l'interesse pas.

Pourtant, petit à petit, un évènement extérieur, un secret de famille, va la faire changer d'avis. Contrairement à son mari, ardent Pétainiste, là voici qui se préoccupe du sort des juifs "mais qu'est ce qu'on leur fait, aux juifs, quand on les arrête ?". Malgré sa volonté de se renseigner ou de devenir une martyre, son côté midinette prend le dessus, et quand la maison de Cannes est occupée par les Allemands, elle est contente de rentrer à Paris et de retrouver un peu de la vie trépidante d'avant. Dîner chez Maxim's auprès des allemands ou dans des restaurants pratiquants le marché noir, défilés de mode, courses à Longchamp ... Elle virevolte mais se fane aussi, dévorée par la morphine et par ses questionnements.

Une descente aux enfers d'une femme que l'on a peine à plaindre quand on voit son train de vie. Une collaboration "passive", une existence frivole alors qu'elle aurait voulu être plus résistante. Difficile de rentrer en empathie avec cette femme qui ne trouve pas d'autres moyens que la drogue pour affronter la réalité

Le monde aristocratique en prend un sérieux coup dans ce livre. Un milieu qui se sent au dessus des autres, qui se sert de la guerre sans scrupule.

Un livre intéressant et bien écrit, sarcastique et satirique.

Extrait : "Atterrés, les Sorrente se demandent si ils ne seront pas à leur tour les victimes de ces règlements de comptes. Viendra-t-on leur reprocher à eux aussi d'avoir continué à assister aux courses à Longchamp dans la loge de Josée de Chambrun, déjeuner avec le charmant Jünger chez les Morand, soupé chez Maxim's malgré le voisinage des uniformes vert-de-gris et couru les premières au théâtre comme si des compatriotes ne mourraient pas au même moment dans les maquis ? Pointera-t-on leur présence dans ces restaurants du marché noir où les prix d'un repas équivalait à trois mois d'allocation aux femmes de prisonniers ? De n'avoir en somme pas cessé de mener une existence frivole quand tant de gens redoutaient l'arrestation ou la famine ? Avec ces gens venus de nulle part, des gens qu'on a jamais croisé dans un salon avant la guerre, on peut redouter que cette vie mondaine un peu trop voyante devienne l'élément principal d'un dossier à charge ; que leurs distractions ne soient qualifiées de " faits de collaboration".