le-grand-marin parution 02/2016 - 372 p.

Lili a fui la France pour se rendre en Alaska. On ne sait pas ce qu'elle a fui mais on se rend assez vite compte que, comme tous les hommes et les femmes qui vivent dans cette région lointaine, c'est une écorchée vive.

Inlassablement, elle va chercher du travail sur les bateaux qui partent à la pêche à la morue ou au flétan. Elle va connaître le froid, la peur, l'océan sauvage qui vous malmène, les blessures, la fatigue intense, le corps brisé. Sa volonté est farouche, intense et il en faut pour s'imposer dans ce monde d'hommes, surtout quand on est une "green" (novice). Petit à petit, sa force de caractère va toucher les marins et elle va réussir à se faire une place dans cet univers.

Quand ils sont en pêche, les marins sont sobres (pour la plupart !) mais une fois à terre, le salaire touché, les bars font le plein. Ils vont "repeindre la ville en rouge", expression qui signifie se saouler.  Certains passent aussi par la drogue. Lili les accompagne dans cette débauche d'alcool, traînant de bar en bar, ayant parfois du mal à revenir à sa couchette.

C'est âpre, c'est dur. Chacun se bat contre ses démons intérieurs et contre la nature, dépasse ses limites. Ce sont des vies solitaires qui se retrouvent pour un bout de chemin et se quittent ensuite, partant chacun pour de nouvelles aventures.

Mais dans cette vie du bout du monde rude et violente, il y a aussi de nombreux gestes de soutien. Lili est rarement en situation de danger quand elle est sur terre car les membres de son équipage ou les amis qu'elle s'est fait sur les pontons la protège. Ils vont l'épauler, l'aider, la défendre.

Un livre qui coupe le souffle et qui nous emmène dans le creux des vagues, le sel de la mer, l'amitié, l'amour, la solitude et le combat. Une écriture vive et dynamique.

J'ai aimé suivre ce cheminement, cette quête qui ressemble beaucoup à une fuite. Quelques petites longueurs quand Lili reste à terre, les allées et venues entre les bars et le bateau sont un peu répétitifs. Dommage aussi que le glossaire en fin d'ouvrage ne soit pas plus fournis : qu'en est-il des termes marins comme l'orin, le palangre ...

Une très bonne lecture ou l'on ressent toute la passion de l'auteur.

Extrait :

"-Alors t'as laissé ton pays pour venir pêcher l'aventure ...

- Je suis partie, c'est tout.

-Pfff ! Vous êtes des milliers comme ça, qui arrivez depuis plus d'un siècle. Les premiers c'étaient des féroces. Vous c'est pas pareil. Vous êtes venus chercher quelque chose qui est impossible à trouver. Une sécurité ? Enfin non même pas puisque c'est la mort que vous avez l'air de chercher, ou en tout cas vouloir rencontrer. Vous cherchez ... une certitude peut-être ... quelque chose qui serait assez fort pour combattre vos peurs.

Il boit au goulot de sa bouteille longuement, paupières mi-closes, la repose sur le comptoir, rouvre les yeux :

- Vous êtes comme tous ces soldats qui partent affronter le combat, comme si votre vie ne vous suffisait plus ... s'il fallait trouver une raison de mourir. Ou comme s'il vous fallait expier quelque chose."