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Printemps 1913. Céleste est une jeune mariée arrivée de sa Lozère natale et perdue à Paris. Odilon son mari, chauffeur de taxi, lui trouve un petit emploi de courrière auprès d'un de ses clients : Marcel Proust. De fil en aiguille, elle va finir par remplacer le majordome de l'écrivain, mobilisé à la guerre.

La voici au service de cet homme fantasque, qui passe une grande partie de sa vie dans son lit, refuse que l'on bouge la poussière, se dope à l'essence de café, demande qu'on aille lui chercher une sole au Ritz en fin de soirée et consume les jeunes secrétaires, bref, un homme pas du tout autonome, bourré de manies et qui veut que l'on soit à ses pieds.

Céleste, dont le mari à lui aussi été mobilisé, se retrouve seule avec l'écrivain et va lui consacrer toutes les heures de ses jours et ses nuits. Elle est corvéable à merci mais on ne peut pas dire non plus qu'elle se sacrifie puisque ce travail lui permet, non seulement de gagner un salaire, mais aussi de s'émanciper. Elle lui voue un amour platonique sans faille (extrait d'une de ses interviews : « Je l'étais vraiment prisonnière, j'étais prisonnière volontaire, c'est entendu, je ne sortais pas. Je ne faisais que rester à ses ordres et à ses appels. Alors toute la nuit il écrivait, ou il me demandait [...] J'ai vécu avec cet homme avec une intensité de plaisir, de joie, de son charme, de sa conversation, de l'homme extraordinaire qu'il était ; et il a rempli ma vie". 

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Au-delà du travail d'une simple gouvernante, elle va devenir indispensable, autant dans le quotidien que dans le travail de l'écrivain, triant sa multitude de correction ou gérant ses rendez-vous.

Les dessins sont doux, dans des tons pastels. L'auteure se joue des cases. Cette inventivité graphique permet de suivre la cyclothymie de Marcel Proust, entre les méandres de ses pensées et ses lubies. Parfois les pages sont muettes, tant le graphisme suggère habilement les émotions. 

En plus des traits des protagonistes, les décors de Paris au début de la guerre, du Ritz ou de Cabourg sont très bien observés.

Une très belle bande dessinée qui me donne envie de continuer ma lecture de Proust, entamé il y a quelques mois. À l'ombre des jeunes filles en fleurs m'attend ! 

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