La lamentation du prépuce, de Auslander Shalom
Non, non, je ne me suis pas mises aux lectures sexy... (mais je pense que le titre va faire venir vers mon blog des requêtes assez étranges...)
Voilà un livre bourré d'humour écrit par un jeune américain juif qui a été élevé dans la tradition ultra orthodoxe. Petit, il était persuadé que si il faisait 4 pas sans sa kippa, si il allumait la télévision pendant Shabbat ou buvait du lait après avoir mangé de la viande, il périrait dans d'atroces souffrances. Petit à petit, il s'est éloigné de sa communauté, s'est marié. A l'aube d'avoir son premier enfant, il s'interroge sur le bien fondé de renouer avec sa famille.
Son enfance bercée par la religion et les interdits lui reviennent en mémoire. Avec tout ce qu'il a transgressé, Dieu va sûrement le châtier... Malgré son envie de mettre de côté cette éducation, il reste profondément marqué et n'arrive pas à se détacher de la religion. Et quel sort réserver au prépuce de cet enfant à naître?
On rigole à chaque page, et en même temps on est pris de pitié pour cet enfant qui n'a pas eu une enfance comme les autres, avec, en plus, un père alcoolique. Il y a aussi des passages très profonds, même si ils sont mâtinés d'humour. Adulte, il a mis une distance entre son couple et sa famille destructrice. Est ce que la naissance de l'enfant va les ramener de force dans leur passé, ou est ce qu'il va être au contraire un engagement vers un avenir joyeux?
Très bon moment passé avec ce livre, qui vient en plus de sortir en poche. Donc, pas d'hésitation...
Extrait : "L'histoire de mes relations avec Dieu a été un cycle sans fin non pas du fameux enchaînement de "la foi suivie par le doute" mais d'équanimité suivie de révolte, de réconciliation suivie d'indifférence, de "pitié, pitié, pitié!" suivi de "rien à foutre, va Te faire foutre, fous moi la paix!". Je ne respecte pas le Shabbat, ni ne prie trois fois par jour, ni n'attends six heures pour boire du lait après avoir mangé de la viande. Ceux qui m'ont élevé diront que je ne suis pas religieux. Ils se trompent : je ne suis pas pratiquant mais je reste douloureusement, fatalement, incurablement, pathétiquement religieux. Et ces derniers temps, j'ai constaté avec une stupéfaction désolée que de plus en plus de gens d'un bout à l'autre de la planète se trouvent des dieux, chacun plus sanguinaire et haineux que le précédent, alors que je continue à tout faire pour me débarrasser du mien. Et que j'échoue lamentablement.
Je crois en Dieu. C'est un gros problème chez moi."
