présentation l'archipel

Russie

C'est le récit d'une poursuite, d'une chasse à l'homme dans la taïga, à l'Est de la Russie, près de la mer d'Okhotsk. Nous sommes en 1952, en pleine période stalinienne. Cinq militaires ont pour charge d'arrêter un criminel qui s'est enfui d'un camp. Lors de cette marche forcée sur les traces de ce fuyard qui semble insaisissable, les caractères de chacun vont se dévoiler. Il y a les chefs qui cherchent à gagner une nouvelle étoile ou une nouvelle barrette sur leurs vestes, et puis les subalternes, qui suivent et commencent à avoir une certaine sympathie pour ce fugitif qui les nargue.

A travers cette histoire, on ressent non seulement l'apreteté de la vie dans ces contrées au climat rude, mais aussi la peur du régime qui créer un climat de délation et d'égoïsme. La volonté de voir en chacun un ennemi du peuple a développé la méfiance et l'agressivité. Et ce n'est que quand les actes ou les pensées vont trop loin qu'ils se rendent compte qu'il n'y a plus d'humanité en eux. 

Cette prise de conscience vient adoucir le récit. On part d'un univers bestial ou l'hostilité et la peur sont omniprésentes pour arriver vers des émotions, des sentiments et tout simplement la sagesse.

L'écriture d'Andreï Makine est riche et fluide, un vrai bonheur de lecture.

Un très, très bon livre que j'ai dévoré. Je ne mets pas de coup de coeur parce que j'ai eu du mal à entrer dans l'histoire, mais je me garde la possibilité de changer d'avis d'ici quelques temps, quand il ne me restera en mémoire que les bons moments ! 

Extrait : 

"Il m'a fallu de longues années pour comprendre : non, c'est notre vie à nous qui était démente : Déformée par une haine inusable et la violence devenue un art de vivre, embourbée dans les mensonges pieux et l'obscène vérité des guerres. Je me souviens d'en avoir parlé, un jour, à une amie américaine, pacifiste convaincue. Elle rétorqua en plaidant la nécessité des "bombardements humanitaires" ... J'ai oublié s'il s'agissait, alors, de Belgrade ou de Bagdad. Curieusement, cela me rappela le sujet de la thèse qu'écrivait jadis Pavel Gartsev, oui, la "légitimité de la violence révolutionnaire".

Ce n'étaient pas les deux fugitifs mais l'humanité elle-même qui s'égarait dans une évasion suicidaire."