steinbeck

 Elle ouvrit le placard et vit la pile de livres qu'elle allait bientôt leur distribuer. Et elle entendait déjà leurs remarques :

« Mais madame, y'a trop de pages »

« Et il va falloir TOUT lire ? »

« Et genre, on peut même pas prononcer le nom de l'auteur ! »

« C'est quoi ce truc ? »

« Elle est moche l'image »

« Sérieux, c'est quoi ce titre ? »

« C'est hyper vieux! »

 

Elle les regarderait, calmement, tranquillement, un à un, attendant le silence. Alors, elle ouvrirait le livre et commencerait à lire. Elle décrirait doucement la Salinas qui « descend tout contre le flanc de la colline et coule, profonde et verte ». Elle changerait de timbres lors des dialogues, penserait à respirer, à faire des pauses et à envoyer toute son énergie comme elle l'avait appris lors de sa formation sur la lecture à voix haute. Oui, elle se voyait déjà devant tous ces lycéens, les têtes dans leurs mains, les corps affalés, les yeux fermés, écoutant sa voix et à travers elle le message de l'auteur.

Elle avait hâte.

Un texte rédigé pour l’atelier d’écriture de Leiloona… une photo, quelques mots