le camp des autres 2

Un livre coup de poing, une ruade poétique, un hymne aux laissés-pour-compte de la société.

Nous sommes en 1907. Gaspard et son chien bâtard fuient le père violent et une vie de persécution. Ils trouvent refuge dans la forêt proche. Le chien est blessé, Gaspard use ses dernières forces à le porter pour le sauver. De nulle part surgit Jean-le-blanc, un homme qui s'est exclu d'une société injuste et violente pour vivre de et dans la forêt. Repris de justice pour pas grand chose, moitié français-moitié romanichel, des petits boulots, une vie sur la route, et puis l'envie de changer de vie, de se poser. Braconnier, un peu sorcier, un poil contrebandier il est surtout libre et réfléchi et va prendre Gaspard sous son aile. Mais le jeune garçon est aussi attiré par la route et par la vie d'autres marginaux qui forment "la Caravane à Pépère".

J'ai tout d'abord aimé l'écriture ciselée que l'on sent travaillée mais qui est fluide et si agréable à lire. On navigue entre l'âpreté de la vie et sa beauté, la crasse et la lumière, la rigueur et la liberté. C'est beau et dur à la fois.

J'ai aimé aussi l'histoire, celle de ce jeune garçon perdu et de cet exclu volontaire. Leurs envies toutes simples, leurs désirs de liberté. Et puis j'ai appris l'histoire de "la Caravane à Pépère", cette bande de déserteurs, bohémiens, évadés ou anciens prisonniers qui sillonnaient les routes de France et faisaient peur.

Un très bon livre.

Extraits : "Ce qui devait mourir est mort. Le reste a patienté, mijoté dans l'absence et le silence couvé de neige. A présent, un petit monde tout neuf est là pour dévorer le jour. Avril tout cru, ou début mai. Une lumière jeune et vive traverse les couches du temps, descend de plus en plus bas, jusqu'aux premiers bourgeons cachés dans leurs plis. Les grouillances se déplient dans une danse immobile, l'ascencion du vivant grimpe avec le jour. Le ciel fait des pirouettes. Flux et reflux dans les branches. La résine qui monte, s'invente de nouvelles pousses. Tout ruisselle et tout court."

"Ils ont continué à parler à l'aplomb cru du soleil de mai. Ils ont continué à jongler leurs méfiances, leurs silences, leurs regards, sans jamais être certains de savoir s'ils jouaient finalement dans la même équipe ou l'un contre l'autre. Jean-le-blanc a respecté les distances de sécurité le temps qu'il fallait pour que l'enfant se rende compte qu'ils étaient déjà ensemble à parler la même langue. Mais rien ne put et ne pourrait jamais faire disparaître les deux pas de recul au fond des yeux de Gaspard, cet arrière goût dans la bouche, cette manière particulière de poser son corps sans être jamais vraiment en sûreté. Une attitude que l'homme partageait avec l'enfant tout comme le bâtard, tout comme le furet, tout comme chaque être qui a eu un jour à tremper sa langue dans la cruauté des autre."