nature_humaine

Alexandre a repris la ferme familiale située dans le Lot. Une ferme de vaches à viande élevées sous la mère. Dans cet environnement et ce paysage magnifique tout à l'air serein. Et pourtant, à l'aube du 21ème siècle, Alexandre est en train de manipuler des explosifs et de guetter les gendarmes. Que s'est il donc passé sur les vingt-cinq dernières années pour en arriver là ?

En 1976, étudiant au lycée agricole, c'est les parents qui tenaient la ferme et il était évident que c'est lui qui la reprendrait, ses trois soeurs ne rêvant que de quitter ce coin loin de tout. Et puis il y a eu les pesticides qui ont affaibli la terre, les supermarchés qui demandent plus de production, le combat pour ou contre les centrales nucléaires remis au goût du jour après l'accident de Tchernobyl, le projet d'une autoroute au dessus de la vallée et la rencontre avec Constanze, une jeune allemande proche d'un groupuscule activiste écologiste. 

Alexandre est un homme de bon sens qui a les pieds sur terre et aime profondément sa terre et son métier. Il n'est pas utopiste et sait se questionner sur la suite de son métier, mais la plupart du temps il se laisse faire.

C'est grandiose de par les descriptions des paysages et du dur labeur des agriculteurs. Un métier de passion qui laisse peu de place à la cellule familiale, un métier où il faut constamment investir pour se maintenir aux normes, où il faut se battre quand les prix chutent ou quand les supermarchés préfèrent une viande de moindre qualité mais plus vendeuse. C'est une vue âpre et en même temps on ressent le bonheur de travailler dans cet environnement. Serge Joncourt nous fait aimer ce coin du Lot encore sauvage.

C'est grandiose mais parfois long. J'ai trouvé le style trop neutre et malgré les envolées lyriques sur la beauté des paysages je n'ai pas ressenti de "connexion" avec les personnages. J'avais parfois l'impression de lire un documentaire sur le déclin du monde paysan tel qu'il existait dans les années 70 et la mutation de la société française avec l'arrivée des socialistes au pouvoir, l'ancêtre d'internet avec le minitel, le pouvoir grandissant des hypermarchés, le questionnement sur la dangerosité des pesticides...

Une peinture paysanne qui suit trente années d'histoire politique et sociale française et qui m'a un brin lassé malgré la beauté de la terre.

Extraits : "En plus d'être au lycée agricole, il aimait la terre, sans quoi, ç'aurait été une damnation pour la famille, ça aurait été une mise à mort de ces terres, de ces vaches, de ces bois, et l'abandon de tout un domaine de cinquante hectares plus dix de bois.
Alexandre n'en parlait pas mais une pression folle pesait sur ses épaules, et si les filles se sentaient libres d'envisager leur vie ailleurs, elles le devaient à leur frère, il se préparait à être le fils sacrificiel, celui qui endosserait le fardeau de la pérennisation."

«  Sans plus personne ici, toutes ces terres qu’il embrassait du regard , ces prairies et ces haies vives auraient vite fait de pousser en tout sens , de se répandre anarchiquement et de s’asphyxier.
Personne ne viendrait exploiter une ferme par ici , au contraire elles fermaient toutes les unes après les autres, un jour il n’y aurait plus de vaches pour réguler les prés, plus de chèvres ni de brebis pour tailler les terres d’en haut , plus de paysans pour entretenir les chemins , ce monde- là redeviendrait sauvage, sauvage à s’en étouffer » ...