Des idées d’incendie d’Angélique Villeneuve
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Coup de cœur pour ce nouveau roman d’Angélique Villeneuve.
Nous allons suivre Paulie sur une cinquantaine d'années, cette jeune fille issue d’un milieu pauvre et rural de la fin du XIXè siècle qui finit (et le roman commence par ce chapitre) enfermée dans un asile d'aliénées.
Paulie est une taiseuse, travailleuse, qui va rapidement se retrouver en charge de sa famille. Ses combats, ses errances, ce qu’elle arrive à construire malgré l’adversité, elle nous en parle avec un langage âpre et brillant. Car si elle a peu de connaissances, elle sait voir toute la beauté de la nature.
J’ai adoré l’écriture de ce roman.
La rusticité des paroles de Paulie est entrecoupée par des passages en vers libres qui nous mène vers un monde de perception et d’instinct. Un monde de lumière où, à travers les silences , on comprend les turbulences de la vie. Silence de Paulie, mais aussi silence de la famille et de toute une communauté.
La voix de Georges, le fils aîné, qui apparaît parfois en off, finalise l'histoire et le ressenti de cette famille.
La vie de Louise, la petite fille, différente et attachante, rajoute de la délicatesse et de l’humanité dans ce monde âpre.
Si l’histoire peut paraître sombre, elle est pourtant emplie de beauté et de lumière.
J’ai mis du temps à lire ce livre car j’ai ralenti ma lecture, n’ayant pas envie de le terminer.
Un roman sensible et puissant que je vous encourage à découvrir.
Extraits :
" Les dimanches, autrefois, son père s'y regardait. Elle s'en souvenait. De loin elle guettait l'apparition des portions de peau nette sur les joues tandis qu'il se rasait. Une autre figure cachée sous la barbe et sous le savons allait lui âtre révélée, invariablement bleue mais différente chaque semaine. Ella aurait voulu toucher cette joue et pourtant se tenait tranquille, respirant l'odeur du savon qui devenait celle de son père. Il demeurait peut-etre, derriière les pointillés du miroir, une ombre de lui."
"[...] les joues froides entre les deux mains
les cheveux battant les paupières
la jupe alourdie
le bruit des sabots
plongeant et cognant
la peur
le cœur débordé de fouillis
elle appelle
regarde
elle court et s'arrête
ralentit
elle appelle
et rien.
Rien."