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J'étais un peu lasse des autobiographies romancées de cet auteur, du coup je n'étais pas très attirée par ce titre. Mais devant l'emballement des médias, et vu qu'il tournait dans mon groupe de lecture et qu'il était dispo ... Tentation, quand tu nous tiens.

En 1987, Sorj Chalandon est envoyé comme reporter à Lyon pour suivre le procès de Klaus Barbie. 

En 2020, il a pu récupérer le dossier judiciaire de son père, lui dévoilant enfin la vérité sur les années de guerre de ce père mythomane qui n'a pas arrêté de lui mentir. Un père qualifié de "salaud" par son propre père.

L'auteur va alors antidater la découverte de la vie de son père pendant l'occupation, une vie pour le moins mouvementée et instable, fluctuant entre collabo et résistant, pour la décaler en 1987 pendant le procès de Klaus Barbie. Il va nous décrire le procès suivi par lui en tant que journaliste et par son père dans le public, entrecoupé par leurs rencontres et les élucubrations de son père qui refuse d'être confronté à la vérité contenu dans son dossier. L'occasion pour l'auteur de faire un parallèle entre les vies ravagées des victimes, le sourire méprisant de l'accusé et les vérités et mensonges de son père.

J'ai été soufflée par l'émotion et la grandeur que l'auteur arrive à transmettre dans les descriptions des arrestations, des rafles (notamment celles des 44 enfants d'Izieu et de la rue Sainte-Catherine), le compte-rendu des audiences des témoins, l'anecdote de ce pull grenat qui amène les larmes aux yeux, et la magnifique plaidoirie de Serge Karfeld égrenant les noms des 44 enfants d'Izieu. "Levé, droit face au box vide de l'assassin, il avait fait entrer ces enfants dans la grande salle. En file, les uns derrière les autres, les petits donnant la main aux plus grands. Il les avait fait comparaître devant nous, devant toi, dans leurs shorts d'été, les chaussettes tombées sur leurs chaussures trop grandes, leurs jeux de clowns capturés par les rares photos. Il avait assemblé la procession déchirante aux marches du Palais, l'avait invitée aux portes de la cour d'assises, l'avait conduite au milieu de nous, lui avait demandé de prendre place sur les bancs des victimes. Serge Karsfeld a obligé chacun à baisser les yeux. Il a tassé Jacques Vergès derrière son pupitre. Il a transformé ton visage orgueilleux en figure inquiète et pitoyable".

 

J'ai été touchée par les coups d'oeil du fils pour voir les réactions du père, espérer de la compassion, redouter un éclat et vaciller de le voir bailler à gorge déployée. 

J'ai été remuée par les échanges entre le père et le fils, ce dernier espérant que le procès Barbie et les témoignages des rescapés permettent à son père de lui parler, de lui confier la vérité. Mais à la place il n'a que déni, invention, rancoeur.

"Il s'est redressé.

- Tu vas mettre quoi dans ton journal ? La morale de ce procès, c'est le triomphe de la démocratie face à la barbarie ? La cruauté terrassée par la clémence ?

J'étais effondré. Il a ri. Puis il a fait tourner son index autour de sa tempe.

- Ça te fait cogiter, hein ?

Il a posé sa serviette sur le sol et a remonté son pantalon à deux mains.

- C'est bien que tu réfléchisses un peu. Ça te change et ça me fait plaisir.

Il a regardé le ciel, le fleuve, son triste refuge au loin.

- Heureusement que ton père t'aide  à y voir plus clair, non ?

Et puis il a levé une main pour dire adieu.

- Un jour, tu me remercieras."

J'ai par contre trouvé des longueurs dans la vie de ce père pendant la période d'occupation. Une vraie girouette qui s'engage et déserte à tour de bras. Un homme faux, qui veut tirer la couverture à lui alors qu'il n'a rien fait de grandiose. On n'arrive pas à savoir si c'est par machiavélisme ou si il est déjà mythomane compulsif atteint d'une altération de ses capacités psychologiques.

La présentation du dossier judiciaire qui permet de connaître vraiment ce qu'à fait le père donne des passages un peu laborieux. On a parfois l'impression de lire un compte-rendu administratif, sans chaleur. De même,  j'ai trouvé qu'il y avait trop de répétitions dans les rencontres / confrontations / discussions entre père et fils. Leurs blessures sont ruminées et, comparées aux atrocités des victimes de Klaus Barbie, c'est presque indécent.

Mais comme je l'ai dit au début, j'ai du mal avec les livres à teneur autobiographique qui permettent à l'auteur de faire sa psychothérapie.

Je garderai un excellent souvenir de lecture des passages liés aux victimes de Klaus Barbie, qui sont décrits avec une humanité et une plume vibrante, une bonne impression de l'idée même de transposer la découverte des activités paternelles pendant l'occupation avec le procès de Barbie, mais je retiendrais aussi une lassitude de lecture dans certaines pages.