là où les chiens

Une jeune femme métisse, née en banlieue parisienne d'un père antillais et d'une mère blanche du nord de la France, cherche ses racines. Pour cela, elle va aller recueillir les souvenirs de son père, Petit-Frère et de ses deux tantes, Antoine et Lucinde, tous trois venus en métropole dans les années 60.

Antoine est l'aînée et la plus indomptable. Indépendante, forte-tête, elle a quitté son village perdu de Morne-Galant pour Pointe-à-Pitre dès l'âge de 16 ans. Elle a le verbe haut, ses phrases sont imagées et parsemées de créole. C'est un bonheur de lire ses souvenirs si vivants et dynamiques. Elle nous explique son enfance, sa religion - mélange de catholicisme et d'esprits, ses espoirs. Et à travers sa vie et son bagou, elle retrace toute l'histoire de la Guadeloupe, la colonisation, les relations avec la République Française, les départs vers l'eldorado de la métropole.

C'est par le mariage que Lucinde a choisi de quitter Morne-Galant, et c'est pour ses filles, pour leur offrir un meilleur avenir qu'elle est partie en métropole. Plus raisonnée, elle reste les pieds sur terre.

Petit-Frère enfin, qui va quitter la Guadeloupe par son engagement dans l'armée, qui va épouser une "blanche" et faire sa vie à Creteil. 

Trois départs parce qu'il est impossible de continuer à vivre sur cette île, trois exils sur une terre française où l'on se sent étranger. 

Des mots qui dansent et qui font voyager, l'histoire d'un pays fait de douleur, d'espoir et de liberté, une recherche d'identité et de racines, des vies passionnées et des personnes en quête d'avenir, la douleur des immigrés de l'intérieur.

Un très bon livre haut en couleur que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire.

Extrait : "Je m'étais allongée en haut du morne, de là où on peut deviner la mer au loin, comme un nuage bas d'un bleu un peu plus dense que le ciel, et j'ai laissé le vent me parler. Pendant très longtemps, j'ai devisé avec les fourmis manioc et la terre embrassait tout mon corps. Jusqu'à ce que je comprenne qu'au dessus de ma tête, les branches formaient des mots. J'ai alors déchiffré de longues phrases soufflées par Gabriel et par le plus beau des anges, Michel, qui veille spécialement sur moi, côte à côte avec le grand Victor Schoelcher, pour qui les Noirs d'ici ont toujours voté et qui a mis un bon point final à l'esclavage, tu dois savoir ça et si tu ne le sais pas, tu ne sais rien de la République."