le-cartographe-des-indes-boreales

De 1628 à 1693, nous allons suivre les voyages et aventures d'Izko, jeune basque rêvant de devenir harponneur de baleines dans le grand nord, comme son père. Mais c'est un tout autre avenir qui va s'ouvrir à lui.

Choisi pour devenir cartographe, il va être envoyé en Suède afin d'y servir d'espion à la solde des Français et de Richelieu mais aussi afin d'y établir des cartes de la Laponie . En effet, des gisements de minerais auraient été trouvés dans les montagnes du Nord, et le pays a un grand besoin d'argent. Le voilà donc arpentant des territoires hostiles et reculés afin d'en tracer les contours. Ces cartes permettent aussi au gouvernement de recenser les lapons et leurs rennes afin de les taxer. Dans son périple, Izko est accompagné par des pasteurs luthériens venus évangéliser la population locale accusée de sorcellerie. Izko, lui, est catholique et doit cacher sa religion sur cette terre protestante.

Au début, Izko est terrorisée par la sorcellerie des lapons, persuadé d'avoir été atteint par un sort. Petit à petit, il va comprendre que les protestants, en voulant coloniser les lapons et s'en servir pour exploiter leur mines, les brisent et les dépouillent, non seulement de leurs rennes qui sont leurs seuls biens leur permettant de vivre, mais aussi de leurs croyances, proches de celles des catholiques. Et c'est en faisant des recherches qu'il va se rendre compte que des moines sont déjà venus évangéliser cette population et ont laissé leurs marques. Les protestants veulent annihiler cette dévotion.

Les rivalités politiques et économiques du XVIIe siècle sont pleines d'ingérence, de compromis et de sournoiseries. Mais ce qui prédomine dans ce roman d'aventure historique, c'est le poids de la religion, et notamment l'inquisition. On est face à une colonisation d'exploitation avec avilissement d'une population, sans doute moins connue que les colonisations des amériques.

Une vie de voyages, de Saint-Jean-de-Luz à la Laponie, en passant par Amsterdam et la Suède, voyages entrecoupés par de longues années de cachots. Une vie de pactes, de ruses et de promesses.

J'ai aimé découvrir l'analyse des relations internationales de ce siècle, l'hégémonie du luthéranisme suédois, la colonisation des lapons mais aussi l'importance de la cartographie et même l'essor du port de Saint-Jean-de-Luz grâce à la pêche à la baleine.

J'ai par contre trouvé qu'il y avait des longueurs, surtout dans la deuxième partie du roman. On s'épuise un peu à suivre Izko et ses atermoiements.

Cela reste cependant une lecture très intéressante qui m'a beaucoup appris sur ce siècle et sur la Laponie.

Extraits : 

"Il apprivoisait la terre. En la nommant, il en prenait le contrôle. N’est-ce pas ça, après tout, l’art du cartographe ? Enfermer la nature insondable et grandiose dans un cadre connu, mesurable, contrôlable. Amener la nature aux pieds du souverain. La dompter. Était-ce cela aussi la foi ? Donner un visage rassurant a des abstractions où l’homme ne peut se perdre. Le cartographe de l’âme. Un prêtre n’est peut-être que cela. Où tout cela."

"Au nom du combat contre le démon, on envoyait des gens au bûcher, quand la vraie raison était des jalousies entre clans, des luttes pour le pouvoir et pour des terres. Des inquisiteurs et des juges aveuglés pensaient à leur carrière, pas à leur prochain."