Et parce qu'il n'est jamais trop tard, voilà ma lecture d'objectif PAL du mois de Janvier.

J'ai acheté ce livre l'année dernière, suite à un coup de coeur de la blogosphère, mais je ne sais plus qui ! Crisitie ? Clara ?

cent sept ans

Nine est une enfant métisse née pendant la guerre d'Algérie. Son père a été tué et sa mère, Madame Plume, décide de rentrer en France. Elles s'installent dans une ville du Nord. Madame Plume ne parle pas à Nine de ce pays lointain ni de ce père mort avant sa naissance. Trop douloureux pour elle. Mais Nine a besoin de savoir, besoin de comprendre. 

Une écriture très poétique qui demande un peu de concentration au début mais qui est magnifique ensuite. Un petit livre (128 p) fort et émouvant. De la tendresse, de la poésie, de l'amour, la quête d'une identité enfouie dans la mémoire d'une mère mutique. Pas de pathos mais une petite parenthèse de justesse.

Extraits : 

« Je suis née au creux des montagnes, là où le ciel change de couleur dans la courbure du vent. Derrière le vent, en contrebas de la colline, se dressait le minaret du village. À heures régulières, la voix du muezzin annonçait le nom des dernières victimes tombées sous les bombes. Étrangers à eux-mêmes, au milieu d'un champ de ruines, les coeurs trop lourds s'efforçaient de se décharger de l'horreur. Hier, des enfants étaient nés sans mère, d'autres tiraient désespérément sur le cordon, à contretemps des projectiles. Voilà qui aurait dû suffire à nous rendre fous ! »

"C'était une fin d'après-midi ordinaire. La lumière se diffusait comme du lait. Pourrait-on faire passer toute la beauté du monde dans la simplicité des jours sans histoire ?"

"Là-bas , il y avait des maisons à l'ombre des jujubiers. Dans l'escarpement de la montagne, la pierre rougeâtre pliait sous la chaleur. Au-dessus des maisons, il y avait des toits et encore par-dessus, arraché à l'imprévu, il y avait le vent du large qui soufflait sur les âmes en bousculade. Et puis, plus haut, encore plus haut, il y avait la main de la mère qui tenait celle de Nine".

"La lune ouvrait la voie. La terre tout juste sortie du sommeil débordait de tendresse. [...] Couchée le long des braises, dans la pose élaborée de l'animal qui sourit au serpent, elle cherchait à reconstituer une stèle au coeur de ce néant."

Edition Buchet-Chastel - 04/2014 - 125 p.