Le dernier fleuve

Mo et son petit frère Jo arrivent après un périple que l'on imagine long, en bordure d'un fleuve. Pourquoi sont-ils seuls ? D'où viennent-ils ? Cela reste mystérieux.

Ils s'installent dans une étable abandonnée et petit à petit apprivoise le fleuve. Ils rencontrent les habitants qui vivent au bord des rives, mère gorgone entourée de ses enfants, femme institutrice dans sa maison sur pilotis, sorcière sur son île, peuple vivant dans des grottes, travaillant dans des rizières. Ils sont libres, ils jouent, se baignent, apprennent à pêcher avec une petite fille sans nom qui habite dans sa barque. Ils essayent de suivre le fleuve.

Un voyage onirique, une nature à la fois hospitalière et dangereuse, des personnages secondaires très bien campés, un univers bienveillant mais une tension qui monte, car on sait que les enfants ne pourront pas vivre ainsi éternellement.

Un livre où plusieurs fois on retient son souffle, et malgré quelques longueurs, une belle lecture (doublée d'une belle écriture).

Extrait : "L'eau qui n'appartient à personne possédait tout : sa lumière traversait les murs ; ses profondeurs invisibles terrifiaient les coeurs ; son lit accueillait les vivants et les morts ; ses poissons nourrissaient les ventres ; ses courants s'infiltraient loin des berges incertaines dont les crues reculaient les frontières. Au contact du fleuve, la terre entière devenait liquide, et eux, son peuple, ses habitants, appartenaient désormais au fleuve qui n'appartient à personne."

"Le fleuve comprend la douleur des humains qui nagent pour oublier leurs tourments. Et leur chagrin, où croyez-vous qu'il va ? Quand le nageur rejoint la rive, corps épuisé, la tête vide, le coeur calme, son chagrin s'est dissous dans l'eau. C'est le fleuve, le fleuve encore, qui recueille son agitation, sa fatigue, et les garde[...]. Alors le fleuve bouillonne, il déborde, il se fâche. Trop de mémoire, de souvenirs - il se révolte. Trop de secrets qui empoisonnent, de chagrins plus lourds que la vase, trop de pensées, de prières, trop de mots. Mais c'est le fleuve. Il commande. Et ceux qui croient l'arrêter, le posséder (elle défia l'armée des troncs nus au loin), ils souffriront."