désorientale parution 08/2016 - 349 p.

rentrée littéraire

Parce que elle m'avait séduit lors de son passage à la grande librairie, parce que son histoire est proche de celle d'une de mes amies qui porte le même nom de famille, parce que il tourne dans mon groupe de lecture ...

Kimiâ est iranienne. Née de parents sympathisants communistes, elle a été obligée de fuir le régime de Khomeini avec sa mère et ses soeurs pour rejoindre son père exilé à Paris. Elle avait alors 11 ans.

On la retrouve adulte dans la salle d'attente d'un hôpital parisien. Dans cette longue attente où elle croise de nombreux couples et où son avenir est entre parenthèse, lui reviennent par bribes l'histoire de sa culture et de son pays. A travers l'évocation de toute sa famille, on retrouve les espoirs et déboires de l'Iran, passé de la prise de pouvoir du Shah avec son gouvernement corrompu et sa marche forcée vers l'occidentalisation, suivi par l'arrivé de Khomeini et sa dictature religieuse. 

A la manière des conteurs orientaux, Kimyâ dévoile une famille nombreuse et animée pleine de promesses et de non-dits, de secrets et de traditions, de modernité et de développement, de rages et de conflits mais aussi plein d'amour.

On s'y perd parfois un peu dans tous ses allers-retours entre la période actuelle, celle lointaine des grands-parents, celle contemporaine des parents et des multiples oncles. Le roman est grave et amusant à la fois, rempli d'anecdotes qui le rendent vivant et dynamique.

Un livre dense (parfois un peu brouillon dans sa construction) et prenant qui mêle roman, problème d'identité et grande Histoire. 

Extrait : "Les cours de biologie m'étaient totalement inaccessible cette année-là, l'année où nous sommes arrivés en France. J'étais confrontée à un monde que je voyais, touchais, mais ne savais pas nommer. Des quantités de mots, des quantités de noms, me manquaient. Fleurs, arbres, oiseaux, reptiles, organes. Des mots que l'on apprend en grandissant dans un pays, que la langue réserve à ceux qui se baignent dedans et dérobe à ceux qui s'y trempent de temps à autres. Des mots de balades les dimanches après-midi, de colonies de vacances, de week-ends à la campagne. Des mots de vies paisibles ; des vies qui appartiennent à ceux qui la vivent. J'en connaissais certains en persan, mais même dans ma langue, la plupart me manquaient. "