Et la joie de vivre, de Gisèle Pelicot avec Judith Perrignon
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Gisèle Pelicot revient sur l'affaire des viols qui ont eu un grand retentissement.
Ce n'est pas un livre sur le procès, mais au contraire toutes ses réflexions et points de vue, de l'instant où elle a appris l'impensable jusqu'au procès. Son long cheminement d'acceptation, l'éclatement de la cellule familiale, réapprendre à vivre seule avec ce poids en se demandant ce qu'elle aurait pu faire pour l'éviter.
J'ai trouvé très touchant que dans quasiment tout le livre, elle continue à aimer la vie qu’elle a eu avec son mari. Pour elle, c'était un socle, la base de sa vie, et elle a envie de préserver les bons moments qu'elle a passé avec lui : leur rencontre alors qu'elle avait tout juste 19 ans, la naissance de leurs trois enfants... Elle ne veut pas que sa vie se résume à avoir été une victime, à n’être que ce corps martyrisé, elle veut aussi garder les bons souvenirs, et c’est ce qui est difficilement compréhensible pour son entourage et notamment ses enfants.
Ce n’est qu’à la fin du livre qu’a lieu le procès, quatre ans après l’arrestation de son mari. La décision, assez tardive, de ne pas demander de huis clos et ce formidable élan féminin qui la porte, l’aide à supporter ces quatre mois d’horreur et fait d’elle une icône.
J’avais peur d’une sorte de voyeurisme et il n’en n’est rien. C’est prenant, poignant, sans complaintes, bien écrit. Bravo.
Extraits : “ Dans ma petite vie, j'ai longtemps pensé qu'un homme dangereux était forcément brutal, qu'il menaçait et frappait sa femme, et Dominique n'était pas comme ça.”
“ Je n'avais pas été une esclave. Et lui n'avait pas toujours été un bourreau. Je n'avais pas épousé un bourreau. Je suis sortie, furieuse. Il y a tant de versions de notre histoire, désormais. Celle de nos enfants, celle des policiers, des experts. La mienne s'effondrait dans le regard des autres.”
“ Je n'ai pas appelé mes enfants, les jours suivants. Je pensais à eux, à l'effet dévastateurs que ces révélations auraient sur eux, à combien ce serait difficile. [...] Chacun de son côté se débattait avec la vérité, sans savoir jusqu'où elle nous emmenait, le dossier nous rongeait, nous prenait progressivement toujours plus de notre passé, nous privait de nos appuis, nous n'étions plus les uns pour les autres que les reflets de notre propre détresse, nous étions devenus incapables de nous soutenir.[...]
La tragédie ne s'était pas simplement abattue sur le cours de nos vies, mais aussi sur nos souvenirs.”