Laisse les hommes pleurer, de Durif Eugène
J'avais noté ce livre après la bonne crititque de Bellesahi, (ou Cuné ?), et je n'ai pas été déçue.
Un livre qui vous prend aux tripes et ne vous lache plus. Une écriture assez hachée qui coupe le souffle et qui permet de reprendre avec justesse les émotions ressentis par le personnage.
Léonard, enfant de la DASS, a été pendant de longues années gardien de prison. Jusqu'à ce que la dépression lui tombe dessus. Obligé de changer de métier, il va partir à la recherche de son enfance et de Sammy, jeune réunionnais placé dans la même famille que lui. Au fil de sa quête, on va revivre l'enfance de ces enfants placés, les "popularts", qui servaient souvent de mains d'oeuvres bons marchés et n'ont jamais connu la chaleur rassurante des bras d'une mère. Cette enfance détruite a des conséquences sur leur vie d'adulte, bancale, en perpetuel recherche d'une vie meilleure, poursuivie par la peur de l'abandon.
Un livre poignant et juste qui ne laisse pas indifférent.
Extrait : "De l'autre côté de la route, surtout, je me souvenais d'une forêt immense et terrifiante, et de cette fois ou je m'étais perdu, les arbres noués très grands au-dessus de moi, et leurs racines immenses ou mes pieds allaient se prendre. De vrais trous à creuser sous les racines où se glisser et disparaître à jamais. Et le bruit de la gamelle sur laquelle on tape, juste le temps d'aller se cacher, celui qui est vu envoyé aussitôt en prison où on peut aller le délivrer rien qu'en le touchant. Je m'étais éloigné en cherchant à me cacher le mieux possible, et maintenant il n'y a plus que ce bruit de la gamelle de plus en plus lointain et des cris parmi lesquels je reconnais mon nom.
Je voudrais que l'on ne me retrouve plus, disparaître pour de bon, être englouti par la forêt. Je pleure, j'ai peur, et en même temps je me sens libre comme jamais. Je me recroqueville dans ce trou sous les racines, je ne bougerai plus, je me sens bien, je resterai là sans plus bouger. Les voix et les aboiements des chiens qui se rapprochent. Le bruit de la gamelle a cessé. Je me suis endormi, trop bien caché, après, c'est ce qu'ils m'ont dit, ils m'ont retrouvé juste avant que la nuit soit complètement tombée et j'aurais pu y rester ..."
