L'homme qui lisait des livres de Rachid Benzine
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En 2014, un photographe-journaliste est envoyé à Gaza pour rapporter des photos du conflit qui oppose (déjà) l'État d'Israël à diverses factions armées palestiniennes dont le Hamas et le Jihad islamique.
En déambulant entre ruines et rues poussiéreuses à la recherche d’un cliché sur la vie quotidienne dans cette enclave, il tombe sur un vieil homme assis devant une échoppe pleine de livres.
A sa grande surprise, l’homme refuse d’être photographié tant qu’il n’a pas appris à le connaître.
Le journaliste va donc venir tous les jours écouter cet homme, Nabil al Jaber, lui raconter sa vie.
Cette histoire personnelle commence par ses parents et grands-parents obligés de fuir un massacre dans leur village pris par les israéliens, puis sa naissance en 1948 dans un camps, son enfance et adolescence dans ce lieu, ces études au Caire, sa rencontre avec sa femme, son installation dans la bande de Gaza, son travail d’enseignant, l’importance que le théâtre et les mots ont eu dans sa vie. Et puis la douleur, la guerre qui annihile tout.
A travers son récit, c’est toute l’histoire des Palestiniens qui défilent, avec, en plus, ce rapport aux mots et à la langue qui permet de ne pas en faire une leçon de géopolitique mais une parenthèse d'humanité.
Une très belle écriture, un texte court et fort.
Extrait : “Les livres qui l’entourent, t’explique-t-il ,sont classés par affinités secrètes, par des liens subtils que lui seul semble connaître. Une composition. Dans sa librairie, la poésie côtoie le théâtre, Racine, Homère et Kadaré sont frères, en dépit des classements, des ordres alphabétiques, ou des genres. Ce qu’il veut : que les livres dialoguent dans le silence, que les alchimies s’écrivent dans l’obscurité, malgré lui, avec lui. Courbé par le poids des années. Pas pressé. Jamais pressé."