La grosse, de Lefèvre Françoise
Que d'émotions dans ce livre. Une écriture à fleur de peau, des phrases hachées... Une histoire merveilleuse et cruelle.
Céline est grosse, obèse. Les gens la repoussent, se moquent, n'acceptent pas sa différence. Et pourtant, elle est grosse d'amour et d'absence. Absence de son enfant mort dans un accident, absence de son amour perdu. Seul Anatolis, le vieux voisin qui se meurt d'un cancer la comprend et l'aime. Elle prend soin de lui, il lui dit qu'elle est belle.Les enfants aussi, ceux qu'elle garde, et qui lui assurent que si les gens se retournent sur elle ce n'est pas parce qu'elle est grosse mais parce que "tu es belle comme une statue de Paris!"
Un petit livre coup de poignard, qui nous enjoins de ne pas s'arrêter aux apparences et de toujours chercher à l'intérieur des hommes ce qu'ils sont vraiment.
Merci à Florinette pour ce
. Il part tout de suite vers d'autres lectrices.
Extrait : "Comme elle court la grosse Céline. Elle court vers la boîte aux lettres. Elle fait tinter sa clef pour juger du contenu... Creux. Elle sonne le creux. La factrice n'est peut-être pas encore passée. A perte de vue, la route poudroie d'absence. Aucun cavalier. Aucun naseau de cheval écumant. Aucune armure qui scintille au soleil. Pas de messager. Pas de Roland de Roncevaux. La vie de chaque jour, carrosse qui n'arrive pas. A perte de vue, la route est vide. Vide jusqu'au vertige. Est-ce possible de vivre avec un coeur aussi gonflé d'absence? Et de convertir ce vide en amour? Un amour que l'on poursuit à chaque instant du jour et qui donne envie de prendre d'autres enfants dans ses bras, de peindre ses volets en bleu, d'écrire un poème, d'aimer sans rien attendre en retour, puisqu'au fond, c'est toujours ainsi qu'il faudrait aimer. Sans rien attendre."
