La nuit au cœur de Nathacha Appanah
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L’autrice nous parle de trois cas de violences de conjoints sur leurs compagnes, trois cas qui l’ont touchés de près. Deux ont abouti à un meurtre, un féminicide. La troisième femme s’en est sorti, et si l’autrice peut nous en parler, c’est que c’est d’elle qu’il s’agit.
Dans la première partie du roman, elle revient sur cette emprise qu’elle a connu pendant plus de six ans, à partir de 19 ans. Un homme brillant, un mentor qui a plus du double de son âge, un homme qu’elle admire et qui commence par la choyer. Puis arrive l’éloignement de ses proches, la servilité, les reproches, la jalousie, la domination. L’ayant vécu, la romancière arrive patiemment à nous faire comprendre le mécanisme de l’asservissement et l’impossibilité d’y échapper, et ça fait froid dans le dos.
Dans les deux autres parties, l’autrice analyse les deux féminicides dont elle nous avait parlé en introduction : celui de Chahinez, une mère de famille immolée par son mari à Bordeaux, dans un quartier proche de celui où habitait Nathacha Appanah ; et celui d’Emma, sa cousine, écrasée par son mari à l’Ile Maurice.
Plus qu’un roman, ces deux parties sont plus documentaires et reviennent sur les faits, le dossier d’instruction, le jugement. Il y a eu des rencontres avec les familles, l’interview des avocats, des recherches.
En conclusion, Nathacha Appanah nous réexplique sa démarche et sa mise en garde.
J’ai trouvé le sujet très intéressant, et c’est impressionnant de voir comment un être humain peut perdre tout discernement petit à petit et s’enfoncer dans la dépendance.
Je n’ai par contre pas vraiment réussi à apprécier l’écriture, proche parfois d’une chronique journalistique, surtout dans les enquêtes sur les deux féminicides.
Ce mélange d’autofiction et de documentaire, au lieu de m’aider à mieux cerner le sujet, m’a éloigné de la douleur et de l’empathie.
Entre autofiction et enquête, ce roman est percutant par le thème qu’il aborde, mais m’a moins touché par son écriture.
Extraits : “ Un schéma de conquête et de domestication se dessine : le corps puis, pendant des jours et des semaines, des mots, des promesses, des livres, des conseils avisés, une attention permanente, des lettres, d'autres poèmes, puis le corps à nouveau et ainsi de suite jusqu'à ce que je sois enfermée dans ce refrain pervers, que je ne sache plus comment font les autres, que je ne sache plus comment exister hors de cette géographie secrète.”
“ J'ai l'impression d'avoir un corps petit, ratatiné, et lui, assis très calmement au bord de ce lit, torse nu et clair comme un café avec trop de lait, il me domine d'un corps large et surtout avec un silence déterminé. Ça dure longtemps, ça ne dure que quelques minutes. Il m'étrangle tout à fait, non il m'étrangle un peu. Dans ce moment couleur gris perle, je n'ai plus de pensée, plus d'intelligence, plus d'esprit pour qualifier exactement ce qu'il est en train de faire. Son visage s'adoucit. Il dit alors des mots sans verbe, en les détachant et il les dit avec tendresse, oui avec une tendresse inattendue : “Attention la prochaine fois”. Je fais alors quelque chose d'impensable : je lui souris.”
“Le foyer violent est un monde à part et ceux qui n’y sont pas disent des phrases telles que : Pourquoi elle n’est pas partie ? Pourquoi elle n’en n’a parlé à personne ? Pourquoi elle n’a pas été à la police ? Pourquoi elle s’est remise avec lui ?
Ce monde-là, retourné sur lui-même. Macérant dans une violence sourde et sournoise la nuit tombée et remettant les masques de la famille normale le jour. Ce monde où l’emprise de l’homme se fait plus étouffante à mesure que la volonté de la femme de s’en libérer se fait plus évidente. Ce monde semblable à un bras de fer permanent. Ce monde-là n’est jamais une histoire aussi simple à résumer que par ces mots : “Elle aurait dû partir.”