Le voyage dans le passé, de Zweig Stefan
parution française 10/2008, 102 p
Vous avez sans doute entendu parler de ce court roman qui a été écrit par Stephan Zweig en 1929 mais traduit en France uniquement en 2008.
On retrouve ici l'écriture sublime de Zweig, une écriture moderne, envoûtante, remplie d'émotion. Superbe.
Nous sommes à l'aube de la guerre 14-18. Louis, jeune homme pauvre et plein d'ambition, est envoyé par son patron au Mexique afin d'y gérer des mines. Une dizaine de jours avant son départ, il s'avoue l'amour immense qu'il voue à la femme de son patron. Tous les deux vivent des heures intenses de désir inassouvi. Mais son voyage va durer beaucoup plus longtemps que prévu, la guerre venant s'immiscer dans leur relation. 9 ans après, voici leur retrouvaille.. comment l'amour a-t-il survécu à l'éloignement ?
Un thème assez classique et récurrent, mais écrit avec une si belle plume et une description de la psychologie des personnages si pointue que l'on plonge avec délice dans ce court roman.
Lilly a trouvé que c'était un petit bijou, Fashion aussi ...
Extrait : "Ils gravirent les hauteurs en silence.En contrebas, les maisons faiblement éclairées s'estompaient déjà; depuis le crépuscule de la vallée, la courbe du fleuve s'étirait,toujours plus lumineuse, tandis qu'en haut, les arbres embaumaient et que l'obscurité s'abattait sur eux. Ils ne croisaient personne, seules leurs ombres glissaient en silence devant eux. Et chaque fois qu'un réverbère éclairait leurs silhouettes à l'oblique, leurs ombres se mêlaient, comme si elles s'embrassaient; elles s'allongeaient comme aspirées l'une vers l'autre, deux corps formant une même silhouette, se détachaient encore, pour s'étreindre à nouveau, tandis qu'eux mêmes marchaient, las et distants. Il regardait, comme en exil, ce jeu étrange, la fuite suivie d'une étreinte sitôt défaite de ces silhouettes sans âme, de ces corps ombreux, qui n'étaient pourtant que le reflet des leurs, il regardait avec une curiosité maladive se dérober et se rejoindre ces figures inconsistantes, et il en oubliait presque celle qui était bien vivante à côté de lui, au profil de son image noire, glissante et fuyante."