Mitsuba, de Shimazaki Aki
Je ne connaissais pas du tout cette auteur japonaise qui écrit en français, mais dans le petit village breton ou je passe mes vacances, quelques habitants férus de lecture ont lancé un nouveau prix littéraire "l'Algue d'Or": ils ont sélectionné 5 livres qui ont pour point commun d'être écrit en français par des auteurs étrangers . On peut envoyer nos critiques sur leur boite e-mail jusqu'au 13 août avant que le vainqueur ne soit désigné. La seule auteur que je ne connaissais pas dans cette sélection était Aki Shimazaki, ce qui m'a donné envie de la découvrir.
Nous sommes dans les années 80 à Tokyo, Takashi Aoki, la trentaine, ne vit que pour et par sa société, et celle-ci le lui rend bien, lui proposant une promotion avec une mutation à Paris. En même temps, Takashi aimerait fonder une famille, mais n'arrive pas à accepter les mariages "arrangés". Une jeune femme répond à ses avances, les voilà fiancés.. mais la compagnie ne semble pas d'accord avec cet arrangement...
Dans une écriture très directe, l'auteur nous décrit les relations humaines au sein de la société japonaise, entre tradition et modernisme. J'avais beaucoup de plaisir à reprendre mon livre, et pourtant cette acceptation silencieuse, ce désir inassouvi m'énerve, si loin de mon monde occidental.
L'écriture est très directe, sans fioriture. Les émotions doivent être devinées entre les lignes, on a juste le droit à un rougeoiement des joues, un corps qui tremble de rage... J'étais étonnée d'apprendre que c'est une femme qui a écrit ce livre ou il n'y a aucun signe de sensualité. Par exemple, une première nuit d'amour est complètement occultée mais par contre on a des descriptions précises de la fierté de faire partie de la compagnie, de l'obligation d'aller boire après le travail ...
Un avis mitigé sur ce livre, envie de le retrouver, mais il m'a manqué un peu de fluidité, de développement... Je reste un peu sur ma fin, et en même temps c'est un style tout a fait conforme au Japon.
Extrait : "Il est connu comme un aïsaïka. Depuis son mariage, il rentre à la maison directement alors que la majorité d'entre nous fréquentons les bars ou les restaurants jusqu'à tard dans la nuit. Il ne joue ni au golf, ni au mah-jong. C'est évident qu'il s'isole auprès de ses collègues. Quoi qu'il expédie bien ses affaires, d'après ce que j'ai entendu dire, il n'est pas apprécié par son supérieur à cause de son attitude distante. D'ailleurs, ce supérieur n'aime pas le fait que Nobu est chrétien. En réalité, quand on prononce le mot aïsaïka, c'est plutôt pour ironiser sur quelqu'un comme Nobu qui ne s'intéresse pas assez à son avancement professionnel."
Les 5 livres en lice pour l'Algue d'Or :
- Au pays, de Tahar Ben Jelloun
- Inassouvies nos vies, de Fatou Diome
- La vie d'un homme inconnu, de Andreï Makine
- Black Bazar,de Alain Mabanckou
- Mitsuba, de Aki Shimazaki
