L’enragé de Sorj Chalandon
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Sorj Chalandon part d’une histoire vraie : la colonie pénitentiaire maritime et agricole pour mineurs de Belle-Ile-en-Mer, qui ressemblait plus à un bagne qu’à un établissement d’éducation, a connu une mutinerie en août 1934. Cinquante-six colons se sont évadés.
A partir d’octobre 1932, on va suivre la vie à la colonie de Jules Bonneau dit “La Teigne”. Un gamin de dix-huit ans, enfermé pour quelques larcins et une vengeance de copains. Un jeune homme qui joue le dur pour tenir, mais qui a en lui une humanité que le bagne n’a pas réussi à lui ôter, et le souvenir d’une mère qui l’a aimé avant de l’abandonner.
Les phrases sont courtes, percutantes. On vibre avec Jules et ses camarades, on redoute, on s’indigne, on croise les doigts et on retient son souffle.
J’ai particulièrement apprécié le portrait psychologique de Jules. Comment un enfant brisé est marqué par la fureur qu’il a en lui.
C’est plein de noirceur et de rage, mais aussi d’entraide, d’amitié et d’espoir.
Une très belle lecture, coup de cœur et coup de poing.
Extraits : “L’océan, encore et toujours. Depuis le premier jour à la colonie, il ne m’avait jamais quitté. Même après avoir fait le mur. Lorsque je pêchais dans sa houle, la mer ne me portait pas, elle m’encerclait. Sa fureur hantait mes jours, mes rêves. Quand j’ouvrais les yeux, elle me barrait l’horizon. Lorsque je les fermais, elle me submergeait. J’étais devenu une île. Une prison ancrée au milieu de l’eau. Je n’avais pas réussi à m’évader. Je tournais en rond comme une mule sur le chemin côtier.”
“Ils avaient trop saccagé le silence pour tourner le dos à la liberté.”