nuit

Nathan vit seul en Slovénie où il est en mission pour une société française. Il s'est exilé volontairement à la suite de son divorce et de la mort de son père qu'il adorait. Sa mère vit seule à Paris mais il n'a jamais eu de vrai relation avec elle. Il y a toujours eu une distance, un manque de tendresse et d'amour. Ça fait quatre ans qu'il n'a pas eu de ses nouvelles quand une de ses voisines l'appelle. Sa mère a besoin de lui. Atteinte de la maladie d'Alzheimer, elle a prit le temps d'écrire huit lettres à son fils, huit missives qui doivent lui être remises petit à petit par la voisine, à chacune de ses visites.

C'est un premier roman très émouvant et très fin. J'avais un peu peur que le personnage de Nathan m'énerve en étant mou, mais pas du tout. On ressent bien toute sa complexité, ses fêlures, ses attentes. Au fil des lettres, sa mère va lui expliquer sur quoi elle s'est construite, elle va lui parler de ses blessures et lever les non-dits qui pourront expliquer le pourquoi de ce lien distendu entre une mère et son fils. Une relation naissante enfin, au moment où la mémoire s'en va.

Alors, oui, ce schéma narratif de lettres qu'un descendant reçoit et qui va lui permettre de lever des secrets et enfin comprendre son histoire, c'est du vu et revu. Mai j'ai aimé la façon de le faire, le pardon, l'amour trop grand de cette femme, cet éclairage sur une relation distante.

Des mots poétiques et délicats, un délice.

Extraits :

"J’ai peut-être un peu trop triché. Moi aussi, Nathan, j’ai mes sillons et mes parcelles disparues trop tôt. Je signe un bail avec l’oubli, mais qui gardera la mémoire de mes biens, de mes compromis, de mes dédits ? Il ne reste déjà qu’un bien maigre territoire de mon passé. Tout file. Ton père est mort et tu es parti loin. À moins que ce soit moi qui n’aie jamais pu être proche.

Je ne veux surtout pas emporter mon secret. Mes vices cachés le sont au pli d’une ride mais les caresses de Jacques ne me lisent plus. Ton père avait de ces mains qui savent quand la peau braille d’avoir eu mal quelque part. Le corps qu’on n’aime plus se tait doucement. 

     Je sais qu’il est temps d’oublier, de tout alléger, mais pas avant d’avoir rempli le registre. Aujourd’hui, mon fils, il me faut te décrire mes terres muettes, le bien qu’on m’a volé. Il me faut te confier ce que je n’ai pu dire à personne, pas même à ton père."

"J'ai regardé ma ridicule petite valise pour voyage en cabine, celle des gens qui ne restent jamais bien longtemps et je me suis demandé comment j'avais pu rapporter autant de chagrin dans un si petit volume (...). J'ai voulu en avoir le coeur net. J'ai fait glisser la fermeture éclair. C'était le vide, tout un chargement de rien qui me tirait sur le bras et m'essoufflait le coeur."