Les villages de Dieu, de Emmeli Prophète
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Un roman noté après le coup de cœur d’Ingannmic.
Célia vit dans un bidonville de Port au Prince à Haïti. Élevée par sa grand-mère, elle n’a connu que sa Cité de la Puissance Divine où les règlements de compte entre chef de gang, les cadavres trouvés le matin dans les ruelles et le racket sont monnaie courante. Mais c’est pareil dans le quartier voisin de Bethléem ou de Source Bénie.
A la mort de sa grand-mère, il faut qu’elle trouve de quoi survivre et s’occuper de son oncle revenu des Etats-Unis alcoolique. Entraide, tuerie, rencontres plus ou moins positives … vont faire partie de son quotidien, ce quotidien qu’elle nous raconte avec ses horreurs et ses joies.
C’est un langage assez brut mais aussi distancié : Célia observe, prend du recul sur les évènements, la misère qui l’entoure, l’agressivité des gangs mais aussi la générosité de certaines personnes. Cela donne un aperçu réaliste de ce pays gangréné par la pauvreté, les trafics et la délinquance
C’est autant un roman qu’un témoignage. La lecture est fluide et pas misérabiliste, car dans cet univers arriéré mais connecté, on sent que l’autrice veut aussi nous transmettre l’amour de son pays.
Une lecture qui me restera en mémoire.
Extrait : “Je n’avais pas peur. J’étais habituée au bruit des armes, j’ai grandi dans cette cité où jamais il n’y avait eu de trêve, où la mort circulait à midi comme à minuit.”
“Passaient les jours, revenaient les nuits, recommençait la mort. Intraitable. Les cadavres en décomposition dans les lits des ravines, sur les terrains vagues, faisaient corps avec les immondices, témoins l’un et l’autre d’une époque déchiquetée afin qu’aucun souvenir ne subsiste.”