Belle Mère, de Pujade-Renaud Claude
Étrange relation qu'entretient Eudoxie, la cinquantaine, avec Lucien de vingt ans son cadet, son beau-fils. Celui ci est bizarre, taciturne. Il ne lui parle pas, vit dans son monde, entend des voix et refuse cette nouvelle femme qui prend la place de sa mère tant aimée. A force de respect, d'écoute, de compréhension, elle va arriver à tisser avec lui un lien ténu mais important. Petit à petit, au fil des ans, ils vont devenir indispensable l'un à l'autre, tout en n'échangeant que quelques phrases de temps en temps.
C'est un petit livre tout en finesse, ou les sentiments sont ressentis à travers les mots. Des phrases courtes, ciselées. Un beau livre qui a reçu en 1994 le prix Goncourt des Lycéens.
C'est un
proposé par Florinette. Merci beaucoup pour cette découverte.
Extrait : " Grâce à lui, elle s'est remise à lire. Du vivant d'Armand elle n'osait guerre, sentant trop qu'il considérait la lecture comme un truc de bonnes femmes oisives, un luxe suspect pour petites-bourgeoises. Dès son arrivée dans la maison, M. Thomas lui a prêté des livres à lui ou est allé en chercher à la bibliothèque : le prix des livres neufs, lui a-t-il expliqué, était en train de grimper aussi vite que celui du litre d'huile, un véritable marché noir. Pourtant, en 1942, il lui a offert un bouquin qui venait juste d'être publié. Eudoxie en a aimé le titre, le Pain des rêves,et davantage encore le contenu, au point de laisser passer l'heure de la soupe. Émerveillée, elle découvrait qu'un livre peut à la fois évoquer l'obsession du pain, au jour le jour, et l'envolée dans les rêves. Faire oublier le quotidien tout en le racontant, elle n'imaginait pas que ce fût possible. Ce Louis Guilloux, il la connaissait bien la pauvreté grise, celle de sa propre enfance à Levallois. Et comme elle a ri de la cousine Zabelle, cette fantaisiste qui s'achète une machine à coudre et la laisse tomber aussitôt pour faire du théâtre ! Il faut être un peu dingue, elle, elle ne se l'est jamais accordé - pas le temps, pas le droit -, tant mieux si dans les romans certains se le permettent. Dans la vie, c'est différent, exemple Lucien, pas toujours drôle à supporter."
