nuit de feu parution 09/2015 - 182 p.

J'ai eu une passion pour cet auteur à ses débuts. D'abord un grand coup de coeur pour sa pièce de théâtre "le visiteur", puis des beaux moments de lecture avec "la part de l'autre", "l'évangile selon Pilate", "lorsque j'étais une oeuvre d'art" ou "Milarepa". Et puis mon attrait s'est émoussé...

Ce livre tournait dans mon groupe de lecture, du coup ...

En 1988, l'auteur est un jeune homme de vingt-huit ans normalien, agrégé et docteur en philosophie, qui est maître de conférence à l'université de Savoie. Mais même si sa carrière s'annonce prometteuse, il se cherche. "J'avais appris. Beaucoup appris. Rien appris. On avait fortifié ma mémoire, mes connaissances, ma capacité d'analyse et de synthèse ; avaient été laissées en friche la fantaisie, la verve, l'imagination, l'invention spontanée."

A la suite de l'écriture d'un premier ouvrage, il est repéré par un réalisateur qui lui demande d'écrire un scénario sur Charles de Foucault. Afin de se plonger dans l'univers de ce mystique et de valider les décors du film, les deux hommes se rendent en Algérie et vont participer à un treck de 10 jours dans le désert du grand sud algérien.

Eric-Emmanuel Schmitt se lie d'amitié avec une des randonneuse qui est chrétienne et avec le guide Algérien Abayghur. Il échange aussi avec les autres membres du groupe, jusqu'à une nuit où il se perd dans le désert. Il reçoit alors une révélation.

Les descriptions du désert, de la chaleur, de la force des éléments est magique. C'est un bouquet de sensation avec les odeurs, les goûts, le toucher du sable ...

Je suis moins enthousiaste sur le fond même de l'histoire et sur cette révélation qui est décrite de manière assez courte. J'ai trouvé que ses réflexions sur lui même sont plus intéressantes dans la première partie du livre que dans la deuxième, après sa nuit dans le désert.

Un récit autobiographique assez émouvant, mais en fait j'ai du mal à savoir si j'ai aimé ou pas ! 

Extrait : "En Europe, les intellectuels tolèrent la foi mais la méprisent. La religion passe pour une résurgence du passé. Croire, c'est rester archaïque ; nier, c'est devenir moderne.

- Quel amalgame ! ... Comme si le progrès consistait à ne pas s'agenouiller.

- Un préjugé chasse l'autre. Jadis, les gens croyaient parce qu'on les y incitait ; aujourd'hui, ils doutent pour le même motif. Dans les deux cas, ils s'imaginent penser alors qu'ils répètent, qu'ils mâchouillent des opinions, des doctrines de masse, des convictions qui ne seraient peut-être pas les leurs s'ils réfléchissaient.

Elle sourit, soulagée que nous nous comprenions.

- Je me sens si souvent ridicule en témoignant de mon christianisme ! Ridicule ou stupide... Je vois une niaise dans les yeux de mes interlocuteurs."