Rana

Rana est issue d'une famille Syrienne qui s'est installée à Riyad en Arabie saoudite. Dans ce pays, la religion musulmane et la loi islamique sont omniprésentes. Les femmes doivent porter le niqab, être toujours accompagnées d'un homme de la famille quand elles sortent, demander l'autorisation à leur père/frère/mari pour faire des études ou travailler. Elles ne peuvent pas commander leurs plats au restaurant et doivent manger dans des alcôves spéciales.

La religion a toujours joué un rôle important dans la vie de Rania, et elle a grandi sans problème dans une famille aimante et unie jusqu'à ce qu'elle devienne une jeune adulte, même si certaines obligations ou interdictions l'ont fait réagir. Elle est heureuse de se marier en Syrie avec un homme choisi par sa mère. Et c'est pourtant là que tout va déraper. Car même si en Syrie les femmes ont plus de liberté qu'en Arabie Saoudite, elle ne va plus être sous la tutelle de son père qui l'aime tendrement et lui laisse pas mal de liberté.

Malheureuse, meurtrie, elle va revenir en Arabie Saoudite et découvrir, à travers les réseaux sociaux, qu'il est possible de renier sa religion et de vivre librement dans un autre pays. Elle va donc préparer son évasion, seul moyen de se libérer.

Rana revient tout d'abord sur les bonheurs de son enfance, sur la relation très positive qu'elle entretient avec son père, sur ses vacances en Syrie. Elle nous parle aussi des paradoxes de regarder Rihanna sur youtube et de ne sortir qu'en niqab. La première rupture se fait à la suite de son mariage et de son retour en Arabie. Elle explique alors longuement son évolution, la perte de sa foi et les conséquences qui en découlent. Vient alors la deuxième rupture, son évasion et son parcours très chaotique et compliqué de migrante.

Un livre très intéressant qui nous explique simplement et en profondeur la prise de conscience de la condition des femmes en Arabie Saoudite. La religion musulmane n'est pas stigmatisée, ce qui l'est, c'est non seulement les conditions drastiques qui sont imposées aux femmes, mais surtout les liens mentaux qui leurs sont enseignés depuis leurs plus jeunes âges et qui leurs inculquent que leur mauvais comportement risque de faire tomber sur leur famille la honte et l'infamie. C'est de cette forme de pensée qu'il est le plus difficile de se défaire ;

On ressent beaucoup d'empathie pour Rana mais aussi pour son amie Nona ou sa tante Anisa toutes deux prises dans les griffes de l'islam radical.

Un livre très intéressant.

Extrait : […]. "Car il n'est pas vrai que l'on puisse simplement se libérer en quelques brassées de ce que l'on a appris et ressenti toute sa vie. Même des femmes qui auraient l'argent et les moyens techniques de quitter le pays et de vivre en liberté, même ces femmes-là ne le font pas. Car la prison dans laquelle nous vivons n'est pas seulement de frontières, de principes de la charia, de niqabs et d'abayas, d'horaires de prières et de règles qui visent à réguler jusqu'aux recoins les plus intimes de tout individu. La répression la plus puissante est celle qui naît dans notre propre tête. Chaque femme est persuadée de courir à tout instant le risque de faire tomber sur la famille le péché, l'infamie et la honte. C'est avec cette idée que nous sommes éduquées, nous avons intériorisé la peur que nous nous inspirons à nous-même. Peu importe ce qui se passe, peu importe les efforts que nous produisons pour nous libérer de cette forme de pensée – nous ne pouvons jamais totalement nous défaire des liens mentaux que l'on inspire à chaque cours sur le Coran, à chaque discussion, à chaque seconde passée dans cette société. Et moi aussi, j'ai du mal à le faire."