Le chemin des estives, de Charles Wright
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Récit d’une aventure particulière : la traversée du Massif central sans un sous en poche et sans outil de communication par deux jésuites novices. C’est ce qui est appelé “le mois mendiant”. Un mélange de pauvreté et de débrouillardise qui a été réalisé en juillet 2020 par l’auteur et un compagnon de route.
Ces deux novices, proches de la quarantaine, vont donc apprendre à se connaître et à quémander nourriture et logis. Leur périple est une sorte de passage initiatique qui doit aussi servir à valider, ou pas, leur noviciat.
L’auteur nous livre ses pensées au fil de sa marche. L’écriture est assez poétique. On passe des descriptions de la nature à des notions plus profondes puis à des considérations plus terre à terre quand il s’agit de manger ou dormir. Ils vont faire des belles rencontres, souvent chez des personnes éloignées de la religion (j'ai été étonnée par le nombre de personnes qui les reçoivent qui sont en arrêt maladie à cause d'un burn-out, que ce soit une institutrice, une infirmière, un commercial…) et vivre des moments plus difficiles.
Un parallèle se fait entre la beauté de ces terres dépouillées et leurs cheminements.
Je me suis laissé prendre par ce pèlerinage qui donne envie de découvrir cette nature et ces chemins peu touristiques. Nul besoin d’être croyant pour lire ce récit. Les réflexions de l’auteur portent sur son devenir mais sont peu souvent empreintes de spiritualité.
Un récit qui permet de voyager avec une belle écriture.
Extrait : “De fait, la traversée de ces nudités convoque le désert de ma propre existence. A la différence de Parsac, bien assuré dans sa vocation, la mienne vacille chaque jour davantage. L’ivresse de la liberté, à laquelle je goûte depuis un mois, l’aptitude à débusquer le sacré ailleurs que dans l’orbite religieuse - notamment dans le silence, la nature, la lumière, le vent, au milieu des bêtes et auprès de nos hôtes, surtout ceux qui sont loin de l'Église-, l’attirance pour les marges solitaires, le goût de la fugue, la hantise de devenir le délégué d’un message dont l’évidence s’est voilée, la peur d’être enfermé dans un carcan qui étouffe l’esprit de liberté, tout cela milite de plus en plus en faveur d’un départ du noviciat et d’un adieu à la vie religieuse. J’espère que les derniers jours du voyage accoucheront d’une réponse définitive.”