Qui touche à mon corps, je le tue, de Goby Valentine
C'est un petit livre (petit mais dense !) qui reprend une page sombre de l'histoire : celle de Marie Louise Giraud, faiseuse d'anges, qui sera guillotinée par le bourreau Jules-Henri Desfourneaux, pour l'exemple, en juillet 1943. C'est une des dernières femmes guillotinées en France.
Le livre se passe en une journée et une nuit : celle du 29 juillet 1943.
Il y a tout d'abord Lucie L. jeune femme en train d'avorter, seule chez elle. Pour comprendre son geste, on plonge dans son enfance. Elle est "née pour le bonheur de sa mère" : son père est souvent absent et sa mère l'accapare. La seule chose qui lui appartient, c'est son corps. Avoir un enfant, c'est le partager. Impossible. Elle décide donc d'avorter "j'existe, je suis à moi".
Et puis Marie G., la faiseuse d'anges qui a été arrêtée et qui vit sa dernière journée en prison avant d'être guillotinée. Là aussi, son enfance permet de mieux comprendre son cheminement. Dernière d'une longue fratrie, ses parents n'ont pas le temps de s'en occuper, de lui faire des câlins. Elle a besoin d'exister autrement, de gagner de l'argent. Ce "métier" de faiseuse d'anges lui apporte cette reconnaissance qu'elle a toujours cherché.
Et enfin Henri D, le bourreau, celui qui actionne la guillotine. Sa mère est morte de tuberculose quand il avait 5 ans, et il a longtemps était persuadé de l'avoir tué parce qu'elle lui avait dit "tu me fatigues, tu me tues". A chaque exécution, il est paralysé d'effroi, mais c'est son métier...
En 5 chapitres (l'aube - midi - 16 heures - 22 heures- l'aube)
, Valentine Goby nous plonge dans les affres de ces trois personnages et dans la douleur qui les relie.
Très dense donc, et sombre... la psychologie des personnages est très bien vue.
Un film a aussi été tiré de cette affaire : celui de Claude Chabrol en 1988 " une affaire de femmes" avec Isabelle Hupert (superbe) dans le rôle de l'avorteuse. Un film choc que j'avais beaucoup apprécié.
Extraits : "Ma robe est laide. Je suis une vieille petite fille. C'est cette image de ma robe dans le miroir, de mes jambes maigres dépassant de la robe blanc et bleu tellement démodée, qui surgira à l'instant où on enfoncera la sonde en moi, la sonde commencera par déchirer la robe, avant mon ventre, avant le foetus, j'aurai cette vision étrange et douce de la robe tombée, de moi nue, complètement, avec la robe chiffonnée à mes pieds. Pour le moment, je n'ai que quinze ans et je vais la porter longtemps, plus de trois années encore, que c'est long trois ans quand on en a quinze, parce que je suis Lucie, lux, l'autre nom de la lumière, née pour le bonheur de ma mère."
