Entre mes mains, de Vigier Anne-Constance
J'avais lu le commentaire enthousiaste de Michel, celui tentant de Clarabel... et comme il était en présentation dans les nouveautés de ma bibliothèque, je l'ai pris...malgré le thème, celui de l'infanticide...
Je l'ai lu d'une traite... comment une femme à priori équilibrée et aimante peut en arriver là? Pour moi qui ai connu l'enchantement d'avoir des enfants, je peux malgré tout comprendre sa descente aux enfers.
C'est une femme qui n'a pas appris à communiquer, qui n'est pas sûre d'elle malgré sa carrière d'ingénieure, qui se mari avec un musicien qu'elle a rencontré par le biais d'une agence matrimoniale, plus pour être dans la norme que par réel amour, et qui se retrouve enfermée avec son enfant, ses cris stridents, sans savoir comment s'y prendre. C'est parfois dur les pleurs d'un nouveau né, quand on a pas de place pour le mettre dans une pièce à part, quand on ne sait pas pourquoi, comment.. quand aucune personne ne vient vous aider ou vous seconder.
Je pense que ce livre est tiré d'un fait divers qui c'est passé en novembre 2000 : "l'affaire Lubin" (Le père, Jérôme, la mère, Magali, avaient été les seuls à s’occuper de Lubin, leur petit garçon, pendant sa courte vie de 2 mois. Un drame à huis-clos incompréhensible : elle était centralienne, ingénieur dans un service de recherche au Commissariat à l’énergie atomique, lui violoniste. Pas question donc d’un milieu défavorisé ou peu instruit)
Un livre très bien fait sur ce thème, très bien écrit, intense.
Extrait : " Mais c'était le temps, pensais-je, où nous pouvions encore converser, le temps où nous pouvions choisir nos moments de silence, le temps où je ne tenais pas dans mes bras pratiquement en permanence une source de bruit intense et de nervosité également intense, mais faits quelque chose, moi j'en peux plus suppliais-je en brandissant Ladna que je commençais à bercer avec moins de douceur. Quelque chose, quelque chose, dit Sylvain, j'en sais rien moi, et si tu essayais tout simplement de la poser quelque part? J'en sais rien, j'en sais rien, c'est facile ça, c'est ta fille aussi je te rappelle, tiens, mets-lui du Brassens ça doit calmer. Sous nos mains, son ventre étroit qui se contractait dans de pénibles efforts digestifs, et après, pensais-je sans attendrissement particulier, ce sera quoi? La merde."
