dans la forêt

Un roman post-apocalyptique.

Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent avec leurs parents dans une maison entourée de forêt, assez isolée, à quelques kilomètres de la première ville, dans la région de San Fransisco. L'une rêve de devenir danseuse professionnelle, l'autre de rentrer à Harvard. Mais petit à petit, à la suite de guerres, de problèmes économiques et écologiques, l'essence vient à manquer, l'électricité puis les denrées. Les fonctionnaires ne sont plus payés, l'école est les administrations sont fermés. Une épidémie ravage la population sans possibilité de soins. Au décès de leurs parents, les voici toutes les deux livrées à elle-même dans cette maison loin de tout. Il va falloir apprendre à revenir aux sources, se nourrir grâce au potager et à ce qu'offre la forêt, se prémunir contre les intrusions et les bêtes sauvages, se soigner de manière naturelle.

Un huis clos assez intense où l'instinct primitif revient quand il n'y a plus de civilisation. Nell est aidé dans cette quête par la lecture de l'Encyclopédie et un livre de sa mère sur les plantes et leurs secrets.

A travers le journal écrit par Nell on suit leurs angoisses, espoirs, déceptions, doutes et avancées. On revient aussi sur la tension et relation qui se construit entre les deux soeurs.

 

Un très beau récit où la forêt tient le rôle principal avec une atmosphère oppressante et lumineuse à la fois. Un texte intimiste avec une écriture méditative. Ce qui est impressionnant que ce livre écrit en 1996 et traduit en français en 2017 n'a pas pris une ride.

Extraits : "Nous aussi on tient, ai-je pensé en tamisant la farine infestée de vers, on tient le coup, jour après jour, et tout ce qui nous menace, ce sont les souvenirs, tout ce qui me fait souffrir, ce sont les regrets."

"Il y a une lucidité qui nous vient parfois dans ces moments là, quand on se surprend à regarder le monde à travers ses larmes, comme si elles servaient de lentilles pour rendre plus net ce que l'on regarde."

"Petit à petit, la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois différemment maintenant. Je commence à saisir sa diversité – dans la forme des feuilles, l’organisation des pétales, le million de nuances de vert. Je commence à comprendre sa logique et à percevoir son mystère."

"Mais j'ai appris quelque chose que l'encyclopédie ne sait pas — quand la lune est croissante, on peut l'atteindre et tenir délicatement sa courbe externe dans la paume de la main droite. Quand elle est décroissante, elle remplit la paume de la main gauche."