d'autres vies que la mienne_

Livre lu en 2009, et que j'ai repris pour le blogoclub de Sylire et Lisa.

Deux décès sont à l'origine de ce livre : une petite fille de 5 ans lors du Tsunami de 2004 et la belle-soeur de l'auteur emportée par un cancer à 35 ans.

Après avoir décrit de manière assez factuel les moments douloureux, Emmanuel Carrère s'attache beaucoup plus à une autre vie : celle d'un juge qui travaillait avec sa belle-soeur. Sous prétexte de la connaître mieux, il va aller plusieurs fois interviewer cet homme, et c'est alors des pages sur le choix de vie, la justice face au surendettement, mais aussi la maladie puisque ce juge a eu un cancer étant jeune. Il y a des pages que j'ai trouvé très profondes sur l'arrivée de la maladie lié à une détresse face à la vie, une faille profonde qui entaille la personnalité et qui va ressortir sous forme de maladie.

Dans l'interview ensuite du veuf ou des parents de la jeune femme, on sent plus de distance même si là aussi il y a un quotidien très émouvant, surtout dans les dernières semaines. 

Des destins croisés, racontés dans des pages sobres et dignes.

Extrait : "Une question de langage me tournait dans la tête. Je déteste qu'on emploie le mot "maman" autrement qu'au vocatif et dans un cadre privé : que même à soixante ans on s'adresse ainsi à sa mère, très bien, mais que passé l'école maternelle on dise "la maman d'Untel" ou, comme Ségolène Royal, "les mamans", cela me répugne, et je devine dans cette répugnance autre chose que le réflexe de classe qui me fait tiquer quand quelqu'un dit devant moi "sur Paris" ou, à tout bout de champ, "pas de soucis". Pourtant, même pour moi, celle qui allait mourir ce n'était pas la mère d'Amélie, de Clara et de Diane, mais leur maman, et ce mot que je n'aime pas, ce mot qui depuis si longtemps me rend triste, je ne dirais pas qu'il ne me rendait pas triste mais j'avais envie de le prononcer. J'avais envie de dire, à voix basse : maman, et de pleurer et d'être, pas consolé, non, mais bercé, et de m'endormir ainsi."