lerougevifdelarhubarbe parution 09/2016 - 155 p. Coup-de-coeur

Coup de coeur pour ce livre ou il ne se passe pas grand chose, mais avec du talent !

Agustina est une jeune adolescente qui vit sur une île en Islande. Elle habite une maison d'un village de quelques 350 âmes avec Nina, une amie de sa grand-mère. Elle vient d'une lignée où les femmes ont eu des filles sans que celles-ci soient vraiment attendues. Ainsi ses parents ne se sont connus qu'une seule semaine. Son père a quitté l'île sans même savoir que sa mère l'attendait. Une mère qui elle aussi a quitté l'île depuis de nombreuses années pour faire des études sur les oiseaux du continent africain. Elle s'écrivent régulièrement.

Agustina a des jambes qui ne fonctionnent pas. Elle se traîne avec des béquilles, rêvant de gravir les 844 mètres de la montagne qui surplombe le village pour avoir une vue d'ensemble sur la vie.

On est tout simplement bien dans ce roman, il y a de la poésie, de l'amitié, de la douceur, de l'entraide dans un monde qui n'est pas toujours facile.

Beaucoup de délicatesse et de simplicité dans ce court roman. Une sorte de conte plein de la beauté du monde malgré sa dureté.

A lire.

Extrait : "Aujourd'hui, elle a prié Dieu de lui accorder l'usage de ses jambes : elle les a prudemment extraites de la couverture pour les examiner. Maigres et peu musclées, elles sont tout de même de chair et de sang. Si elle pouvait marcher sans soutien, ses journées passeraient à se promener tout azimuts en balançant les bras. La vie en acquerrait un sens nouveau. Elle attacherait un prix immense au simple fait de se chausser et posséderait des souliers pour chaque occasion, un placard spécial n'y suffirait pas ; il lui faudrait une pièce à part réservée aux chaussures que Nina lui accorderait sûrement. Elle commencerait pas s'occuper d'affaires pressantes dans un garage à l'est du village. Puis elle arpenterait route après route, sans se hâter, sans tituber ni traîner les pieds, mais à grands pas, la tête haute à travers le bourg, et elle remplirait aussi les plages noires de ses empreintes, laissant une piste spongieuse de crique en crique, là ou nul n'est encore passé."