Extrêmement fort et incroyablement près, de Safran Foer Jonathan
J'ai été bouleversée par ce livre. Une émotion à fleur de page, une écriture poignante sans artifice ni mièvrerie. J'ai eu les larmes aux bords des yeux à la lecture de plusieurs passages, et en même temps plusieurs moments de rire et de sourire.
11 septembre à New York. Le père d'Oskar se trouvait dans les tours. Un an après sa disparition, Oskar trouve une clé mystérieuse dans les affaires de son père et va chercher dans tout New York la serrure qu'elle pourrait ouvrir. Cela va lui permettre de rester proche de son père.
On suit les réflexions extraordinaires de cet enfant de 9 ans, super intelligent, super anxieux et super sensible, insaisissable, étrange, qui n'arrive pas à avoir son esprit au repos, qui invente des objets incroyables à longueur de temps et qui fait son travail de deuil de manière surprenante. Mais on suit aussi, en parallèle, la vie de ses grands parents, à travers des lettres écrites pendant la seconde guerre mondiale à Dresde, ou ils habitaient, puis aux États Unis ou ils ont immigrés avec leurs fêlures immenses.
On retrouve dans la quête d'Oskar celle de son propre père vis à vis d'un grand-père maltraité par la vie.
La mise en page est elle aussi surprenante, avec des photos, des textes surlignés, des pages blanches...
Bref, un roman qui prend aux tripes, qui m'a marqué et que j'ai lu avec un plaisir sans mélange.
Extrait : "Il y a eu le bip. Et puis j'ai entendu la voix de papa".
"Tu es là? Tu es là? Tu es là?
"Il avait besoin de moi, et je pouvais pas décrocher. Je pouvais pas. Tu es là? Il l'a demandé onze fois. Je le sais parce que j'ai compté. Ça fait un de plus que sur mes doigts. Pourquoi il arrêtait pas de le demander ? Parce qu'il attendait que quelqu'un rentre à la maison? Et pourquoi il a pas dit "quelqu'un"? Y a quelqu'un? "Tu", c'est seulement une personne. Des fois je pense qu'il savait que j'étais là. Peut-être qu'il arrêtait pas de le répéter pour me donner le temps de devenir assez courageux pour décrocher. En plus, il y avait tellement d'espace entre les fois ou il le demandait. Quinze secondes, entre la troisième et la quatrième, ça, c'est le plus long espace. On entend des gens qui crient et qui pleurent, dans le fond. Et on entend du verre qui se casse, c'est une raison pour lesquelles je me demande si les gens sautaient par la fenêtre."
Vous pouvez retrouver les critiques de Chimère, Camille, Papillon

