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Un beau coup de cœur pour ce court roman qui monte en tension tout au long de la lecture.
Une dystopie ou l'on retrouve Petra, une femme d'une cinquantaine d'années, enfermée depuis 5 mois dans un camp de rééducation. Un endroit ou les prisonniers sont bien traités mais où il faut tous les jours suivre des cours et des ateliers de réhabilitation. Car depuis le grand bouleversement, un totalitarisme religieux a vu le jour et les A (athées), H(homosexuels)... et autres déviants sont enfermés pour être redressés.
Petra était traductrice, libre, rebelle. Elle aime les mots et décide, pour tenir, d'écrire secrètement à un homme aperçu dans la cour des H.
Pour tromper sa surveillance étroite, elle va être aidée par une jeune sœur geôlière à qui elle va faire découvrir la beauté des sentiments à travers des chansons.
Les lettres sont emplies d'humanité et de poésie qui contrebalancent le côté anxiogène de l'enfermement.
Tout tient dans la force des mots et dans ces questions : les idées et la création peuvent-ils l'emporter sur l'obscurantisme ? La liberté d'aimer et de ressentir des émotions permettra-t-elle de vaincre le totalitarisme ?
Les clés du couloir est un roman épistolaire à trois personnages, qui nous fait réfléchir sur la liberté.
Une très belle plume.
Extrait : « Un soir, au coin de la cour, j'ai cru entendre un ouvrier qui réparait une clôture parler roumain ; nous ont-ils emmenés là ? Cela ne m'étonnerait pas, cela coïnciderait avec la façon dont l'Europe a longtemps considéré ce pays et ce peuple, une seconde zone, un endroit où l'on peut stocker ce qui nous dérange. Ce pays et quelques autres sont peut-être devenus un camp géant, une décharge pour humains déficients. D'autres endroits du monde nous ont servi pendant tant d'années à enterrer nos détritus industriels et militaires, nos plastiques, nos déchets nucléaires, les saletés en tout genre que nous étions incapables de prendre en charge. C'était avant que le grand bouleversement ne sonne la décroissance brutale.
Il aura fallu cela, cette catastrophe inattendue, la météorite religieuse et morale, en remplacement de l'apocalypse écologique que tout le monde redoutait. Il aurait été pourtant joyeux d'inventer une autre façon de vivre par choix, avec des pensées, des envies, autrement qu'avec ce marasme idéologique. Mais la race humaine n'est pas faite de ce bois-là, depuis ces années de terreur sourde, si l'on arrête de détruite la planète, c'est juste une conséquence du nouvel ordre, c'est juste un coup de bol pour la terre. »