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le blog des fanas de livres
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18 septembre 2008

Journal, de Berr Hélène

resize parution 01/2008 - 300 p

Que dire d'un tel témoignage ?

Hélène Berr a 21 ans en 1942. Elle est étudiante à la Sorbonne, en langue et littérature anglaise.  Elle est juive.

Le journal d'Hélène Berr commence le 7 avril 1942. Elle a l'insouciance de sa jeunesse. Elle est très lyrique dans son écriture et pleine d'enthousiasme. " J'ai retrouvé les sensations de l'été dernier, foudroiement de lumière qui émane du potager, l'allégresse qui accompagne la montée triomphante dans le soleil matinal, la joie à chaque instant renouvelée d'une découverte, le parfum subtil des buis en fleurs, le bourdonnement des abeilles, l'apparition soudaine d'un papillon au vol hésitant et un peu ivre." Seul ses amours balbutiants lui posent problème. Elle ne parle jamais des allemands. La guerre semble très lointaine.

Et puis... le 1er juin 1942, le port de l'étoile jaune devient obligatoire en public. Il y a alors un changement dans son style d'écriture : moins de rondeurs, plus de phrases hachées, et plus de souffrance morale... "Mais s'ils savaient, eux, quelle crucifixion c'est pour moi. J'ai souffert, là, dans cette cour ensoleillée de la Sorbonne, au milieu de tous mes camarades. Il me semblait brusquement que je n'étais plus moi-même, que tout était changé, que j'étais devenu étrangère, comme si j'étais en plein dans un cauchemar. Je voyais autour de moi des figures connues, mais je sentais leur peine et leur stupeur à tous. C'était comme si j'avais eu une marque au fer rouge sur le front.". Et les évènements s'enchaînent : l'arrestation de son père et de ses ami(e)s, les déportations, les enfants laissés seuls et dont elles s'occupent.

Il y a beaucoup de questions sur la fuite : faut-il quitter Paris pour essayer d'éviter la déportation ?"Les gens ne comprendront pas pourquoi nous sommes restés. Nous n'avons pas le droit de ne pas vouloir fuir. Mais est-ce que c'est fuir, que d'échapper au sort inévitable. Moi, j'en suis encore convaincue. Seulement, on n'a que sa conscience qui vous approuve."

La deuxième partie se situe 1 an après, en oct 43. Elle se rend compte qu'il faut qu'elle écrive son journal pour laisser une trace. L'écriture est peut-être moins spontanée, elle sent qu'elle doit écrire pour dire ce qui se passe, pour que les gens se rendent compte de ce qui arrive. "Il faudrait donc que j'écrive pour pouvoir plus tard montrer aux hommes ce qu'a été cette époque. Je sais que beaucoup auront des leçons plus grandes à donner, et des faits plus terribles à dévoiler. Je pense à tous les déportés, à tous ceux qui gisent en prison, à tous ceux qui auront tenté la grande expérience du départ."

Le journal s'arrête brutalement le jour de l'arrestation d'Hélène en mars 1944. Juste une dernière lettre envoyée à sa soeur Denise.

Ce genre de témoignage est vraiment important, comme le journal d'Anne Frank. Cela permet de suivre le quotidien pendant cette période d'occupation si dure pour les juifs.

A lire

Extrait : "Place de la Concorde, j'ai croisé tant d'Allemands ! avec des femmes, et malgré toute ma volonté d'impartialité, malgré mon idéal (qui est réel et profond), j'ai été soulevée par une vague non pas de haine, car j'ignore la haine, mais de révolte, d'écoeurement, de mépris. Ces hommes-là, sans le comprendre même, ont ôté la joie de vivre à l'Europe entière. Ils allaient si mal avec cette beauté lumineuse et fragile de Paris, ces hommes capables de faire les horreurs que nous connaissons trop bien, ces hommes issues d'une race qui a produit des êtres tels que les chefs nazis qui ont pu se laisser abrutir, despiritualiser, abêtir pour ne plus être que des automates sans cerveau,avec tout au plus des réactions  d'enfants de 5 ans, c'est cela qui fera que toujours quelque chose se dressera en moi lorsqu'on me parlera d'un Allemand. Tout en moi s'oppose au caractère germanique se hérisse à son contact, peut-être suis-je essentiellement latine de tempérament ? L'exaltation de la violence, l'orgueil, la sentimentalité, l'exaltation des émotions de tout ordre, le goût de la mélancolie vague et gratuite, autant d'éléments du caractère germanique devant lesquels mon tempérament se rebelle. Je n'y peux rien."

Commentaires
N
Magnifique journal. Hélène Berr est d'une grande maturité, et a une très belle plume. Bouleversant!
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G
@ zazimuth : oui, c'est un bon endroit ou il doit se trouver
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Z
Je le note aussi pour mon CDI...
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G
@ Antigone : un journal, c'est plus qu'un témoignage (enfin, je trouve...)
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A
Je ne suis guère tentée d'habitude par les témoignages...et c'est souvent dommage, sans doute, je dois passer à côté de beaux récits.
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G
@ Karine : j'aime bien au contraire les "journal" qui donnent une bonne idée de la vie quotidienne<br /> @ Sylire : il est dans ma PAL
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S
Je pense le lire aussi mais pas tout de suite. J'ai lu l'an passé "Une vie" de Simone Veil.
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K
Il me tente aussi depuis un bon moment. Je ne suis pas du type "témoignages" normalement mais vu le thème de celui-ci et la façon dont il semble écrit, je le lirai certainement... en poche!!
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G
@ Maijo : je pense que c'est un incontournable.<br /> @ Monique : Vous avez raison... mais depuis que je vais sur les blogs des uns et des autres je sors plus des sentiers battus qu'autrefois. Mon porte monnaie ne me permet pas d'acheter en picorant, je prends donc à la bibliothèque, ou chez des amies, et il faut bien dire que l'on y croise souvent les mastodontes de la rentrée. Je note le titre dont vous parlez : en voilà un qui ne passera pas à la trappe !
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M
Je sais, mon commentaire n’est pas adapté, je n'ai pas lu ce livre, mais je note, je note .<br /> <br /> Ce que je voulais dire, c'est je n’ai pas trouvé, dans ce blog que je suis si heureuse d’effeuiller à chaque passage, de rubriques “premiers romans” … et c’est dommage.<br /> <br /> J’ai découvert, par hasard, cet été, un premier roman nommé “Petites musiques de vies” dont la tendresse, l’écriture simple et poétique m’ont émue. L’auteur, Eric Fontanarava, illustre inconnu, jongle délicatement avec les mots et pourtant, à part de rares blogs de lecture, personne n’en parle.<br /> <br /> Ce roman, mais il y en a beaucoup d’autres, fera-t-il partie des oubliés, des morts-nés de la rentrée littéraire ? Je suis un peu stupéfaite (mais je le suis chaque année !) du peu de place fait partout aux nouveaux auteurs de petites maisons d’édition.<br /> <br /> Faut-il nécessairement porter la griffe d’un éditeur célèbre pour avoir du talent ?<br /> <br /> Je suis sure qu’il y a là un intense vivier de qualité et, très franchement, je préfère aller à la pêche aux merveilles, aux petites perles oubliées de tous que de me jeter sur les mastodontes dont on nous inonde qui font, sans même avoir le temps de prendre le recul de l’analyse, des tirages exceptionnels. Ce n'est pas le cas, souvent, de ce que vous proposez, mais quelque part, on ne lit souvent que ce dont on parle ailleurs !<br /> <br /> Cela ne m’empêchera pas, bien sûr, de me jeter à corps perdu dans vos articles, de me délecter des commentaires qui les suivent, mais j’ai ce petit sentiment de malaise de passer, par la force des choses, à côté de quelque chose d’important.<br /> <br /> Monique
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M
Il me tente bien, lui. Je m'empresse de noter.
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G
@ Anne : belle rencontre alors
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A
Une très belle lecture, pour moi aussi.<br /> Avec une anecdote à la clé: Hélène Berr parle du livre de Louis Bromfield "La mousson" avec tant d'admiration que j'ai tout de suite eu envie de le lire. Quelques jours plus tard, dans une trocante,j'aperçois un gros vieux bouquin, tout jauni à vendre 1,50€...c'était "La mousson"!
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G
@ Cathulu : oui<br /> @ FRançoise : il ne devrait pas tarder
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F
Il est sur ma liste. J'attends seulement le poche.
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C
Tu confirmes donc tout le bien que j'en avais entendu.Ce passage est superbe!
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