Une execution ordinaire, de Dugain Marc
J'ai vraiment apprécié cette lecture.
Ce livre nous plonge (sans jeu de mots) dans la vie quotidienne de la Russie, de Staline en 1952 à Poutine en 2000. On y suit par à-coup une famille qui a émigré près du cercle polaire. Mais on y suit surtout un pays, un parti, un système et un service secret omniprésent.
Du temps de Staline, les exécutions et arrestations étaient monnaies courantes. "C'est quelque chose que j'ai compris très tôt quand j'ai pris les rênes du pays. Pour maintenir la cohésion entre des nationalités si fortes et si orgueilleuses, et les plier à la plus grande avancée de l'histoire de l'humanité, il faut maintenir un niveau acceptable de terreur. Et qu'est-ce-que la terreur. C'est la certitude pour tout homme de l'Union Soviétique, du plus humble au plus puissant, de l'anonyme à l'ami intime de Staline, que rien ne le protège d'une décision de l'exécuter qui peut tomber à chaque instant sans véritable fondement."
Puis vient le début de "l'ouverture". Mais des siècles de soumission au collectif, des années de suspicions quotidiennes ou "l'autre est toujours considéré comme une menace" ne peuvent changer du jour au lendemain. Les salaires misérables ne sont plus versés, les arriérés s'accumulent, arrive alors le marché noir, les trafics en tout genre et la corruption : "Quand la corruption devient un mode de vie rien n'est impossible, l'improbable s'efface devant l'opportunité. La corruption à l'ère de l'Union Soviétique, c'était du folklore, maintenant c'est le cancer. Les petits corrompus le sont, car ils voient comme s'enrichissent leurs chefs et ils sont fatigués d'attendre des traitements misérables qui leur parviennent avec des mois de retard. Et puis au fond, qu'est ce qu'ils risquent ? Dans le temps, c'était le goulag ou la mort, maintenant, le pire qui puisse leur arriver, c'est de devoir partager".
Poutine prend la suite d'Elstine. On passe d'un ivrogne qui a détourné des millions à un homme froid, sans émotion, pur produit du KGB. Un homme qui fait peur tant son manque de sentiments est grand. Un président qui reste de marbre quand il apprend qu'un de ses sous marins a coulé, qui ne songe même pas a écourter ses vacances et dont la seule pensée est "je saurais gérer la vérité, à condition de ne pas avoir de survivants dans les pattes."
Oui, cet homme fait peur.
Ce livre décrit une Russie ou règne l'immoralité, le secret, la corruption, la bassesse et l’écrasement de l’individu. On pourrait penser que Marc Dugain noircit le trait, qu'en bon occidental libéral il critique de manière un peu trop poussée cette Russie contemporaine.
Malheureusement je retrouve dans l'actualité des passages de ce livre : le sommet du G8 s'ouvre demain de manière glaciale, "Le président russe Vladimir Poutine a ravivé le spectre de la guerre froide en menaçant de pointer de nouveaux missiles vers l'Europe, dans un entretien avec plusieurs médiaux occidentaux, dont le quotidien italien Corriere della Sera paru lundi.(tsr info)". Un ancien agent russe meurt empoisonné à l'aide d'une substance radioactive "Dans une lettre posthume, Litvinenko accuse Poutine d'être responsable de sa mort (Libération)" ...
Un livre édifiant et bien écrit que je vous recommande. Car dans la grande histoire de la Russie, il y a aussi l'histoire de cette famille qui est aussi très prenante.
Marc Dugain a reçu lors du Salon du Livre de Paris le prix RTL-Lire pour "Une exécution ordinaire".
Retrouvez le commentaire élogieux de Bebebook
