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le blog des fanas de livres
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28 janvier 2026

La nuit au cœur de Nathacha Appanah

L’autrice nous parle de trois cas de violences de conjoints sur leurs compagnes, trois cas qui l’ont touchés de près. Deux ont abouti à un meurtre, un féminicide. La troisième femme s’en est sorti, et si l’autrice peut nous en parler, c’est que c’est d’elle qu’il s’agit.

Dans la première partie du roman, elle revient sur cette emprise qu’elle a connu pendant plus de six ans, à partir de 19 ans. Un homme brillant, un mentor qui a plus du double de son âge, un homme qu’elle admire et qui commence par la choyer. Puis arrive l’éloignement de ses proches, la servilité, les reproches, la jalousie, la domination. L’ayant vécu, la romancière arrive patiemment à nous faire comprendre le mécanisme de l’asservissement et l’impossibilité d’y échapper, et ça fait froid dans le dos.

Dans les deux autres parties, l’autrice analyse les deux féminicides dont elle nous avait parlé en introduction : celui de Chahinez, une mère de famille immolée par son mari à Bordeaux, dans un quartier proche de celui où habitait Nathacha Appanah ; et celui d’Emma, sa cousine, écrasée par son mari à l’Ile Maurice.

Plus qu’un roman, ces deux parties sont plus documentaires et reviennent sur les faits, le dossier d’instruction, le jugement. Il y a eu des rencontres avec les familles, l’interview des avocats, des recherches.

En conclusion, Nathacha Appanah nous réexplique sa démarche et sa mise en garde.

J’ai trouvé le sujet très intéressant, et c’est impressionnant de voir comment un être humain peut perdre tout discernement petit à petit et s’enfoncer dans la dépendance.

Je n’ai par contre pas vraiment réussi à apprécier l’écriture, proche parfois d’une chronique journalistique, surtout dans les enquêtes sur les deux féminicides. 

Ce mélange d’autofiction et de documentaire, au lieu de m’aider à mieux cerner le sujet, m’a éloigné de la douleur et de l’empathie.

Entre autofiction et enquête, ce roman est percutant par le thème qu’il aborde, mais m’a moins touché par son écriture. 

Extraits : “ Un schéma de conquête et de domestication se dessine : le corps puis, pendant des jours et des semaines, des mots, des promesses, des livres, des conseils avisés, une attention permanente, des lettres, d'autres poèmes, puis le corps à nouveau et ainsi de suite jusqu'à ce que je sois enfermée dans ce refrain pervers, que je ne sache plus comment font les autres, que je ne sache plus comment exister hors de cette géographie secrète.”

J'ai l'impression d'avoir un corps petit, ratatiné, et lui, assis très calmement au bord de ce lit, torse nu et clair comme un café avec trop de lait, il me domine d'un corps large et surtout avec un silence déterminé. Ça dure longtemps, ça ne dure que quelques minutes. Il m'étrangle tout à fait, non il m'étrangle un peu. Dans ce moment couleur gris perle, je n'ai plus de pensée, plus d'intelligence, plus d'esprit pour qualifier exactement ce qu'il est en train de faire. Son visage s'adoucit. Il dit alors des mots sans verbe, en les détachant et il les dit avec tendresse, oui avec une tendresse inattendue : “Attention la prochaine fois”. Je fais alors quelque chose d'impensable : je lui souris.”

“Le foyer violent est un monde à part et ceux qui n’y sont pas disent des phrases telles que : Pourquoi elle n’est pas partie ? Pourquoi elle n’en n’a parlé à personne ? Pourquoi elle n’a pas été à la police ? Pourquoi elle s’est remise avec lui ? 

Ce monde-là, retourné sur lui-même. Macérant dans une violence sourde et sournoise la nuit tombée et remettant les masques de la famille normale le jour. Ce monde où l’emprise de l’homme se fait plus étouffante à mesure que la volonté de la femme de s’en libérer se fait plus évidente. Ce monde semblable à un bras de fer permanent. Ce monde-là n’est jamais une histoire aussi simple à résumer que par ces mots : “Elle aurait dû partir.”

 

Commentaires
S
Je suis tentée par ce livre mais je ne vais pas le mettre en priorité, vu ton avis.
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M
Il est dans ma pal mais j'y vais à reculons, sujet difficile.
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I
J'ai lu d'autres avis évoquant cette limite de la forme. Je n'ai lu qu'un roman de cet auteure, Tropique de la violence, qui ne m'avait pas non plus complètement convaincue concernant le style. Mais je garde néanmoins l'envie de lire celui-là.
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G
@ Inganmmic : le thème est très intéressant. Je suis juste étonnée qu'elle est eu un prix "littéraire
L
Ton avis est intéressant. Moi je nai eu aucune reserve sur ce roman car jai adhéré à la démarche de l'écrivaine . Elle a voulu cerner au plus près l'emprise et elle a repensé à ce qu'elle avait vecu et s'est donc sentie autorisée à écrire sur deux meurtres de femmes sous emprise. <br /> (L'attribution des prix me laisse toujours indifférente mais cette année jai ete ravie que "la maison vide" sout reconnue par le Goncourt)
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G
@ Luocine : c'est l'écriture qui m'a le plus gêné. je vais aller l'écouter la semaine prochaine à un salon du livre.
V
Ah j'avais l'impression que les avis étaient unanimes en faveur de cet ouvrage. J'ai quand même l'intention de le lire (mais alors quand? mystère...)
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G
Ah... Tu es la première que je lis à avoir un avis mitigé... Quant à moi, je ne sais pas si j'ai envie de lire sur ce sujet...
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G
@ Violette et Géraldine : il y a quand même quelques avis mitigé
E
je l'ai trouvé très intéressant!
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G
@ Eimelle : intéressant oui, mais pas très littéraire
M
Je viens de le lire mais je n'ai pas encore rédigé ma chronique. C'est vrai que l'autrice a du mal à se positionner et parfois prend trop de recul en parlant de ce sujet indispensable mais personnellement je l'ai beaucoup aimé, et il m'a beaucoup touchée il faut dire aussi que j'adore cette autrice...
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G
@Manou : j'ai été touché par le thème et par son histoire, mais je ne comprends pas tous ses prix "littéraires"
S
Je pense le lire et je l'aborderai sans doute différemment sachant que l'écriture est plutôt journalistique. Je comprends que ça puisse tenir à distance.
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G
@ Sacha : si on le sait en avance, on n'est pas déçu
A
C'est intéressant de voir comment à la sortie d'un livre il y a une avalanche d'avis enthousiastes et peu à peu, les lectures plus nuancées arrivent, ce qui permet de se faire une opinion plus juste (à mon avis). Je ne pense pas que je le lirai.
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G
@ Aifelle : le thème est intéressant, voir comment l'emprise prend place. Mais ce n'est pas très littéraire.